_____FICHE 10

Persécution des Rom / Tsiganes


L'attitude du nazisme à l'égard des Tsiganes a connu des phases irrégulières, et dans un premier temps une analyse idéologique hésitante, et des mesures contradictoires.

Dans l'Allemagne de 1933, ils furent considérés comme des "nationaux de seconde catégorie", du fait de leur comportement "asocial" : le nomadisme et la pratique d'activités "inhabituelles aux Allemands" étaient en cause. En conséquence, les autorités, notamment à l'échelle des villes, soit les expulsaient, soit les parquaient, ce qui n'était pas satisfaisant pour le pouvoir totalitaire. Ce n'est qu'en 1938 qu'Himmler fit passer les Tsiganes d'une catégorie "sociale" à une catégorie "raciale" en les classant dans les "sous-hommes" - avec la kyrielle de conséquences que cela entraînait, dans la même logique et la même progression que pour les Juifs. Une catégorie de Tsiganes fut cependant exemptée - "privilégiée" selon la terminologie nazie : ceux qui acceptaient de se sédentariser, c'est-à-dire de vivre dans des logements en dur et d'exercer des professions socialement "normales". Mais, même pour ceux-là, ce ne fut qu'un répit de courte durée.

Définition, recensement, isolement : la progression se retrouva, comme pour les Juifs, dans les différents territoires occupés et contrôlés. Il n'y eut guère l'occasion de spoliations - faute de richesses à saisir - ni d'exclusion, si ce n'est du service militaire : les Tsiganes n'étaient ni fonctionnaires ni médecins ni avocats.

Cette progression fut amplement facilitée par les sentiments racistes envers les Tsiganes de la grande majorité des populations européennes. Non pas un racismeUp virulent comme l'antisémitisme : un racisme de simple rejet à l'égard de gens considérés comme des voleurs de poules.

La concentration prit ainsi une forme d'abord moins dure : on contraignait les tribus à installer leurs roulottes dans un lieu donné, surveillé par un ou deux gardiens. Dans les territoires occupés, le nombre de ces camps fut considérable.

Le processus évolua en 1941, et la logique de destruction se mit en oeuvre : les Tsiganes connurent de véritables camps de concentration, furent parfois enfermés dans les ghettos juifs (à Varsovie notamment). Les camps pour Tsiganes étaient dits "de famille" : la place des enfants et du groupe familial est telle dans la culture tsigane que toute tentative de séparation entraînait une violente et immédiate révolte. De ce fait, les Tsiganes eurent ce triste privilège, par rapport aux Juifs, d'entrer en famille dans la chambre à gaz.

Dans les différents pays satellites, les milices nazies montrèrent le plus souvent un grand zèle dans la cruauté contre les Tsiganes : le racisme à leur encontre était profond dans les mentalités populaires, et n'avait pas besoin d'une construction idéologique plus ou moins abstraite pour se traduire en actes. En Roumanie, en Bulgarie et surtout en Yougoslavie, les exactions furent des plus violentes. Les Oustachis croates rivalisaient de cruauté et de bestialité.

Dans les camps de destruction, les Tsiganes ne faisaient généralement pas l'objet de sélection à l'arrivée, et restaient en famille. A Auschwitz, les enfants tsiganes constituèrent ainsi une ressource de choix pour le Dr Mengele : être jumeaux, avoir des yeux clairs ou de couleurs différentes, ces particularités destinaient automatiquement ces enfants à des "expériences" dont ils ne mouraient qu'après d'extrêmes souffrances. Des femmes et des filles, quant à elles, étaient violées par gardes et Kapos, dans les Blöcke tsiganes même, sous les yeux de leur famille - honte pire que la mort dans la culture tsigane. Nombre d'entre elles succombèrent à des charcutages censés être des stérilisations.

Un quart à un tiers des Tsiganes européens furent victimes du génocide nazi : cependant, le racisme dont ils sont l'objet reste inchangé dans nos différents pays.