Épître aux Romains

Paul était chez son ami Gaïus, à Corinthe, lorsqu'il dicta cette lettre. C'est un exposé long et précis de l'enseignement élaboré par l'apôtre. Elle a été rédigée bien après d'autres lettres et elle reprend les grands thèmes de la prédication de Paul, mais pas tous. On a parfois l'impression que Paul laisse, dans ces pages, une espèce de testament spirituel. Il aimerait pouvoir se rendre à Rome, mais pour l'heure, il en est empêché.

Comme les chrétiens de Rome n'ont jamais bénéficié directement d'un enseignement apostolique (d'un apôtre), Paul se propose de se rendre dans cette ville et il prépare ce voyage en signalant sa pensée et ce qu'il développera. Il souhaite surtout encourager les Chrétiens de Rome placés devant des choix difficiles et des pressions énormes, au cœur de l'empire de César.

L'Épître aux Romains est sans doute la lettre apostolique la plus commentée et celle qui a le plus “travaillé” l'Église. Très tôt elle a fait l'objet d'études (Origène, Saint Jean Chrysostome, Saint Augustin...). C'est en la lisant que le moine augustinien, Martin Luther, a reçu l'illumination de sa vie. Il y a “découvert” la notion du salut gratuit et de la justification (rendu juste, c'est-à-dire pardonné par Dieu) par la foi seule. Luther est allé à Rome pour expliquer au pape que d'après la Bible, l'Église se trompait puisqu'elle faisait du salut une récompense, voire un salaire. Ne pouvant se faire entendre du pape, qui justement à cette époque construisait la basilique Saint-Pierre et réclamait de l'argent à tous les fidèles d'Europe, Luther s'en retourne en Allemagne et commence son mouvement de protestation (d'où l'un des sens de “protestant” ; sans oublier le sens ancien : pro/devant, testari/témoigner). Ses prises de position feront de lui un excommunié et un exclu de l'Église catholique. Sans l'avoir cherché, Luther crée l'Église luthérienne à partir de sa lecture de l'Épître aux Romains, puis des autres textes bibliques.

À noter aussi que la Traduction Œcuménique de la Bible (TOB) a commencé par la transcription de cette lettre de Paul : un signe !

Les grands thèmes de l'épître

ü La justification par la foiLa justification est l'acte de Dieu par lequel il pardonne les péchés des coupables en les considérant comme justes. Il le fait gratuitement (c'est la grâce) en réponse à la foi du croyant, non à cause de ses bonnes oeuvres.

ü Jésus-Christ est le nouvel AdamPar une illustration audacieuse, Paul développe ce qui précède quant à la justification (rendu juste) : Après le péché d'un seul, Adam, le jugement de Dieu a eu pour résultat de condamner les êtres humains. Au contraire, le don gratuit de Dieu a eu pour résultat de les rendre justes malgré leurs nombreuses fautes. Oui, par un seul homme, par la faute d'un seul, la mort a frappé tout le monde. Mais par le seul Jésus-Christ, les êtres humains reçoivent beaucoup plus de Dieu : il leur donne gratuitement ses bienfaits et il les rend justes.

ü La Loi de Dieu déchire l'hommeIl sait ce qui est bien, mais il fait ce qui ne l'est pas, comme animé d'une puissance destructrice (voir extrait de Romains 7 plus loin).

ü Le rejet d IsraëlLe plan de Dieu était de faire du peuple d'Israël le peuple modèle pour l'ensemble de l'humanité. Mais Israël semble avoir échoué dans ce rôle. Dieu confie donc la mission à un autre peuple qui sera fait d'hommes et de femmes de toutes races et de toutes nations et dont le dénominateur commun sera la foi en Jésus-Christ, le Fils de Dieu.

 … Nous savons que la loi est spirituelle ; mais moi, je suis un être faible, vendu comme esclave au péché. Je ne comprends pas ce que je fais : car je ne fais pas ce que je voudrais faire, mais je fais ce que je déteste. Si je fais précisément ce que je ne veux pas, je reconnais par là que la loi est bonne. Ce n'est donc pas moi qui agis ainsi, mais c'est le péché qui habite en moi. Car je sais que le bien n'habite pas en moi, c'est-à-dire en l'être faible que je suis. Certes, le désir de faire le bien existe en moi, mais non la capacité de l'accomplir. En effet, je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je ne veux pas. Si je fais ce que je ne veux pas, alors ce n'est plus moi qui agis ainsi, mais le péché qui habite en moi. Je découvre donc ce principe : moi qui veux faire le bien, je suis seulement capable de faire le mal. Au fond de moi-même, je prends plaisir à la loi de Dieu. Mais je trouve dans mon être une autre loi qui combat contre celle qu'approuve mon intelligence. Elle me rend prisonnier de la loi du péché qui est en moi. Malheureux que je suis ! Qui me délivrera de ce corps qui m'entraîne à la mort ? Dieu soit loué, par Jésus-Christ notre Seigneur ! Ainsi, je suis au service de la loi de Dieu par mon intelligence, mais dans ma faiblesse humaine, je suis asservi à la loi du péché.

Romains 7. 14-25