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Persécution des Rom / Tsiganes
L'attitude du
nazisme à l'égard des Tsiganes a connu des phases irrégulières, et
dans un premier temps une analyse idéologique hésitante, et des
mesures contradictoires.
Dans l'Allemagne de 1933, ils furent considérés comme des
"nationaux de seconde catégorie", du fait de leur comportement "asocial" :
le nomadisme et la pratique d'activités "inhabituelles aux Allemands"
étaient en cause. En conséquence, les autorités, notamment à l'échelle des
villes, soit les expulsaient, soit les parquaient, ce qui n'était pas
satisfaisant pour le pouvoir totalitaire. Ce n'est qu'en 1938 qu'Himmler
fit passer les Tsiganes d'une catégorie "sociale" à une catégorie
"raciale" en les classant dans les "sous-hommes" - avec la kyrielle de
conséquences que cela entraînait, dans la même logique et la même
progression que pour les Juifs. Une catégorie de Tsiganes fut cependant
exemptée - "privilégiée" selon la terminologie nazie : ceux qui
acceptaient de se sédentariser, c'est-à-dire de vivre dans des logements
en dur et d'exercer des professions socialement "normales". Mais, même
pour ceux-là, ce ne fut qu'un répit de courte durée.
Définition, recensement, isolement : la progression se retrouva, comme
pour les Juifs, dans les différents territoires occupés et contrôlés. Il
n'y eut guère l'occasion de spoliations - faute de richesses à saisir - ni
d'exclusion, si ce n'est du service militaire : les Tsiganes n'étaient ni
fonctionnaires ni médecins ni avocats.
Cette progression fut amplement facilitée par les sentiments racistes
envers les Tsiganes de la grande majorité des populations européennes. Non
pas un racisme virulent comme l'antisémitisme : un racisme de simple rejet
à l'égard de gens considérés comme des voleurs de poules.
La concentration prit ainsi une forme d'abord moins dure : on
contraignait les tribus à installer leurs roulottes dans un lieu donné,
surveillé par un ou deux gardiens. Dans les territoires occupés, le nombre
de ces camps fut considérable.
Le processus évolua en 1941, et la logique de destruction se mit en
oeuvre : les Tsiganes connurent de véritables camps de concentration,
furent parfois enfermés dans les ghettos juifs (à Varsovie notamment). Les
camps pour Tsiganes étaient dits "de famille" : la place des enfants et du
groupe familial est telle dans la culture tsigane que toute tentative de
séparation entraînait une violente et immédiate révolte. De ce fait, les
Tsiganes eurent ce triste privilège, par rapport aux Juifs, d'entrer en
famille dans la chambre à gaz.
Dans les différents pays satellites, les milices nazies montrèrent le
plus souvent un grand zèle dans la cruauté contre les Tsiganes : le
racisme à leur encontre était profond dans les mentalités populaires, et
n'avait pas besoin d'une construction idéologique plus ou moins abstraite
pour se traduire en actes. En Roumanie, en Bulgarie et surtout en
Yougoslavie, les exactions furent des plus violentes. Les Oustachis
croates rivalisaient de cruauté et de bestialité.
Dans les camps de destruction, les Tsiganes ne faisaient généralement
pas l'objet de sélection à l'arrivée, et restaient en famille. A
Auschwitz, les enfants tsiganes constituèrent ainsi une ressource de choix
pour le Dr Mengele : être jumeaux, avoir des yeux clairs ou de couleurs
différentes, ces particularités destinaient automatiquement ces enfants à
des "expériences" dont ils ne mouraient qu'après d'extrêmes souffrances.
Des femmes et des filles, quant à elles, étaient violées par gardes et
Kapos, dans les Blöcke tsiganes même, sous les yeux de leur
famille - honte pire que la mort dans la culture tsigane. Nombre d'entre
elles succombèrent à des charcutages censés être des stérilisations.
Un quart à un tiers des Tsiganes européens furent victimes du génocide
nazi : cependant, le racisme dont ils sont l'objet reste inchangé dans nos
différents pays.
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