| Protocole de la conférence de Wannsee
- BERLIN, 20 janvier
1942
[Traduction de Christine Syren. A partir de 1933, certains
termes allemands ont été touchés par un aménagement de sens, caduc
en 1945. D'autres ont disparu du vocabulaire contemporain allemand.
Les dictionnaires bilingues ou étymologiques ne restituent pas les
déploiements de sens liés à l'histoire.
Nous avons préféré garder le terme allemand de Mischling
pour désigner les personnes issues d'un couple mixte. Certains
auteurs, citant des extraits, traduits en français par leurs soins,
optent pour métis ou pour sang mêlé. Toutefois, notre référence est
l'historien Raul Hilberg qui dans ses ouvrages conserve le terme
allemand. CS]
Le
Chef de la police de sécurité et du SD
26 janvier 1942
Classé secret du Reich
A Monsieur le sous-secrétaire d'Etat Luther au Ministère des
Affaires étrangères Berlin Wilhelmstrasse 74-76
Cher camarade de parti Luther !
Je vous adresse ci-joint le protocole de la réunion qui a eu lieu le 20
janvier 1942. Etant donné que la base de l'exécution pratique de la
solution finale de la question juive est désormais arrêtée, et qu'une
totale convergence de vues règne entre les différents bureaux concernés,
et, pour satisfaire le souhait du Maréchal du Reich d'une mise au point du
projet, dans lequel devront être présentées les conditions
organisationnelles, techniques et matérielles de la mise en uvre pratique
des tâches d'élimination nécessaires, je vous prie de détacher un expert
aux réunions de travail.
Je prévois de tenir la première réunion de cette nature le 6 mars 1942,
10 h 30, à Berlin, Kurfürstenstrasse 116. Je vous prie d'inviter votre
expert à se mettre en rapport à ce sujet avec mon conseiller compétent en
la matière, l'Obersturmbannführer SS Eichmann.
Heil Hitler ! [P. J. : 1 document]
LE PROTOCOLE DE LA CONFERENCE
[Classé secret du Reich] 30 exemplaires / Exemplaire n° 16
I. Le 20 janvier 1942 à Berlin, Großer Wannsee n°
56-58, a eu lieu une conférence sur la solution finale de la question
juive, à laquelle ont pris part :
Gauleiter Dr Meyer et directeur du bureau du Reich Dr Leibbrandt,
Ministère des Territoires
occupés de l'Est
Secrétaire d'Etat Dr
Stuckart , Ministère de l'Intérieur
Secrétaire d'Etat Neumann, Délégué
au Plan de quatre ans
Secrétaire d'Etat Dr Freisler,
Ministère de la Justice
Secrétaire d'Etat Dr Bühler,
Bureau du Gouverneur général
Sous-secrétaire d'Etat Luther,
Ministère des Affaires étrangères
Oberführer SS Klopfer,
Chancellerie du parti
Directeur ministériel Kritzinger,
Chancellerie du Reich
Gruppenführer SS Hofmann, Bureau
central des races et de l'implantation
Gruppenführer SS Müller, Bureau
central de la sûreté du Reich
Obesturmbannführer SS Eichmann,
Bureau central de la sûreté du Reich
Oberführer SS Dr Schöngarth,
Commandant de la police de sécurité et du SD pour le Gouvernement
général, Police de sécurité et SD
Sturmbannführer SS Dr Lange ,
Kommandeur de la police de sécurité et du SD pour le district de
Lettonie,
représentant le commandant de la police de sécurité et du SD du
commissariat du Reich
pour les régions de l'Est, Police de sécurité et
SD.
II. Le chef de la police de sécurité et du SD,
l'Obergruppenführer SS Heydrich, fit part en
ouverture de la mission qui lui était confiée par le Maréchal du Reich en
vue de la préparation de la solution finale de la question juive en
Europe, et indiqua que l'objectif de cette réunion était de clarifier les
questions de fond. Le souhait du Maréchal du Reich de se voir présenter un
projet d'organisation, de déroulement et de conditions matérielles dans la
perspective de la solution finale de la question juive en Europe, exigeait
au préalable une harmonisation de toutes les instances centrales
directement concernées par ces questions, dans la perspective d'une
conduite parallèle de l'orientation des actions.
La responsabilité du traitement de la solution finale de la question
juive relève, sans considération des frontières géographiques, du
Reichsführer SS et chef de la police allemande (chef de la police de
sécurité et du SD).
Le chef de la police de sécurité et du SD donna alors une brève
rétrospective du combat mené jusqu'alors contre cet adversaire. Les temps
forts en furent :
a) le refoulement des Juifs hors du territoire d'implantation du
peuple allemand, b) le refoulement des Juifs hors de l'espace
vital du peuple allemand.
Pour accomplir ces efforts, la seule solution alors possible fut
provisoirement de renforcer et de planifier l'accélération de l'émigration
des Juifs hors des territoires du Reich.
Sur ordre du
Maréchal du Reich, une direction centrale du Reich pour l'émigration des
Juifs fut créée en janvier1939, et sa direction confiée au chef de la
police de sécurité et du SD. Elle avait pour missions spécifiques :
a) de prendre toutes mesures pour préparer une émigration
renforcée
des Juifs, b) de diriger les flux
d'émigration, c) d'accélérer au cas par cas l'application des
procédures d'émigration.
L'objectif était de nettoyer des Juifs
l'espace vital allemand en toute légalité. Tous les services étaient
conscients des difficultés provoquées par une telle précipitation de
l'émigration. Il fallut bien d'abord s'en accommoder, faute de toute autre
solution.
Par la suite, les tâches relatives à l'émigration ne furent plus
seulement un problème allemand, mais aussi un problème dont les autorités
des pays de destination, éventuellement d'immigration, eurent à s'occuper.
Des difficultés financières, comme la hausse, par les différents
gouvernements étrangers, des taxes d'entrée et de débarquement, mais aussi
le manque de place sur les bateaux, le renforcement croissant des
limitations, voire des interdictions d'immigration, compliquèrent
énormément les efforts d'émigration. Malgré ces difficultés, 537'000 Juifs
furent amenés à émigrer entre la prise du pouvoir et le 31 octobre 1941,
dont :
– depuis le 30 janvier 1933, environ 360'000 du Reich, – depuis le
15 mars 1938, environ 147'000 des Marches de l'Est, – depuis le 15 mars
1939, environ 30'000 du protectorat de Bohême-Moravie.
L'émigration fut financée par les Juifs, voire par leurs organisations
politiques. Pour éviter que les Juifs prolétaires restent, on fit en sorte
que les Juifs fortunés financent le départ des autres; un prélèvement, une
taxe à l'émigration fixée en fonction de la fortune, servit à couvrir les
frais de l'émigration des Juifs pauvres.
En plus des rentrées en Reichsmark, des devises furent exigées pour le
paiement des taxes d'entrée et de débarquement. Pour préserver le fonds
allemand de devises, les institutions financières juives internationales
furent appelées, par l'intermédiaire des organisations juives de
l'intérieur, à pourvoir au recouvrement des sommes correspondantes en
devises. Au total, jusqu'au 30 octobre 1941, les Juifs étrangers ont ainsi
fourni, par voie de donation, 9'500'000 dollars.
Depuis, le Reichsführer SS, chef de la police allemande, a interdit
l'émigration des Juifs, en raison des dangers de l'émigration en temps de
guerre, et en considération des nouvelles possibilités à l'est.
III. Désormais, à la place de l'émigration, la prochaine
solution à envisager, avec l'aval préalable du Führer, est l'évacuation
des Juifs vers l'est.
Ces actions sont toutefois à considérer uniquement comme des solutions
transitoires, mais qui nous permettront d'acquérir des expériences
pratiques qui seront très précieuses pour la solution finale à venir de la
question juive.
Au cours de la solution finale de la question juive en Europe, seront à
prendre en considération environ 11 millions de Juifs, répartis comme suit
dans les différents pays :
|
Pays /
Nombre
|
|
Allemagne 131'800
|
Bulgarie 48'000
|
|
Marches de l'est / Autriche
43'700
|
Angleterre 330'000
|
|
Territoires de l'Est 420'000
|
Finlande
|
|
Gouvernement général 2'284'000
|
Irlande
|
|
Bialystok 400'000
|
Italie / Y compris Sardaigne
58'000
|
|
Protectorat de Bohême et Moravie
74'200
|
Albanie
|
|
Estonie – libérée de Juifs –
|
Croatie 40'000
|
Lettonie
|
Portugal
|
|
Lituanie 34'000
|
Roumanie / Y compris Bessarabie
342'000
|
|
Belgique 43'000
|
Suède
|
Danemark
|
Suisse 18'000
|
France
|
Serbie 10'000
|
|
. zone occupée 165'000
|
Slovaquie 88'000
|
|
. zone non occupée 700'000
|
Espagne
|
|
Grèce 69'600
|
Turquie / Partie européenne
55'500
|
|
Pays-Bas 160'800
|
Hongrie 742'000
|
Norvège
|
URSS 5'000'000 . dont Ukraine
2'994'684 . Russie blanche / A l'exception de
Bialystok 446'684
|
TOTAL
11'000'000
|
.
|
Le nombre des Juifs indiqué dans les différents pays étrangers est
toutefois celui des Juifs religieux, la définition des Juifs selon des
critères raciaux étant partiellement absente dans ces pays. Le traitement
du problème se heurtera dans chaque pays à certaines difficultés dues à
l'attitude et à l'état d'esprit des populations, notamment en Hongrie et
en Roumanie. En Roumanie par exemple, un Juif peut, aujourd'hui encore,
acheter des papiers attestant officiellement une nationalité étrangère.
En URSS, l'influence des Juifs sur tous les territoires est bien
connue. Cinq millions de Juifs environ vivent dans la partie européenne, à
peine 250'000 dans la partie asiatique.
La répartition par profession des Juifs de la partie européenne de
l'URSS est environ la suivante :
Agriculteurs 9,1 %
Ouvriers 14,8 %
Commerçants 20,0 %
Fonctionnaires 23,4 %
Secteur privé (médecine,
presse, théâtre, etc.) 32,7 %
Au cours de la solution finale, les Juifs de l'Est devront être
mobilisés pour le travail avec l'encadrement voulu. En grandes colonnes de
travailleurs, séparés par sexe, les Juifs aptes au travail seront amenés à
construire des routes dans ces territoires, ce qui sans doute permettra
une diminution naturelle substantielle de leur nombre.
Pour finir, il faudra appliquer un traitement approprié à la totalité
de ceux qui resteront, car il s'agira évidemment des éléments les plus
résistants, puisque issus d'une sélection naturelle, et qui seraient
susceptibles d'être le germe d'une nouvelle souche juive, pour peu qu'on
les laisse en liberté (voir l'expérience de l'histoire).
Au cours de l'exécution pratique de la solution finale, l'Europe sera
passée au peigne fin d'ouest en est. L'opération débutera sur le
territoire du Reich, y compris les protectorats de Bohême et de Moravie, à
cause de la situation du logement et de la spécificité socio-politique du
Reich.
Les Juifs évacués passeront d'abord, convoi par convoi, par des ghettos
de transit, et de là seront transportés plus loin à l'est.
L'Obergruppenführer SS Heydrich poursuivit en précisant
qu'une des conditions importantes pour la bonne marche de l'évacuation des
Juifs était de fixer exactement le groupe des personnes concernées.
Il n'est pas prévu d'évacuer à l'est les Juifs de plus de 65 ans, mais
de les transférer dans un ghetto de vieillards – vraisemblablement à
Theresienstadt.
En plus de cette tranche d'âge – parmi les 280'000 Juifs résidant en
Allemagne et en Autriche au 31 octobre 1941, environ 30 % ont plus de 65
ans –, les Juifs grands invalides de guerre et ceux qui portent une
décoration militaire (EK I) y seront accueillis. Cette solution appropriée
permettra de couper court aux nombreuses interventions prévisibles.
Le commencement des plus grandes opérations d'évacuation dépendra
largement de l'évolution de la situation militaire. En ce qui concerne le
traitement de la solution finale dans les territoires européens occupés ou
sous influence, il a été proposé que les responsables concernés du
Ministère des Affaires étrangères se concertent avec le chef de section
compétent de la police de sécurité et du SD.
L'affaire n'est pas plus difficile en Slovaquie et en Croatie, puisque
les questions essentielles à régler dans cette perspective ont déjà trouvé
une solution. En Roumanie, le gouvernement a nommé un chargé de mission
pour les questions juives. Pour régler la question en Hongrie, il faut
imposer au plus vite au gouvernement un conseiller pour les questions
juives.
En raison de l'accueil réservé aux préparatifs de règlement du problème
en Italie, l'Obergruppenführer SS Heydrich estima qu'il
convenait, dans cette affaire, d'établir un contact avec le chef de la
police.
En France occupée et non occupée, le recensement des Juifs pour
l'évacuation sera effectué, selon toute vraisemblance, sans grande
difficulté.
A ce sujet, le sous-secrétaire d'Etat Luther fit remarquer que
le traitement approfondi du problème rencontrerait des difficultés dans
quelques pays, comme les Etats du nord, et par conséquent, il était
recommandé, pour le moment, de laisser ces pays en suspens.
Si l'on considère le nombre restreint de Juifs concernés, cette mise en
suspens ne représente pas un obstacle important.
Par contre, le Ministère ne prévoit pas de grandes difficultés pour le
sud-est de l'Europe.
Le Gruppenführer SS Hofmann envisage d'envoyer en Hongrie un
expert du bureau central des races et de l'implantation pour participer à
l'orientation générale, si du côté du chef de la police de sécurité et du
SD on s'attaque là-bas à cette affaire. Il fut décidé de détacher
provisoirement cet expert du bureau central des races et de l'implantation
: il ne doit pas être lui-même actif, mais apparaître officiellement comme
assistant auprès de l'attaché de la police.
IV. Au cours de la mise en uvre des projets pour la solution
finale, les lois de Nuremberg doivent en quelque sorte en former le
fondement, mais la condition d'une liquidation du problème sans laisser de
trace passe également par la résolution des questions relatives aux
mariages mixtes et aux Mischling.
Le chef de la police de sécurité et du SD poursuivit la discussion
théorique, à partir d'un courrier du chef de la chancellerie du Reich, sur
les points suivants :
1) Traitement des Mischling du 1er degré Au regard de
la solution finale de la question juive, les Mischling du 1er degré
sont équivalents aux juifs.
Font exception à ce traitement :
a) Les Mischling du 1er degré mariés à des Allemands de
sang et ayant des enfants (Mischling du 2e degré) issus de ce mariage. Ces
Mischling du 2e degré sont pour l'essentiel égaux aux
Allemands. b) Les Mischling du 1er degré auxquels les
plus hautes instances du parti et de l'Etat ont jusqu'alors conféré une
situation d'exception dans tous les domaines.
Chaque cas particulier doit être contrôlé, et il n'est pas exclu que la
décision soit défavorable, même pour ces Mischling.
Les conditions pour que l'exception soit accordée doivent toujours
relever des mérites fondamentaux du Mischling en question (et non
des mérites des parents ou du conjoint allemands de sang).
Tout Mischling du 1er degré bénéficiant de l'exception en
matière d'évacuation devra être stérilisé, pour empêcher toute
descendance, et éliminer définitivement le problème du métissage. Il sera
procédé à la stérilisation sur la base du volontariat. Mais le maintien
sur le territoire du Reich est soumis à cette condition. Le
Mischling stérilisé sera par la suite libéré de toutes les
dispositions restrictives auxquelles il était soumis jusqu'alors.
2) Traitement des Mischling du 2e degré Les
Mischling du 2e degré sont fondamentalement apparentés aux
Allemands de sang, à l'exception des cas suivants, pour lesquels les
Mischling du 2e degré sont placés sur un plan d'égalité avec les
Juifs :
a) Mischling du 2e degré issu d'une union bâtarde (couple
de Mischling).
b) Apparence raciale particulièrement
désavantageuse pour le Mischling du 2e degré, le plaçant
par son
aspect extérieur du côté des Juifs.
c) Rapports policiers ou
politiques particulièrement mauvais à propos du Mischling du 2e
degré,
faisant paraître qu'il se ressent et se comporte comme un Juif.
Mais il ne sera pas fait exception, même dans de tels cas, si le
Mischling du 2e degré est marié avec un Allemand de sang.
3) Mariages entre Juifs et Allemands de sang
Il faut décider au cas par cas si le conjoint juif doit être évacué ou
bien s'il est transféré vers un ghetto de vieillards, en considération des
conséquences d'une telle mesure sur la parenté allemande de ce couple
mixte.
4) Mariages entre Mischling du 1er degré et Allemands de
sang
a) Sans enfant Si aucun enfant n'est issu du mariage, le
Mischling du 1er degré sera évacué, éventuellement transféré dans
un ghetto de vieillards (même traitement que pour les mariages entre Juifs
et Allemands de sang, au point 3).
b) Avec enfants Si des
enfants (eux-mêmes Mischling du 2e degré) sont issus du mariage, et
s'ils sont placés sur un plan d'égalité avec les Juifs, ils seront évacués
avec le Mischling du 1er degré, ou transférés dans un ghetto. Dans
la mesure où ces enfants sont au même plan que les Allemands (cas
normaux), ils bénéficient de l'exception à l'évacuation, de même que leur
parent Mischling de 1er degré.
5) Mariages ente deux Mischling du 1er degré ou entre
Mischling du 1er degré et Juif. Dans le cas de ces mariages,
chaque membre (y compris les enfants) est traité comme Juif et donc
évacué, voire transféré dans un ghetto de vieillards.
6) Mariages entre Mischling du 1er degré et
Mischling du 2e degré Sans considération de l'existence ou non
d'enfants, les deux conjoints seront évacués ou transférés dans un ghetto
de vieillards, dans la mesure où d'éventuels enfants présentent sur le
plan racial, en règle générale, de plus fortes traces de sang juif que les
Mischling Juifs du 2e degré.
Le Gruppenführer SS Hofmann exprima l'avis qu'il fallait user
largement de la stérilisation, d'autant plus que le Mischling,
placé devant le choix entre évacuation et stérilisation, se soumettra
plutôt à la stérilisation.
Le secrétaire d'Etat, Dr Stuckart, fit le constat que la mise en
uvre des solutions qui viennent d'être exprimées pour la liquidation des
questions relatives aux mariages mixtes et aux Mischling entraînerait,
dans les formes prévues, une immense quantité de tâches administratives.
Pour tenir compte des données biologiques présentes dans tous les cas, le
secrétaire d'Etat, Dr Stuckart, proposa en outre d'adopter la
stérilisation obligatoire.
Pour simplifier le problème des mariages mixtes, il faudrait réfléchir
à des dispositions par lesquelles le législateur dirait : "ces mariages
sont dissous".
Sur la question des conséquences de l'évacuation des Juifs sur la vie
économique, le secrétaire d'Etat Neumann expliqua que les Juifs
employés dans les entreprises indispensables en temps de guerre ne
pourraient pas être évacués tant qu'ils ne seraient pas remplacés.
L'Obergruppenführer SS Heydrich indiqua que ces Juifs ne
seraient pas évacués dans le cadre des directives qu'il avait approuvées
pour l'exécution des actions d'évacuation actuellement en cours.
Le secrétaire d'Etat, Dr Bühler, remarqua qu'on saluerait, au
Gouvernement général, le fait de commencer la solution finale dans le
gouvernement général, car le problème du transport n'y ajouterait pas de
difficulté supplémentaire, et que des raisons de mobilisation pour le
travail ne viendraient pas y entraver le déroulement de l'action. Il
faudrait éloigner aussi vite que possible les Juifs des territoires du
gouvernement général, car le Juif, porteur d'épidémie, y représentait un
danger particulièrement éminent, et apportait en outre, par ses trafics
continus, le désordre dans la structure économique du pays. Sur les 2
millions et demi de Juifs concernés, la majorité étaient par ailleurs
inaptes au travail.
Le secrétaire d'Etat, Dr Bühler, poursuivit en constatant que la
solution de la question juive dans le Gouvernement général relevait de la
compétence du chef de la police de sécurité et du SD, et que ses efforts
devaient être soutenus par les autorités du Gouvernement général. Il
n'avait qu'un seul souhait : que la question juive soit réglée sur ce
territoire le plus vite possible.
En conclusion, les différentes résolutions furent discutées, et il en
ressortit, tant du côté du Gauleiter, Dr Meyer, que de celui du
secrétaire d'Etat, Dr Bühler, qu'on était d'avis qu'il fallait
mener immédiatement, dans les territoires en question, certains travaux
préparatoires au déroulement de la solution finale, en évitant cependant
de provoquer l'inquiétude de la population.
En mettant un terme à la réunion, le chef de la police de sécurité et
du SD demanda aux participants de lui accorder tout leur soutien dans
l'exécution des tâches décidées.
Source : Savoir la Shoah, coordination
Jean-Michel Lecomte, Edition Centre régional pédagogique de Bourgogne,
Dijon, 1998.
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