________FICHE 25


Allemagne
Assassinés : 160'000
Survivants  : 330'000


Autriche
Assassinés : 65'000
Survivants  :   7'000

L'Allemagne et l'Autriche

 

Allemands et Autrichiens ne peuvent être traités comme un bloc monolithique pronazi. En mars 1938, lors de l'Anschluß, il est clair que la majorité de la population soutenait Hitler, pour partie par conviction idéologique, pour partie par l'effet de la propagande et de l'embrigadement.

De nombreux intellectuels et la plupart des dirigeants politiques de gauche non incarcérés ou liquidés avaient émigré. Les militants communistes de base firent le choix du silence, probablement sur consigne de Moscou. Les milieux financiers et industriels, qui avaient eu leur part de la spoliation des biens juifs, avaient été débarrassés d'un danger "socialiste" par la "Nuit des longs couteaux" qui vit la décapitation des SA, ils étaient représentés au gouvernement par von Papen et firent le choix de leur intérêt, y compris après le déclenchement de la guerre. Le seul élément qui aurait pu retenir la destruction était la demande des entreprises d'armement et de l'industrie chimique : elles auraient voulu toujours plus d'esclaves. Mais Himmler et la SS gardaient la "question juive" à l'esprit comme prioritaire sur tout autre objectif, même et surtout lorsque les revers militaires vinrent commencer à réduire les territoires européens contrôlés par le Reich.

Avant guerre, la situation était celle de tout Etat totalitaire : personne n'était à l'abri d'une dénonciation, par n'importe qui, y compris son voisin et même parfois ses propres enfants fanatisés par la Hitlerjugend. Il n'est donc pas étonnant que les actes d'opposition ou de résistance aient été très rares. L'opposition se manifesta parfois par des discours ou des textes de responsables protestants condamnant les persécutions infligées aux Juifs, aux témoins de Jéhovah.

Quelquefois un groupe de jeunes tentait de s'affirmer : plus romantiques qu'organisés, leurs tentatives étaient vouées à l'échec face à la machine totalitaire. La plus connue fut celle de la "Rose blanche".

Lors de la guerre, à partir de 1943, une partie de l'armée était à la fois démoralisée par les revers et les boucheries inutiles, et consciente que les décisions d'Hitler menaient irrémédiablement à la défaite. Certains n'avaient pas apprécié, sur le front russe, de devoir être témoins des opérations mobiles de tuerie, qui étaient de façon évidente pour eux des crimes de guerre. D'autres, en pays occupés, réprouvaient la brutalité des méthodes SS. Une tentative de putsch fut donc organisée, qui devait être déclenchée par l'assassinat d'Hitler. Ce fut un échec. Mais cette tentative ne peut être considérée comme antinazie.

Cependant, en 1945, un certain nombre de Juifs allemands et autrichiens avaient survécu sur place : en bénéficiant du statut de couple mixte pour une part, mais aussi en s'étant ou en ayant été cachés. Il existait des réseaux de faux papiers et des solidarités, professionnelles ou amicales, plus fortes que la dictature.

Pour chacun des pays occupés ou contrôlés par l'Allemagne nazie, Sir Martin Gilbert, dans son Atlas de la Shoah, a établi le nombre de Juifs assassinés ainsi que celui des survivants et de ceux qui sont revenus. Dans le cas de l'Allemagne, le nombre d'émigrés de 1933 à 1939 explique le nombre relativement grand de survivants.