L'Évangile de Jean

Evangéliste et cousin

LÉvangile de Jean est le plus accompli de tous. Rédigé tardivement par rapport aux trois autres, il est le fruit d'un mûrissement de la part de son auteur, lequel était aussi un témoin oculaire privilégié du Christ. En effet, Jean est l'un des Douze. Le Nouveau Testament le présente comme le fils cadet de Zébédée, le pêcheur. Lorsque Jésus l'appelle à le suivre, Jean répare les filets de pêche avec son père et son frère aîné Jacques. Les deux jeunes hommes sont surnommés « les fils du tonnerre » par Jésus lui-même. Il est probable d'ailleurs que Jésus connaissait depuis longtemps Jacques et Jean puisque leur mère, Salomé n'est autre que la sœur de Marie. Salomé était donc la tante de Jésus.

Jean était le disciple préféré de Jésus, sans doute parce qu'il était aussi le plus jeune. Parlant de lui-même, dans son évangile, Jean se présente par l'expression « celui que Jésus aimait ». Il est le disciple qui, lors du dernier repas de Jésus, se coucha sur la poitrine de son maître.

L'un des Pères de l'Église, Irénée (130-202) écrit : « Jean, le disciple du Seigneur, celui qui reposait sur son sein, publia son évangile à Éphèse après que les autres évangiles eurent été écrits. »

Proche de Jésus, Jean fait partie du groupe des trois, le cercle rapproché des Douze : Pierre, Jacques et Jean. Jean est aussi, selon la tradition, l'auteur de trois lettres et surtout de l'Apocalypse. On le présente souvent comme l'apôtre de l'Amour tant ce thème lui est cher, dans l'Évangile (où il développe la notion de pardon selon Jésus) et dans ses lettres où il invite sans cesse ses lecteurs à l'amour mutuel, image visible de l'Amour de Dieu.

Chaque évangéliste tente de proposer un portrait de Jésus, vu sous un angle plus ou moins particulier. Jean rapporte sept formules où Jésus lui-même présente qui il est ; sept définitions toutes introduites par l'expression « Je suis »

ü Je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n'aura jamais faim et celui qui croit en moi n'aura jamais soif... Je suis le pain de vie... Je suis le pain vivant descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra pour toujours. Le pain que je donnerai, c'est ma chair ; je la donne afin que le monde vive. Jean 6. 35, 48 et 51

ü Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit aura la lumière de la vie et ne marchera plus jamais dans l'obscurité... Pendant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. Jean 8. 12 et 9. 5

ü Je suis la porte. Celui qui entre en passant par moi sera sauvé ; il pourra entrer et sortir, et il trouvera sa nourriture. Jean 10. 9

ü Je suis le bon berger. Le bon berger est prêt à donner sa vie pour ses brebis... Je suis le bon berger. Je connais mes brebis et elles me connaissent, de même que le Père me connaît et que je connais le Père. Et je donne ma vie pour mes brebis. Jean 10. 11 et 14

ü Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, même s'il meurt ; et celui qui vit et croit en moi ne mourra jamais. Jean 11. 25

ü Je suis le chemin, la vérité, la vie. Personne ne peut aller au Père autrement que par moi. Jean 14. 6

ü Je suis la vraie vigne et mon Père est le vigneron... Je suis la vigne, vous êtes les rameaux. Celui qui demeure uni à moi, et à qui je suis uni, porte beaucoup de fruits, car vous ne pouvez rien faire sans moi. Jean 15. 1 et 5

À ces sept citations, il convient d'ajouter celle qui monte en écho depuis l'Ancien Testament. En effet, lorsque Dieu se présente à Moïse, il déclare : Je suis qui je suis. Voici donc ce que tu diras aux Israélites Je suis m'a envoyé vers vous. Exode 3. 14

L'Évangéliste Jean rapporte ce propos de Jésus faisant allusion à sa crucifixion : Quand vous aurez élevé le Fils de l'homme, vous reconnaîtrez que je suis qui je suis ; vous reconnaîtrez que je ne fais rien par moi-même : je dis seulement ce que le Père m'a enseigné.

Jean 8. 28

Messages en privé

L'une des particularités de l'Évangile de Jean est la place accordée aux entretiens privés. Jésus rencontre plusieurs personnes et Jean relate la teneur des échanges. L'occasion de découvrir des vérités rarement exprimées ailleurs.

Ainsi, la discussion avec Nicodème, un spécialiste de la loi qui voudrait comprendre qui est Jésus. Dans sa réponse, Jésus annonce le sens de sa venue : Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne soit pas perdu mais qu'il ait la vie éternelle. Jean 3. 16

On trouve aussi l'entretien avec une femme de Samarie, et cette citation de Jésus : Le moment vient, et il est même déjà là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en étant guidés par son Esprit et selon sa vérité ; car tels sont les adorateurs que veut le Père. Jean 4. 23

Lors du procès de Jésus, l'évangéliste Jean nous propose deux conversations privées entre Jésus et Pilate. Ce dernier cherche lui aussi à comprendre qui est l'homme devant lui : Pilate lui dit alors : Tu es donc roi ?  Jésus répondit Tu le dis : je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ce que je dis. Jean 18. 37

Plus tard, Pilate déclare à Jésus : Ne sais-tu pas que j'ai le pouvoir de te relâcher et aussi celui de te faire clouer sur une croix ? Jésus lui répondit : Tu n'as aucun pouvoir sur moi à part celui que Dieu t'a accordé. Jean 18. 10-11

Dès l'Église primitive, les quatre évangélistes ont été représentés par les quatre êtres vivants annoncés dans l'Apocalypse (4. 6-8), lesquels reprennent les mêmes images extraites du prophète Ézéchiel (1. 5-14). C'est ainsi que Matthieu est identifié et symbolisé par un homme, Marc par un lion, Luc par un taureau et Jean par un aigle. On retrouve facilement ces représentations sur des peintures ou sur des vitraux.

On a aussi parfois associé un prophète de l'Ancien Testament à un auteur des Évangiles : Ésaïe et Matthieu ; Daniel et Marc ; Jérémie et Luc ; Ézéchiel et Jean. C'est surtout l'art qui s'est servi de ces passerelles théologiques.