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____FICHE 37 |
Les pays neutres
Le premier cas est celui des pays traditionnellement et constitutionnellement neutres, la Suède, la Suisse, la Turquie : de fait, cette neutralité déboucha sur des politiques et des attitudes diamétralement opposées. La comparaison n'est certes pas en faveur de la Suisse : elle avait pris l'initiative de demander à l'Allemagne le marquage du passeport des Juifs. Pendant la guerre, elle tenta de fermer hermétiquement ses frontières (28'500 réfugiés purent tromper cette vigilance et pénétrer clandestinement ou avec de faux papiers) : à partir du 13 août 1942 (soit un mois après la rafle du Vel d'Hiv à Paris), elle refoula 9'751 Juifs en France, les livrant quasiment à coup sûr. Un document de police daté du 25 septembre 1942 (cité par Sir Martin Gilbert) stipule : "On ne peut assimiler les réfugiés pour seule cause de persécution raciale à des réfugiés politiques." Et, fait mieux connu aujourd'hui, les banques suisses abritèrent le dépôt par les Allemands de valeurs mobilières, de finances et d'or spoliés aux Juifs d'Europe. Il en fut tout autrement en Suède, qui ouvrit ses frontières à tous les Juifs danois et à de nombreux Norvégiens. Les diplomates suédois multiplièrent les offres d'accueil, de passeports suédois, etc. Raoul Wallenberg, en poste à Budapest, multiplia jusqu'au bout les initiatives pour sauver ainsi des Juifs hongrois. La Turquie se préoccupa surtout de "ses" Juifs émigrés en Europe, et particulièrement en France. Ses représentants parvinrent à faire libérer de Drancy plus de quatre cents Juifs turcs, et les rapatrièrent en sept convois ferroviaires, qui traversèrent l'Allemagne, l'Autriche, la Hongrie, la Croatie et la Bulgarie, entre février et mai 1944. Neuf cents autres purent se sauver par l'Espagne ou l'Italie. Le second cas est celui des pays qui furent neutres dans ce conflit, c'est-à-dire non belligérants. Les exemples européens sont l'Espagne et le Portugal, deux régimes dictatoriaux très catholiques, et l'appréciation que l'on peut porter sur leur attitude est mitigée. L'un et l'autre fermèrent plus ou moins les yeux sur le transit de Juifs réfugiés ou d'opposants rejoignant les Alliés. Le Portugal usa parfois d'influence diplomatique en faveur de certaines communautés. Mais l'Espagne, qui était redevable à l'Allemagne de son aide aérienne (à Guernica, notamment), ne fit pas d'effort en faveur des six cents Juifs de nationalité espagnole piégés dans le ghetto de Salonique : ils furent déportés avec les Juifs grecs. |