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Historique
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Un palais est construit à Villeneuve-lès-Avignon entre 1342
et 1352 par le cardinal Etienne Aubert, futur Innocent VI. C'est sur cette
base qu'est construite une chartreuse, à l'invitation du pape, en 1352.
Innocent VI souhaitait ainsi remercier Jean Birel, le général de l'ordre des Chartreux, qui, en
refusant de devenir pape, lui avait permis d'accéder à cette fonction. En
1356, une bulle pontificale vient confirmer la fondation. La chartreuse du
Val de Bénédiction est dédiée à Saint
Jean Baptiste.
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Elle est consacrée en 1358. Elle ne devait abriter que douze
pères. C'est pourquoi, on ne construit au commencement que douze cellules
de moines autour du cloître du cimetière. Un second cloître, plus petit est
édifié entre le cimetière et l'église. En 1362, Innocent VI décède et est
inhumé, selon ses vœux, dans une chapelle ajoutée pour lui à l'église. La
famille du pape veille à la poursuite de la construction. En 1365, un
incendie détruit partiellement l'édifice, ce qui entraîne un
agrandissement. La chartreuse est à nouveau agrandie en 1372. Elle
accueille alors 24 pères. Les cellules nécessaires sont organisées autour
d'un nouveau cloître, le cloître Saint Jean. L'église est étendue d'une
travée vers l'ouest. Les travaux sont terminés vers 1380.
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Les édifices,
notamment le cloître et les cellules des moines, subissent quelques
modifications au XVIIe siècle. Le nombre de pères est alors de 40, auxquels
il faut ajouter 30 frères convers. Un portail
monumental est achevé en 1649. La chartreuse est à son apogée et Louis XIV
y vient en visite. La révolution frappe donc une chartreuse pleine de
vitalité (contrairement à de nombreux monastères déjà moribonds à cette
époque). En 1793, la chartreuse est vendue et découpée en lots. Les
nombreuses destructions dont elle est l'objet sont constatées en 1834 par
Prosper Mérimée. Un rachat progressif est organisé. Les premières
restaurations sont entreprises bien plus tard. En 1905, la chartreuse est
classée monument historique.
Aujourd'hui, la chartreuse concilie conservation du patrimoine et création.
Centre National des Écritures du Spectacle depuis 1991, elle accueille des
auteurs dramatiques dans les cellules réaménagées des chartreux. Elle
constitue aussi un lieu de recherche sur l'animation du patrimoine.
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Abbatiale
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La façade
de l'église, dont une partie a été détruite, ne présente pas d'intérêt
particulier. Un gros oculus perce un mur sans ornement.
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La même sobriété se retrouve
au niveau de la nef, à l'extérieur comme à l'intérieur.
Plan de l'église, d'après Jean
Sonnier, extrait de Midi gothique
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Le vaisseau unique comporte quatre travées voûtées
d'ogives. Trois datent de 1358 et une de 1370. Les trois premières
étaient réservées aux pères, la plus récente aux frères (ouest). On voit
encore le jubé qui les séparait.
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Le mur nord est percé de fenêtres à ébrasement
dans les trois dernières travées. Les ogives reposent sur des culots
fantaisies.
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Du même côté, au niveau de la première travée
s'ouvre la chapelle des frères, qui sert de soubassement au beffroi. Elle
comporte deux travées, l'une très large, l'autre très étroite, et donne
sur le petit cloître.
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Le mur sud ouvre sur des chapelles funéraires,
précédées par la chapelle de l'Annonciation
(première travée) : elles communiquent entre elles par de petites portes
et des oculi. Au niveau des deuxième et troisième travées, on trouve la
chapelle funéraire des neveux du pape, la chapelle double Saint Michel et Saint Bruno.
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La chapelle funéraire d'Innocent VI (Chapelle de
la Trinité), parallèle à la dernière travée de la nef, comporte une
abside à cinq pans, à côté de celle qui constituait le chœur. Elle abrite
le tombeau du pape, dont les riches sculptures tranchent avec la sobriété
de l'édifice.
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L'église a perdu son abside à cinq pans au XIXe
siècle. Par le trou ainsi laissé, on aperçoit le fort Saint André.
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La chapelle des fresques
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Extérieurement, cette chapelle, qu'on
voir ici derrière le cloître, est couronnée de merlons.
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Ses cinq pans sont voûtés d'ogives qui
retombent jusqu'au sol et sont percés de grandes fenêtres à deux
lancettes tréflées.
C'est pour ses fresques attribuées à Matteo Giovanetti que la chapelle
est réputée. Ces peintures ayant été jugées suspectes par les
chartreux, la chapelle avait été murée, ce qui a facilité la
conservation des fresques.
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L'une des cinq fenêtres est murée. La
partie haute, très abîmée, était consacrée aux miracles du Christ. En bas à gauche
était représenté le festin d'Hérode.
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Au centre on voit encore la décollation
de Saint Jean-Baptiste et sa
tête apportée à Hérodiade. A droite, on assiste à l'ensevelissement du
saint.
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Autour des trois fenêtres du centre on trouve des
apôtres.
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Sous la fenêtre centrale on voit la crucifixion du
Christ, entouré de Jean-Baptiste, de la Vierge, de Jean et d'un évêque.
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A sous la fenêtre qui se situe à droite de celle de
la crucifixion, on voit une Vierge à l'enfant devant laquelle est
agenouillé le Pape.
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Enfin, autour de la fenêtre qui se situe au-dessus
de la porte, on voit des scènes de l'enfance de Saint Jean Baptiste.
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En haut à gauche, se trouve l'annonciation à
Zacharie. A droite, la Visitation.
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Dans la partie centrale, on voit à gauche la
naissance de Jean Baptiste, et à droite, sa circoncision et imposition
du nom. En bas, on trouve enfin le pape et trois diacres : Laurent, Etienne et Nicolas.
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Les bâtiments monastiques
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La chartreuse est organisée autour de trois cloîtres.
Le cloître cimetière et le petit cloître sont situés en enfilade, à
l'est. Le petit cloître est accolé à l'église. Le troisième cloître,
le cloître Saint Jean, à l'ouest, surplombe le reste de la
chartreuse. Entre les trois cloîtres se situent la chapelle des
fresques. Le portail monumental est situé au sud. Les deux plus
grands cloîtres sont entourés de cellules de chartreux.
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A - Le cloître-cimetière
B - Le petit cloître
C - Abbatiale
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D - Le cloître Saint Jean
E - La chapelle des fresques
F - La bugade
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Plan réalisé d'après le plan de visite fourni par la
Chartreuse
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Le petit cloître constituait l'un des
rares lieux où les moines pouvaient échanger quelques paroles (en
gardant leur capuchon baissé), les dimanches et jours de fêtes. C'est
pour cette raison qu'il est surnommé cloître du colloque. Il est
rectangulaire (5 arcs au sud et au nord, 7 à l'est et à l'ouest).
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Les galeries sont voûtées d'ogives, elles ouvrent
sur le jardin central par de grandes baies brisées d'une extrême
sobriété. Les culots ont été détruits au XVIIIe.
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Ce cloître ouvre sur la salle capitulaire qui
comporte deux travées voûtées d'ogives.
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Celles-ci retombent sur des culots. L'un d'entre
eux représente un chartreux aux prises avec un démon. C'est une
réalisation du XIVe.
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Le cloître permettait également d'accéder à la
sacristie, aujourd'hui détruite.
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Enfin, derrière la salle capitulaire, on trouve un
puits où était lavé le linge sacré. Un escalier permet d'accéder à la
rasure, où les moines venaient se rafraîchir leur tonsure, six fois
par an .
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Environ 500 moines et une centaine
d'évêques seraient enterrés dans ce vaste cloître, entouré de 13
cellules de chartreux.
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Les galeries de ce cloître sont couvertes d'un berceau cintré. Leurs murs épais
sont percés de baies légèrement brisées.
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La porte de
chaque cellule est identifiée par une lettre. Un trou permettait aux
repas et aux livres de passer.
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La cellule comporte deux niveaux. Au premier
(ci-dessus à gauche), on trouve un lieu de prière et un atelier, au
second (ci-dessus à droite), une chambre permettant le repos et la
méditation.
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Les chartreux disposaient également d'un petit
jardin pour étendre la gamme de leurs travaux manuels.
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Au sud du cloître se trouve la chapelle des morts,
où ces derniers étaient veillés avant leur enterrement à même la
terre.
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Au nord du cloître, on
trouve la " bugade " (lessive, en provençal), qui avait une
double fonction. Dans la première partie du bâtiments, les frères
lavaient le linge. Dans la seconde partie se trouvaient sept cellules
qui servaient de geôle pour les chartreux ayant enfreint la règle de
l'ordre. Ceux-ci pouvaient suivre les offices donnés dans la chapelle
adjacente par une lucarne.
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Le cloître Saint-Jean était réservé aux
moines les plus âgés car son air était considéré comme plus pur. Il a
longtemps été utilisé, après la Révolution, comme une simple place de
village. Au centre du cloître, on trouve une rotonde de 1750. Elle
surmonte un des trois puits de la chartreuse.
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