L'Évangile de Marc

On sait que sa mère habitait Jérusalem et que les premiers Chrétiens se sont parfois retrouvés dans cette maison. Marc est appelé Jean-Marc dans le livre des Actes. Il a été, un temps, compagnon de Paul et de Barnabé pour un voyage missionnaire. Mais en cours de route, il a préféré rentrer chez lui, ce que l'apôtre Paul lui a vivement reproché. Cette tension a même entraîné une séparation momentanée entre Paul et Barnabé.

La tradition dit que Marc a été proche de Pierre et qu'une bonne partie des renseignements utiles pour rédiger un évangile lui ont été donnés par le premier des disciples du Christ.

De fait, certains épisodes dont seul Pierre pouvait parler se retrouvent bien dans l'Évangile de Marc. De plus, c'est dans cet Évangile que Pierre est présenté sans fard et sans ostentation.

L'Évangile de Marc est très certainement le premier évangile écrit de façon construite. Sans doute Pierre, vieillissant et se rendant compte que les témoins oculaires de la vie de Jésus étaient de moins en moins nombreux, a-t-il voulu que celle-ci soit relatée de façon précise. Il y avait même une certaine urgence à rédiger cet évangile parce que, d'une part les Églises naissaient, de plus en plus nombreuses et elles manquaient de références écrites ; d'autre part, parce qu'il commençait à circuler plusieurs textes, plus ou moins sérieux et authentiques, sur l'enseignement de Jésus. Il fallait préserver l'enseignement du Christ.

C'est la raison pour laquelle l'Évangile de Marc semble avoir été écrit dans l'urgence. Non seulement il est le plus court, mais Jésus semble y tenir le rythme d'une course. L'un des mots le plus souvent rencontré dans cet évangile est le mot aussitôt ! Cependant, l'Évangile de Marc est parfaitement construit et riche de sens.

Il était certainement connu de Matthieu et de Luc qui ont largement puisé dans cet évangile pour rédiger le leur.

Marc ne vise pas les lecteurs juifs, comme le fera Matthieu. Il écrit pour tout lecteur, notamment les “gentils” (non-Juifs). Il fait moins référence à l'Ancien Testament puisqu'il n'est pas connu des non-Juifs. Parfois, il prend la peine d'expliquer quelques gestes ou propos de Jésus inscrits dans la culture juive. Exemple : Jésus va ressusciter une jeune fille décédée. Il s'approche du corps et dit « Talitha koum ! » Marc, relatant l'épisode et signalant le propos de Jésus en araméen, en donne la traduction : « ce qui signifie : Fillette, lève-toi ! ».

Marc présente Jésus comme Fils de Dieu et il le prouve en racontant davantage de miracles que de discours. Il signale ainsi la puissance du Christ, tout en ne négligeant pas sa dimension humaine. Il donne des détails sur les sentiments de Jésus (sa tristesse, son trouble, sa déception) autant que sur ses limites (fatigue physique).

Dans l'Évangile de Marc, 19 miracles sont répertoriés.

8 sont des miracles de guérison et indiquent la puissance de Jésus sur la maladie ;

5 sont des miracles sur les éléments de la nature ;

4 sont des exorcismes et donc une puissance sur les démons ;

2 sont des résurrections, victoires sur la mort.

Un des messages forts qui se retrouvent tout au long de l'Évangile de Marc est le suivant : Le Fils de l'homme (Jésus) n'est pas venu pour se faire servir, mais il est venu pour servir et donner sa vie comme rançon pour libérer beaucoup d'hommes (Marc 10. 45). En effet, Marc présente Jésus comme le serviteur souffrant de Dieu, directement inspiré de la prophétie d'Ésaïe (53), venu pour sauver le monde en payant, par son propre sacrifice, la culpabilité de chacun. L'ombre de la croix se profile dès les premières lignes de Marc (au chapitre 2 déjà, Jésus parle de lui-même en disant qu'il sera enlevé brusquement) et il poursuit en parsemant son récit d'indices par lesquels on apprend que Jésus est en sursis.

Si Jésus est le serviteur, il est aussi le souffrant. Et Marc, qui dessine ce portrait, signale du coup que la souffrance sera la part des disciples. Jésus dira à ses amis que pour le suivre il faut porter sa croix.

Il n'est pas impossible de penser que Marc, en rédigeant son évangile, était déjà témoin des difficultés et des persécutions que rencontraient les premiers chrétiens. La date probable de la rédaction de son évangile se situe entre les années 60 et 68, période très tendue pour l'Église primitive. L'Empereur Néron a commencé à exécuter les chrétiens dès 64 ! Dans un tel climat, il fallait les encourager à obéir à Dieu jusqu'aux souffrances extrêmes. D'où le ton de l'Évangile de Marc.

La fin tronquée de Marc

Les dernières phrases de l'Évangile de Marc semblent ne pas être de lui. Plusieurs spécialistes pensent que nous sommes en face d'une difficulté. En effet, la conclusion de Marc dans nos Bibles est absente des meilleurs et des plus anciens manuscrits. Ce qui fait planer un doute sur l'authenticité des douze derniers versets. C'est dans les copies du IIe siècle qu'une fin semble ajoutée, pour terminer un texte qui reste en suspend. Il est possible que les dernières pages authentiques de l'Évangile de Marc aient été perdues. Il est possible aussi que Marc n'ait pas eu le temps de terminer son texte, ce qui sous-entend une fin tragique et précoce de l'évangéliste, et ce qui accentue la dimension d'urgence, déjà mentionnée, à rédiger ce texte.

Marc donne un détail unique qui s'est produit au moment de l'arrestation de Jésus, en pleine nuit. Il relate, comme d'autres, cette arrestation : les soldats en nombre pour s'emparer de Jésus, la réaction de Pierre qui lève son épée pour défendre son maître et la passivité du Christ qui se laisse prendre sans résistance. Pourtant Marc ajoute ceci : « Alors, tous l'abandonnèrent et prirent la fuite. Un jeune homme le suivait, vêtu seulement d'un drap. On l'arrêta, mais lui, lâchant le drap, s'enfuit tout nu. »

Pour beaucoup de commentateurs, Marc est le seul à relater ce détail du « jeune homme nu » parce qu'il parle de lui-même.

Il est possible d'énoncer l'idée force de l'Évangile de Marc en rappelant les premiers mots : Commencement de l'Évangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu, et en évoquant le dernier témoignage rendu à Jésus dans cet évangile : Cet homme était certainement Fils de Dieu !

L'exclamation vient du centurion romain qui fit mourir Jésus en croix. Marc voulait démontrer à ses lecteurs qui était Jésus. Non seulement il insiste pour dire que Jésus est le Fils de Dieu, mais il précise que la première personne qui le reconnaît et le confesse est un Romain !

Des confessions venues d'ailleurs !

Marc n'insiste pas seulement sur la confession de foi des hommes clamant la divinité de Jésus. Il nous fait passer dans une autre dimension avec la confession étrange des démons eux-mêmes. Jugez :

« Jésus était dans la synagogue de Capharnaüm. Or, dans cette synagogue, il y avait justement un homme tourmenté par un esprit mauvais. Il cria Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous détruire ? Je sais bien qui tu es : le Saint envoyé de Dieu ! Jésus parla sévèrement à l'esprit mauvais et lui donna cet ordre : Tais-toi et sors de cet homme ! L'esprit secoua rudement l'homme et sortit de lui en poussant un grand cri. »

Marc 1. 23-26

« Comme il guérissait beaucoup de gens, tous ceux qui souffraient de maladies se précipitaient sur Jésus pour le toucher. Et quand ceux que les esprits mauvais tourmentaient le voyaient, ils se jetaient à ses pieds et criaient : Tu es le Fils de Dieu ! Mais Jésus leur recommandait sévèrement de ne pas dire qui il était. »

Marc 3. 10-12

« Jésus descendit de la barque et, aussitôt, un homme sortit du milieu des tombeaux et vint à sa rencontre. Cet homme était possédé par un esprit mauvais et il vivait parmi les tombeaux. Personne ne pouvait plus le tenir attaché, même avec une chaîne ; souvent, en effet, on lui avait mis des fers aux pieds et des chaînes aux mains, mais il avait rompu les chaînes et brisé les fers. Personne n'était assez fort pour le maîtriser. Continuellement, la nuit comme le jour, il errait parmi les tombeaux et sur les collines, en poussant des cris et en se blessant lui-même avec des pierres. Il vit Jésus de loin ; alors il accourut, se jeta à genoux devant lui, et cria avec force Que me veux-tu, Jésus, Fils du Dieu très-haut ? Je t'en conjure, au nom de Dieu, ne me tourmente pas ! Jésus lui disait en effet : Esprit mauvais, sors de cet homme ! »

Marc 5. 1-8