Pour les chrétiens, le Nouveau Testament, ou Deuxième Testament, est d'une importance considérable. Il n'est pas seulement la parfaite continuation de l'Ancien, pas seulement sa réalisation prophétique, pas seulement centré sur la personne de Jésus-Christ, ni sur l'histoire des premiers Chrétiens et de l'Église, il est l'essence même de la pleine expression et révélation de Dieu.

Les enjeux du Nouveau Testament

ou le scénario de Dieu

Dessein de Dieu, dessin des hommes

Es-tu celui qui devait venir ?

Le Christianisme n'est autre qu'un prolongement du Judaïsme revu et rectifié par Jésus-Christ, le Fils du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Tout l'Ancien Testament annonce la venue du Messie, l'envoyé de Dieu pour son peuple, Israël. A partir des Évangiles, l'annonce est claire : le Messie est venu, il se nomme Jésus. Mais les Israélites qui attendaient avec impatience ce Messie semblent ne pas avoir reconnu en Jésus de Nazareth celui qui devait venir.

C'est bien le sens de la question de Jean-Baptiste qui, depuis sa prison et avant d'être décapité, fait demander à Jésus : « Es-tu celui qui devait venir ou devons-nous en attendre un autre ? »'

À cette question primordiale, et tandis que Jésus ne fait que commencer son ministère public, il répond en citant le prophète Ésaïe, grand annonciateur du Messie. Et sa réponse revient à dire : Voyez les actes que j'accomplis et entendez le message que je délivre. Qui d'autre que le Messie pourrait faire ce que je fais et dire ce que je dis ?

Ce n'est qu'à mots couverts que Jésus signale sa messianité et le sens de sa venue. Sa révélation, son dévoilement, son explication, sa présentation ne sont que progressives et incomplètes : il faut lire entre les lignes. Et lorsque Jésus meurt en croix, puis ressuscite, les disciples doivent réinterpréter ce qu'ils avaient vécu avec lui, et se souvenir de ce qu'il avait dit.

Mais si une poignée de Juifs, premièrement, se met à croire en Jésus le Messie de Dieu, la majorité le rejette, voire travaille à le faire mourir. C'est notamment la position du clergé de l'époque qui voit en Jésus un réel danger.

Une autre religion

Une parabole historique

Lorsqu'aux XVIe et XVIIe siècle, en Allemagne et en France, le protestantisme s'est mis en place, il ne s'est pas présenté comme une nouvelle religion. Les réformateurs Luther et Calvin avaient découvert, à la lecture de la Bible, que l'Église catholique s'était éloignée des enseignements bibliques. Le clergé était corrompu et les richesses de l'Église acquises de façon injustifiable. Luther est allé à Rome pour expliquer au pape que les erreurs commises par l'Église devaient être réparées et qu'elle devait revenir aux textes bibliques plus qu'aux avantages acquis par un pouvoir critiquable. Mais Rome n'a pas accepté ces remises en question. Luther voulait restaurer sa religion, mais le catholicisme de l'époque l'a refusé. II a même excommunié Luther, pourtant moine augustinien. C'est cette rupture qui e donné naissance au protestantisme qui n'est qu'une relecture chrétienne de la Bible. Une nouvelle religion, une nouvelle confession sont nées de ce retour à la Parole de Dieu.

Dans une certaine mesure, c'est un peu ainsi que le christianisme va naître du judaïsme qui refuse de reconnaître en Jésus le Messie promis. La volonté de Jésus était de ramener son peuple vers Dieu en lui proposant une nouvelle lecture des textes anciens. Plus tard, lorsque l'apôtre Paul tente de promouvoir l'Évangile en allant le proclamer dans les synagogues, il ne cherche pas à créer une nouvelle religion, mais à restaurer l'ancienne. C'est le refus des Juifs qui entraîne une déchirure entre les “anciens” (disons les Juifs orthodoxes) et les Juifs messianiques (ceux qui acceptent Jésus-Christ comme le Messie).

Ensuite, la Bonne Nouvelle de Jésus étant à destination non seulement des Juifs mais de tous ceux qui le reconnaissent comme Messie, les non-Juifs entrent dans l'Église, lieu de rassemblement (ekklesia = assemblée).

Naturellement, cette explication sommaire de l'histoire est une lecture chrétienne. Les Juifs orthodoxes diront que le christianisme est une secte, voire une perversion de leur religion. C'était d'ailleurs le sentiment premier de Paul avant qu'il se convertisse lui-même au Christianisme.

Dieu sépare et peaufine

La Création, selon la Genèse, est une succession de séparations : Dieu sépare la lumière des ténèbres, le ciel de la terre, puis l'eau de la terre. Il sépare même la femme de l'homme.

Bien plus tard, en formant les peuples, il en sépare un : Israël, formé de douze tribus. Puis, il sépare une tribu des douze : les Lévites. De cette tribu, il sélectionne une famille : celle d'Aaron. De la tribu de Lévi, il fait des prêtres, et de la famille d'Aaron une famille de sacrificateurs. Et au sein des sacrificateurs, il en choisit un qui sera le souverain sacrificateur. Or, ce souverain sacrificateur est le seul homme à pouvoir pénétrer dans le lieu très saint du Temple (le Saint des Saints), lieu fermé à tous. Là, le souverain sacrificateur rencontre Dieu une fois l'an. Il est le seul réel intermédiaire entre le peuple et le Seigneur.

Mise à part

Par ce processus de sélections et d'affinements pour en arriver à un seul homme, Dieu prépare son peuple, lequel doit comprendre que ces mises à part sont le reflet de sa recherche de l'être parfait qui accomplit tout aussi parfaitement son action sur terre. Mettre à part, séparer, c'est l'autre sens du mot “saint”. Par l'obéissance à sa Parole (la Bible), Dieu cherche à sanctifier les hommes, à les rendre saints. Seul l'être parfait peut entrer en contact avec Dieu de façon directe, et vivre. Car ta moindre imperfection entraîne la rupture, l'autre séparation ultime : l'éloignement de Dieu, synonyme de la mort. C'est ce qui s'est produit au Jardin d'Éden : le premier couple a failli, et sa désobéissance a entraîné la mort puis l'expulsion du Jardin.

Toute l'histoire des Israélites, dans l'Ancien Testament, montre les éloignements de Dieu et les retours repentants auprès de ce même Dieu. Or, tous les hommes sont pécheurs, désobéissants, et la conséquence de cette désobéissance, c'est la mort (éternelle). « Le salaire du péché, écrira l'apôtre Paul, c'est la mort ! »

Mais l'objectif de Dieu, son dessein, n'est pas que tous les hommes meurent. C'est pourquoi il cherche un intermédiaire digne du plus parfait des souverains sacrificateurs, lequel pourrait intercéder avec justesse et justice pour le peuple. Or chaque souverain sacrificateur, chaque prêtre, chaque adorateur est également pécheur et cet état ne permet pas une réelle relation avec Dieu, même une fois l'an dans le Saint des Saints du Temple. Alors Dieu propose lui-même un souverain sacrificateur parfait, un homme qui ne commet aucune erreur, aucun péché : un autre lui-même puisque lui seul est totalement saint. Cet autre lui-même, ce sera son Fils. Ainsi, Jésus est-il en mission spéciale sur terre pour remplacer le peuple élu, la tribu choisie, la famille préétablie. Il sera le souverain sacrificateur, le grand-prêtre qui intercédera. Mais plus que cela, il est celui qui se substituera à la victime du sacrifice, laquelle entraîne dans sa mort la faute du coupable.

Un Fils unique pour un unique sacrifice Homme et Dieu

Homme et Dieu

Jésus n'est pas un extra-terrestre, ni même un ange comme le sont Gabriel ou Michel. Jésus est un homme né d'une femme et cette condition humaine était indispensable pour que la solidarité humaine puisse jouer et pour que la substitution soit parfaite : un homme remplace un autre.

Mais il fallait que cet homme soit aussi différent ; comment un homme, dont la nature est faible, peut-il ne pas pécher devant Dieu dont les exigences de sainteté sont extrêmes ? C'est pourquoi Jésus est aussi Fils de Dieu. S'il est né d'une femme, sa naissance est pourtant miraculeuse puisque Dieu en est le Père. Marie, la mère de Jésus, n'est alors qu'une mère porteuse, une matrice. Sans intervention humaine (dommage pour Joseph !), la filiation humaine et donc pécheresse est rompue. Non que Marie soit pure, mais son obéissance est suffisante pour effacer l'hérédité corrompue. Lorsqu'elle accepte le projet de Dieu que lui annonce l'ange (« qu'il me soit fait selon la Parole de Dieu »), elle devient sainte, mise à part, séparée.

Dieu n'aura qu'un Fils, et cette unicité est primordiale parce que Dieu va accomplir, au travers de ce Fils, une chose unique et suffisante. Lorsque Jésus, après avoir essayé d'éveiller les consciences religieuses de ses contemporains, est finalement mis en croix, il devient le sacrifice par excellence. Lui, le pur, le parfait, l'homme-Dieu ou Dieu fait homme, accepte cette position de bouc émissaire. Le sacrifice humain, que Dieu avait interdit formellement tout au long de l'Ancien Testament, l'était parce que Dieu se réservait le sacrifice exemplaire et unique.

Juste avant de mourir sur la croix, Jésus déclare : « Tout est accompli ! »L Cela veut dire qu'il est allé jusqu'au bout de sa mission impossible et qu'il a réussi, aussi étrange que cela puisse paraître. Sa mort n'est pas un échec, un incident de parcours, ni même une trahison ou un abandon des siens. Cela semble l'être. Pourtant Jésus avait dit : « Personne ne me prend la vie, mais je la donne volontairement. J'ai le pouvoir de la donner et j'ai le pouvoir de l'obtenir à nouveau. Cela correspond à l'ordre que mon Père m'a donné. » Jean 10. 18

L'excellence du sacrifice annule la nécessité d'autres sacrifices. C'est pourquoi le Nouveau Testament signale : «  Le Christ, par contre, a offert un seul sacrifice pour les péchés, et cela pour toujours, puis il s'est assis à la droite de Dieu. » Hébreux 10. 12

Dieu, dans l'Ancien Testament, a réclamé des sacrifices d'animaux pour “couvrir”, par le prix du sang, les fautes commises. Il voulait ainsi faire prendre la mesure de la gravité des péchés. Autour du sacrifice, tout un rituel riche de sens symbolique est réclamé. Notamment un lieu spécifique pour les sacrifices : le Temple. Au temps de Jésus, le Temple était en pleine activité et les sacrifices se faisaient sans interruption. Même les parents de Jésus sont venus au Temple pour offrir un sacrifice après la naissance de Jésus. Mais dès que Jésus meurt en croix et que le sens de cette mort est développé (Jésus-Christ est l'Agneau de Dieu sacrifié pour couvrir la faute de tous), les sacrifices dans le Temple n'ont plus de raison d'être. Dieu ordonne aux disciples d'aller par le monde annoncer cette nouvelle. Et tandis que la mission commence, une révolte des Juifs à Jérusalem entraîne une réaction sévère de Rome qui arrive avec ses armées. En 70, le général Titus incendie la ville, recommandant de ne pas toucher au Temple. Mais une flèche enflammée atteint pourtant l'édifice qui va brûler et s'effondrer. Il ne reste de ce Temple magnifique qu'un mur : le mur des Lamentations. Étrangement, alors que les sacrifices n'ont plus de sens à partir de Jésus, le Temple disparaît et les sacrifices ne sont plus possibles. Main de Dieu ? Hasard ?

Les deux obstacles à l'Évangile

Jésus n'est pas Zorro !

Le Nouveau Testament présente Jésus comme le Messie de Dieu, ce Messie que les Juifs attendaient depuis des générations et des générations. Les textes de la Torah sont pleins d'indices concernant cette venue et les prophéties sont assez nombreuses pour que l'attente soit justifiée. Or, à la lecture et à l'étude érudite des textes de l'Ancien Testament, un portrait robot du Christ à venir a été dessiné. Le Messie de Dieu devait réduire les ennemis à néant, instaurer un règne de paix, effacer toutes les souffrances et même la mort. Avec ces données, et une imagination débordante, le Messie devenait le champion de Dieu, le guerrier redoutable qui boute les méchants hors de Palestine, le magicien divin qui propose l'élixir de la vie, le bienfaiteur qui répare toutes les erreurs avant d'ouvrir la porte à la félicité céleste.

À vouloir interpréter les textes anciens pour qu'ils coïncident avec les désirs et les fantasmes les plus fous, on en arrive à inventer un autre scénario que celui qu'avait préparé Dieu lui-même. C'est ainsi que certains aspects des prophéties sont oubliés en cours d'interprétation. L'envoyé de Dieu, lorsqu'il arrive dans une étable de Bethléem, n'est pas conforme au Rambo attendu. L'enfant fragile de la crèche n'a pas les traits de Terminator. Le couple qui fuit en Égypte ne ressemble pas aux parents adoptifs de Superman.

Lorsque Jésus de Nazareth commence à se faire connaître, un futur disciple encore sceptique signale que de cette contrée rien de bon ne peut venir. En effet, dans la pensée des Juifs, le Messie de Dieu ne peut surgir que de Jérusalem, la cité de David ! C'est oublier que le même David était né... à Bethléem !

Alors que Jésus rassemble des foules qui l'écoutent avec attention et tandis qu'il guérit les malades, accomplit des miracles, les questions montent. Un religieux important rencontre alors Jésus, discrètement, en pleine nuit. C'est Nicodème qui s'interroge. Il veut comprendre qui est ce fils de charpentier fascinant. Il reconnaît « Personne ne peut faire ce que tu fais s'il n'est envoyé de Dieu ! » Mais Jésus n'est pourtant pas reconnu par les siens. On le dit rabbin, voire prophète, mais pas Messie. Prétendre même être le Messie, ou le Fils de Dieu, n'est autre qu'un blasphème aux yeux des religieux, des prêtres, des scribes, du Sanhédrin.

Pour eux, comme pour une partie du peuple, le Messie devait être grand et glorieux, combattant les ennemis, notamment les Romains. Mais Jésus n'est rien de cela. Il est l'humble pèlerin qui sillonne le pays en disant qu'il faut aimer ses ennemis, qu'il faut pardonner jusqu'à 77 fois 7 fois, qu'il faut purifier son cœur et revenir aux préceptes divins.

Jésus est bien gentil, mais il n'est pas, ne peut pas être le Messie. Et sans doute meurt-il critiqué par le peuple parce que ce dernier ne supporte pas d'avoir espéré et de ne rien voir venir de la part de cet homme. Zorro n'est pas arrivé !

Jésus abolit les privilèges

Un pour tous

Le message de Dieu, depuis les premières pages de la Bible, semble être à destination de tous. La création de l'univers est son fait, et son attachement, voire son amour, englobe cet univers tout entier. En créant l'homme et la femme, qu'il charge de croître et de multiplier, de remplir toute la terre, il manifeste la volonté d'aimer tous les hommes de la terre. S'il se choisit un peuple pour s'y exprimer de façon toute spéciale, c'est parce qu'il décide de se projeter à partir de ce peuple. Il veut faire d'Israël un modèle pour l'humanité. Ce peuple prototype devient peuple de Dieu, élu de Dieu non parce qu'il serait meilleur, mais parce qu'il dort devenir le meilleur, le modèle, l'exemple pour tous.

Parce que nominé par Dieu, Israël pense être LE peuple de Dieu, considérant les autres comme des laissés pour compte, des impurs en opposition à eux, les purs ! Le privilège d'avoir été choisi devient sujet de prétention, une fierté ; expression d'une supériorité face aux autres, pauvres païens.

Non seulement l'Israël de l'Ancien Testament va cultiver ce sentiment de supériorité, mais va en user pour ne jamais être comme les autres peuples. Le dédain avec lequel il regarde les nations d'alentour est manifeste lorsque Dieu demande à Jonas d'aller à Ninive, la ville païenne (voir ce que nous disions sur le livre de Jonas, Première partie, chapitre 4). L'objection de Jonas est légitime : si Dieu manifeste à l'égard des autres nations la même attention qu'il a pour Israël, il n'y a plus d'avantages à être le peuple élu.

C'est pourquoi, lorsque Jésus développe à son tour le principe de l'universalité de l'amour de Dieu, son action sur tous les peuples de la terre et le salut offert à tous les hommes, il dérange.

À Nicodème venu l'interroger sur son identité, Jésus dit bien que Dieu aime le monde si grandement qu'il donne son Fils pour le sauver. Et lorsqu'il ressuscite, Jésus envoie ses disciples vers le monde, bien au-delà des frontières d'Israël.

Les Israélites voulaient garder leur Dieu pour en faire un Dieu personnel, un Dieu local, un Dieu de tribu, mais l'idée que ce Dieu-là soit pour tous sans que les hommes doivent se convertir au judaïsme leur était intolérable.

C'est donc là le deuxième obstacle à la reconnaissance de Jésus comme Messie. Ce refus ressemble fort au refus du programme de Dieu pour tous les peuples.

Il faut dire que la culture juive avait parfaitement intégré la mise à part d'Israël par Dieu lui-même. Depuis des siècles, cette mentalité s'est incrustée dans les esprits et il est difficile de faire évoluer ensuite une mentalité. Même certains disciples, et pas des moindres, ont eu du mal à saisir l'élargissement au monde du message de l'Évangile.

Le livre des Actes relate parfaitement ce dilemme avec l'histoire de Pierre et sa rencontre avec le romain Corneille.

L'incroyable virage

Alors que les disciples, après la mort et la résurrection de Jésus, s'entendent confier la mission d'aller annoncer la Bonne Nouvelle au monde, on note de leur part une certaine réticence à quitter Jérusalem pour remplir cette mission. C'est finalement l'hostilité qu'ils rencontrent dans leur témoignage sur place qui les oblige à sortir de leur tanière.

Universalité du message biblique

Dans l'Ancien Testament, de multiples indices prouvent que l'intention de Dieu est de se faire connaître et reconnaître comme unique Dieu à toute la terre. S'il prépare Israël et l'encourage dans la sainteté, c'est pour en faire un exemple visible, une vitrine à destination de tous les hommes. Le salut dont il parle beaucoup à son peuple est aussi proposé à d'autres peuples. C'est l'exemple déjà cité de Ninive, du temps de Jonas. C'est ce qui peut être compris au travers de l'histoire de Rahab la prostituée de Jéricho (voir livre de Josué), ou de l'histoire de Ruth (voir livre de Ruth).

LÉvangile nous confirme cette volonté en montrant la conversion de personnes qui ne sont pas du peuple élu, notamment des Romains. C'est d'ailleurs un centurion romain qui, au pied de la croix, reconnaît : Cet homme était assurément le Fils de Dieu !

L'apôtre Pierre, le grand et fougueux disciple, va être directement confronté à ce que veut dire l'universalité du salut. Dans le livre des Actes, un très long chapitre est consacré à ce qui semble être une deuxième conversion chez lui.

Alors qu'il loge chez un ami, au bord d'un lac, il prie sur la terrasse. C'est l'heure du repas et il a faim. C'est alors qu'une vision s'impose à lui : il voit descendre sous ses yeux une nappe sur laquelle sont présentés des animaux que la loi de Moïse déclare impurs (comme le porc ou les poissons sans écaille). Pierre entend une voix lui ordonner : « Tue et mange. » La répulsion de l'apôtre est totale. Il n'a jamais mangé d'animaux impurs, conformément à la loi, et n'a pas l'intention de commencer. Mais la voix divine insiste et déclare : « Tu n'as pas à décider de ce qui est pur ou impur, et moins encore à déclarer impur ce que je déclare pur ! » Pierre est sidéré. Dieu peut-il lui dire autre chose que la loi de Dieu transmise par Moïse ?  C'est bien Dieu qui avait établi une liste précise des animaux mangeables ou pas. Que pouvait bien vouloir dire la vision qui s'était imposée maintenant à lui ? Alors qu'il se posait la question, on frappe à la porte de son hôte et on le réclame. Ce sont des serviteurs d'un certain Corneille qui le demandent. Or, ce Corneille est un centurion romain dans la ville de Césarée. Il avait eu une vision, lui aussi, d'un ange de Dieu lui demandant d'aller chercher Pierre. Corneille était un « craignant Dieu », ce qui veut dire qu'il s'était converti au Dieu de la Bible, et il voulait mieux comprendre ce Dieu. Avec beaucoup d'hésitations, Pierre se rend chez Corneille tout en disant que, selon la loi de Moïse, il n'avait pas le droit d'aller chez un non-Juif. Et tandis que Corneille l'accueille au seuil de chez lui en lui expliquant la vision qu'il a eue, Pierre redit qu'il n'a pas le droit d'entrer chez Corneille. Il reconnaît cependant que Dieu est peut-être en train de lui faire comprendre quelque chose puisque la vision de la nappe lui reste en mémoire. Chez Corneille, des dizaines de personnes attendent Pierre pour l'entendre à propos de l'Évangile. L'apôtre, toujours très mal à l'aise, s'excuse presque d'être là et finalement commence à parler de l'enseignement de Jésus-Christ. C'est alors que se produit une chose étonnante. Comme à la Pentecôte à Jérusalem, quelques mois plus tôt, les auditeurs de Pierre sont saisis par le Saint-Esprit et se convertissent aussitôt. Pierre n'en croit pas ses yeux. Il est obligé de reconnaître l'action de Dieu, de son Dieu, sur ces auditeurs d'origine païenne. Presque contraint, il poursuit sa séance par le baptême de ces nouveaux convertis.

Quelques jours plus tard, lorsque Pierre revient à Jérusalem, il se fait vertement critiquer par ses collègues qui lui reprochent d'avoir baptisé des non-Juifs. Pierre doit se justifier.

Et c'est ainsi que le livre des Actes propose le troisième résumé du même épisode. Aucun événement de cette époque n'est raconté trois fois successivement. C'est dire son importance.

Les apôtres et les frères qui étaient en Judée apprirent que les non-Juifs aussi avaient accueilli la parole de Dieu. Lorsque Pierre fut monté à Jérusalem, les circoncis le prirent à partie en disant : Tu es entré chez des incirconcis et tu as mangé avec eux !

Alors Pierre se mit à leur présenter cet exposé suivi : Moi, j'étais dans la ville de Joppé et je priais lorsque, en extase, j'ai eu une vision : un objet descendait, semblable à une toile tenue par les quatre coins, qui s'abaissait depuis le ciel et vint jusqu'à moi. En la fixant avec attention, j'y ai vu les quadrupèdes de la terre, les bêtes sauvages, les reptiles et les oiseaux du ciel. J'ai aussi entendu une voix qui me disait : Lève-toi, Pierre, abats et mange ! J'ai répondu : En aucun cas, Seigneur ! Jamais rien de souillé ou d'impur n'est entré dans ma bouche ! Pour la deuxième fois, depuis le ciel la voix a repris : Ce que Dieu a purifié, toi, ne le souille pas ! Cela s'est produit trois fois ; puis tout est retourné au ciel.

Immédiatement, trois hommes qui m'avaient été envoyés de Césarée sont arrivés devant la maison où nous étions. L'Esprit m'a dit de partir avec eux sans la moindre hésitation. Les six frères que voici m'ont accompagné et nous sommes entrés chez cet homme. Celui-ci nous a raconté comment il avait vu l'ange se présenter chez lui en disant : Envoie quelqu'un à Joppé chercher Simon surnommé Pierre, qui te dira des paroles par lesquelles tu seras sauvé, toi et toute ta maison. Lorsque je me suis mis à parler, l'Esprit saint est tombé sur eux comme il était tombé sur nous au commencement. Alors je me suis souvenu de cette parole du Seigneur, qui disait : Jean a baptisé d'eau, mais vous, vous recevrez le baptême dans l'Esprit saint. Si donc Dieu leur a fait le même don qu'à nous pour avoir cru au Seigneur Jésus-Christ, qui étais-je, moi, pour pouvoir m'opposer à Dieu ?

Après avoir entendu cela, ils se calmèrent et glorifièrent Dieu, en disant : Dieu a donc donné aussi aux non-Juifs le changement radical qui mène à la vie !

Actes 11. 1-18