Épîtres aux Corinthiens

Paul a fondé une église à Corinthe. Sans doute même l'église la plus importante jamais édifiée par lui. Lorsqu'il est arrivé dans cette ville, c'était un choix stratégique que d'y fonder une communauté chrétienne. En effet, Corinthe était la capitale de l'Achaïe (partie méridionale de la Grèce) et l'un des principaux centres de la civilisation grecque. Elle permettait la liaison commerciale entre l'Italie et l'Asie. Cette ville, qui avait été incendiée dans les années 150 avant Jésus-Christ était, du temps de l'apôtre, une ville nouvelle depuis que César l'avait reconstruite. Sa population était d'environ 700000 habitants dont plus de la moitié étaient des esclaves. Ville cosmopolite, elle était le lieu de tous les excès. La ville était dominée par un temple dédié à Aphrodite (chez les Romains, Vénus) et la prostitution sacrée, un rite pratiqué par près d'un millier de prêtresses. « Vivre à la corinthienne » était synonyme de vivre dans la débauche. C'est dans ce contexte que Paul évangélise et crée une église. Cette mission est déterminante dans la vie de l'apôtre qui comprendra que si l'église doit croître, il ne faut pas viser seulement la conversion des Juifs. Il avait rencontré de vives oppositions en essayant d'annoncer l'Évangile de Jésus dans les synagogues de la diaspora. Écœuré par ces réactions hostiles, il décide de « laisser tomber » les synagogues et de prêcher à tout vent.

Paul restera deux ans à Corinthe avant de repartir ailleurs. Il demeurera en contact épistolaire avec cette Église et lui écrira au moins quatre lettres. Deux sont conservées dans le Nouveau Testament et deux sont perdues. Il semble bien que la première épître conservée soit en fait la deuxième écrite et que la deuxième dans la Bible soit en fait la quatrième ! Vous suivez ?

Les Grands thèmes des deux épîtres

ü Dans chacune des lettres, Paul répond premièrement en manifestant ses joies et ses peines aux nouvelles qu'il reçoit de l'Église de Corinthe certains désordres moraux lui sont signalés et il réagit sur divers problèmes : l'inceste, des procès entre Chrétiens, les rapports à l'argent et les dons spirituels. Il donne son avis sur le mariage et sur les viandes sacrifiées aux dieux (le Chrétien peut-il en manger ?).

ü Les expériences spirituelles. Paul écrit : il y a des expériences différentes, mais c'est le même Dieu qui les produit toutes en tous. Chacun reçoit le don de montrer la puissance de l'Esprit Saint, et cela pour le bien de tous. L'un reçoit de l'Esprit le don de parler avec sagesse, l'autre reçoit du même Esprit le don de faire connaître Dieu. Un autre reçoit de ce même Esprit le don d'une foi très solide, un autre reçoit de cet unique Esprit le don de guérir les malades. Un autre peut faire des actions extraordinaires, un autre peut parler au nom de Dieu, un autre sait faire la différence entre ce qui vient de l'Esprit Saint et ce qui ne vient pas de lui. Un autre peut parler en des langues inconnues, un autre peut les traduire.

ü La sainteté. Le Chrétien est un avec le Christ. Uni à lui, il ne peut plus faire n'importe quoi de son corps et surtout pas l'abandonner à l'immoralité sous toutes ses formes.

ü La pratique de la Cène (ou eucharistie).

ü L'amour par excellence (voir plus loin un extrait d'un des plus beaux textes de l'apôtre Paul).

ü Riposte aux attaques personnelles. Surtout dans la deuxième épître, Paul répond avec virulence à des attaques qui mettent en doute son autorité et son ministère. Se défendant, il donne par la même occasion des détails sur sa vie personnelle, sur ses cheminements, sur les persécutions qu'il a endurées. Il dénigre ses accusateurs et signale qu'il va revenir à Corinthe pour faire un peu de ménage ! Les raisins (de Corinthe) de sa colère seront aigres !

… Supposons que je parle les langues des hommes et même celles des anges si je n'ai pas d'amour, je ne suis rien de plus qu'un métal qui résonne ou qu'une cymbale bruyante. Je pourrais transmettre des messages reçus de Dieu, posséder toute la connaissance et comprendre tous les mystères, je pourrais avoir la foi capable de déplacer des montagnes, si je n'ai pas d'amour, je ne suis rien. Je pourrais distribuer tous mes biens aux affamés et même livrer mon corps aux flammes, si je n'ai pas d'amour, cela ne me sert à rien. Qui aime est patient et bon, il n'est pas envieux, ne se vante pas et n'est pas prétentieux ; qui aime ne fait rien de honteux, n'est pas égoïste, ne s'irrite pas et n'éprouve pas de rancune ; qui aime ne se réjouit pas du mal, il se réjouit de la vérité. Qui aime supporte tout et garde en toute circonstance la foi, l'espérance et la patience. L'amour est éternel. Les messages divins cesseront un jour, le don de parler en des langues inconnues prendra fin, la connaissance disparaîtra. En effet, notre connaissance est incomplète et notre annonce des messages divins est limitée ; mais quand viendra la perfection, ce qui est incomplet disparaîtra. Lorsque j'étais enfant, je parlais, pensais et raisonnais comme un enfant ; mais une fois devenu adulte, j'ai abandonné tout ce qui est propre à l'enfant. À présent, nous ne voyons qu'une image confuse, pareille à celle d'un vieux miroir ; mais alors, nous verrons face à face. À présent, je ne connais qu'incomplètement ; mais alors, je connaîtrai Dieu complètement, comme lui-même me connaît. Maintenant, ces trois choses demeurent : la foi, l'espérance et l'amour ; mais la plus grande des trois est l'amour.

Première épître aux Corinthiens, chapitre 13