Épître aux Hébreux

C'est une lettre anonyme ! On n'en connaît pas l'auteur même si plusieurs pensent, depuis l'époque de l'Église primitive, qu'elle peut être de Paul. Rien n'est moins sûr. Le style et la façon de démontrer ou de développer la pensée ne ressemblent pas à la manière habituelle de Paul.

L'épître est truffée de citations de l'Ancien Testament ou de réminiscences de la Torah. Elle est une explication de l'Évangile et surtout du sens de la venue de Jésus-Christ, par les textes anciens ; ce qui implique souvent des interprétations originales, peu développées dans les autres épîtres. Les destinataires sont vraisemblablement des chrétiens d'origine juive, nouvellement convertis et encore très attachés aux rites cultuels de l'Ancienne Alliance. D'où le titre d'Épître aux Hébreux !

La lecture de cette épître est difficile à cause de la culture hébraïque sous-entendue et la connaissance de l'Ancien Testament qu'elle exige. Son style est également difficile avec un développement typique, par enroulements. L'auteur semble passer d'une idée à une autre à partir d'un mot qu'il fait surgir dans une explication et qui l'entraîne dans une autre. Cependant, la lettre (qui est plutôt un traité théologique) est cohérente, voire lumineuse dès qu'on entre dans sa profondeur.

L'auteur explique Jésus en lui attribuant des rôles nouveaux : le Christ est à la fois grand-prêtre et victime du sacrifice. Il envisage le culte de l'Ancien Testament comme un préambule figuratif à ce qu'il devait être à partir du Nouveau et surtout de la venue de Jésus. L'aspect provisoire du rite ancien est effacé par l'alliance nouvelle, totalement spirituelle.

L'épître propose un développement de l'enseignement qu'avait laissé Jésus à la Samaritaine (épisode relaté dans les premiers chapitres de l'Évangile de Jean). La femme de Samarie avait demandé à Jésus où prier et adorer Dieu : à Jérusalem ou sur le mont Garizim ? (haut lieu cultuel des Samaritains). Jésus avait répondu : « L'heure vient, et elle est déjà venue où ce n'est pas ici ou là qu'il faudra adorer, mais en esprit et en vérité. »

L'épître aux Hébreux annonce la fin du rite et notamment celui qui consistait en sacrifices dans le Temple, pour être remplacé par un culte et une adoration exclusivement spirituels, sans actions rituelles qui auraient une valeur quelconque. Jésus étant le sacrifié définitif et suffisant.

… Jésus-Christ a fait la volonté de Dieu ; il s'est offert lui-même une fois pour toutes, et c'est ainsi que nous sommes purifiés du péché. Tout prêtre se tient chaque jour debout pour accomplir son service ; il offre souvent les mêmes sacrifices, qui ne peuvent cependant jamais enlever les péchés. Le Christ, par contre, a offert un seul sacrifice pour les péchés, et cela pour toujours, puis il s'est assis à la droite de Dieu. Maintenant, c'est là qu'il attend que Dieu contraigne ses ennemis à lui servir de marchepied. Ainsi, par une seule offrande il a rendu parfaits pour toujours ceux qu'il purifie du péché. Le Saint-Esprit nous l'atteste également. En effet, il dit tout d'abord : « Voici en quoi consistera l'alliance que je conclurai avec eux après ces jours-là, déclare le Seigneu : j'inscrirai mes instructions dans leur cœur, je les graverai dans leur intelligence. » Puis il ajoute : « Je ne me souviendrai plus de leurs fautes et de leurs péchés. »  Or, si les péchés sont pardonnés, il n'est plus nécessaire de présenter une offrande à cet effet. Ainsi, frères, nous avons la liberté d'entrer dans le lieu très saint grâce au sang du sacrifice de Jésus. Il nous a ouvert un chemin nouveau et vivant au travers du rideau, c'est-à-dire par son propre corps. Nous avons un grand-prêtre placé à la tête de la maison de Dieu. Approchons-nous donc de Dieu avec un cœur sincère et une entière confiance, le cœur purifié de tout ce qui donne mauvaise conscience et le corps lavé d'une eau pure. Gardons fermement l'espérance que nous proclamons, car Dieu reste fidèle à ses promesses. Veillons les uns sur les autres pour nous inciter à mieux aimer et à faire des actions bonnes... Car si nous continuons volontairement à pécher après avoir appris à connaître la vérité, il n'y a plus de sacrifice qui puisse enlever les péchés. Il ne nous reste plus qu'à attendre avec terreur le Jugement de Dieu et le feu ardent qui dévorera ses ennemis.

Hébreux 10. 10-27