L'Évangile de Luc
Luc n'est pas un auteur juif. De culture grecque, son récit s'en ressent. Il n'est pas, comme Matthieu, Marc et Jean, un disciple de la première heure et ne fait pas partie des Douze. En revanche, il est un compagnon de l'apôtre Paul, et même son médecin particulier. Lorsqu'il entreprend de rédiger son évangile, il le fait à la façon d'un historien, rassemblant des documents, des témoignages et des preuves de ce qu'il avance. Il date avec précision son texte, le plaçant dans un contexte politique connu.
L'Évangile de Luc n'est pas la seule œuvre de cet auteur. Le livre des Actes des Apôtres est également de lui. Les deux écrits pourraient n'en former qu'un : histoire de Jésus et des premiers Chrétiens. Les deux volumes sont dédicacés à un personnage, Théophile, dont on ne sait rien ! Est-ce un destinataire réel ou est-il virtuel ? Théophile voulant dire « Ami de Dieu », Luc destine peut-être ses ouvrages à tous ceux qui se présentent comme tels !
Comme Matthieu, Luc s'inspire de l'Évangile de Marc dont il “pique” 400 versets (et 200 à Matthieu), mais il a aussi des lignes spécifiques (500 versets sur 1150), notamment les récits sur l'enfance de Jésus et plusieurs paraboles.
Les détails que donne Luc sur la naissance de Jésus et sur les pensées de Marie, sa mère, semblent prouver que, dans ses recherches, il a rencontré Marie pour lui demander des précisions.
Luc était médecin et son évangile insiste beaucoup sur les miracles de guérison ; on note ainsi combien il était frappé par la puissance de Jésus sur la maladie, lui qui savait qu'il n'était pas simple de guérir les gens ! Et moins encore de les ressusciter !
Le plan d'un écrivain
L'Évangile de Luc diffère des autres : il ne place pas les événements aux mêmes dates et construit son texte comme une montée vers Jérusalem. Les trois ans de vie publique de Jésus sont donc présentés comme un itinéraire qui va de Bethléem à la ville de David. Le point culminant étant le Temple.
D'ailleurs, Luc propose un récit de présentation de Jésus au Temple, alors qu'il n'est qu'un bébé et le finit par une visite de Jésus ressuscité, rencontrant ses disciples à Jérusalem.
Avec une certaine logique, Luc commencera le livre des Actes des Apôtres à Jérusalem, mais montrera Jésus ordonnant à ses disciples de partir de là pour aller vers toutes les nations. Ce qu'ils feront.
Il y a donc un mouvement évident et recherché qui prend racine dans la bourgade où est né David (Bethléem) et va jusqu'à Jérusalem, cité de la paix ; puis de Jérusalem, le message doit se disperser et se diffuser dans toutes les directions.
L'Évangile de Luc propose, dans ses premiers chapitres, des textes enthousiastes. Plusieurs de ces textes sont devenus des hymnes chrétiens remarquables que bon nombre de compositeurs ont souhaité mettre en musique.
Les paroles de l'ange à Marie sont devenues l'Ave Maria ; la réponse de Marie le Magnificat ; le cantique de Zacharie (père de Jean-Baptiste), le Benedictus ; le chant des anges à la naissance de Jésus, le Gloria in Excelsis ; le cantique du vieux Siméon, lors de la présentation de Jésus au Temple, le Nunc Dimitis.
La montée en puissance
Au début de son évangile, Luc propose le récit d'un épisode dans la synagogue de Nazareth, ville où vit Jésus. Selon la coutume, un texte de la Torah est lu, et ce jour-là, c'est Jésus qui est le lecteur. Il choisit un texte du prophète Ésaïe : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, il m'a consacré pour apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé pour proclamer la délivrance aux prisonniers et le don de la vue aux aveugles, pour libérer les opprimés, pour annoncer l'année où le Seigneur manifestera sa faveur. Puis Jésus roula le livre, le rendit au serviteur et s'assit. Toutes les personnes présentes dans la synagogue fixaient les yeux sur lui. Alors il se mit à leur dire : Ce passage de l Écriture est réalisé, aujourd'hui, pour vous qui m'écoutez. »
Pour Luc, il y a là toute la mission de Jésus annoncée. Et dans le reste de l'Évangile, Luc ne cessera de montrer l'amour de Jésus pour les plus petits, pour les pauvres et les exclus. II portera une attention particulière à la condition des femmes, souvent exploitées dans une culture sémitique. C'est d'ailleurs dans l'Évangile de Luc que l'on parle le plus de femmes. Elles jouent un rôle important dans le message de Jésus.
Luc montre encore un aspect particulier du ministère et de l'enseignement de Jésus : la place de la prière dans la vie du Chrétien. Certes, les autres évangiles parlent également de la prière, mais Luc pointe particulièrement du doigt cette dimension spirituelle. C'est ainsi qu'il cite des prières de Jésus qu'on ne trouve nulle part ailleurs : la prière du Christ lors de son baptême ; dans le désert au moment des tentations ; avant de choisir ses disciples ; sur la montagne de la Transfiguration ; avant d'enseigner le Notre Père ; la prière pour Pierre ; avant l'arrestation, dans le jardin de Gethsémané et, enfin, sur la croix.
Voici un extrait de l'Évangile de Luc dans lequel on retrouve à la fois Jésus priant puis enseignant la prière (ébauche du Notre Père), suivi d'une parabole unique (l'homme dérangé de nuit) et une comparaison exemplaire ; le tout pour développer le sens et l'objectif de la prière :
… Un jour, Jésus priait en un certain lieu. Quand il eut fini, un de ses disciples lui demanda : Seigneur, enseigne-nous à prier, comme Jean l'a appris à ses disciples. Jésus leur déclara : Quand vous priez, dites : Père, que tous reconnaissent que tu es le Dieu saint ; que ton Règne vienne. Donne-nous chaque jour le pain nécessaire. Pardonne-nous nos péchés, car nous pardonnons nous-mêmes à tous ceux qui nous ont fait du tort. Et ne nous expose pas à la tentation.
Jésus leur dit encore : Supposons ceci : l'un d'entre vous a un ami qu'il s'en va trouver chez lui à minuit pour lui dire : Mon ami, prête-moi trois pains. Un de mes amis qui est en voyage vient d'arriver chez moi et je n'ai rien à lui offrir. Et supposons que l'autre lui réponde de l'intérieur de la maison : Laisse-moi tranquille ! La porte est déjà fermée à clé, mes enfants et moi sommes au lit ; je ne peux pas me lever pour te donner des pains. Eh bien, je vous l'affirme, même s'il ne se lève pas par amitié pour les lui donner, il se lèvera pourtant et lui donnera tout ce dont il a besoin parce que son ami insiste sans se gêner.
Et moi, je vous dis : demandez et vous recevrez ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira la porte. Car quiconque demande reçoit, qui cherche trouve et l'on ouvrira la porte à qui frappe. Si l'un d'entre vous est père, donnera-t-il un serpent à son fils alors que celui-ci lui demande un poisson ? Ou bien lui donnera-t-il un scorpion s'il demande un œuf ? Tout mauvais que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants. A combien plus forte raison, donc, le Père qui est au ciel donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent !
Luc 11. 1-13