Les Évangiles et leurs actes
Une révolution insoupçonnée
Quatre cents ans entre les derniers écrits de la Bible hébraïque et les premiers textes du Nouveau Testament ! Quatre cents ans de bouleversements politiques importants dans tout le Proche-Orient, mais aussi en Europe, notamment depuis Alexandre le Grand puis les invasions romaines ! Cependant, ces bouleversements ne sont rien au regard de la véritable révolution religieuse qui va exploser et se répandre à partir du message de Jésus, le petit charpentier juif de Nazareth. Chamboulement au cœur même de la religion juive, mais aussi métamorphose complète du sentiment et de l'appartenance religieuse dans tout le bassin méditerranéen.
Pour les Chrétiens, il y a une parfaite continuation logique et théologique de l'Ancien au Nouveau Testament. La naissance de Jésus est l'accomplissement des prophéties, ses paroles sont l'expression parfaite du message du Dieu de l'Ancien Testament. Quant à la mort et à la résurrection de Jésus, elles sont les bases essentielles de la foi chrétienne. L'apôtre Paul ira même jusqu'à dire que si Jésus n'est pas ressuscité, la foi chrétienne n'a plus aucun sens ni fondement.
L'incroyable doute : thème d'un film américain en 2000, dont le titre français est : Le Tombeau, avec Antonio Banderas. Lors d'une fouille archéologique à Jérusalem, le professeur Sharon Golban découvre un squelette dans un tombeau très ancien. Les marques trouvées sur le squelette et les objets l'entourant tendent à prouver que l'homme est mort par crucifixion, il y a près de 2000 ans... Le professeur (et jésuite) Matt Guttierrez, envoyé par le Vatican, va enquêter sur cette découverte qui pourrait bouleverser l'humanité, mais surtout annoncer la mort de l'Église chrétienne. Car s'il s'agit du corps de Jésus, et s'il s'avère donc que le Christ n'est pas ressuscité...
Ce thème, déjà développé dans la littérature moderne, et ce film montrent bien l'aspect dérangeant et inquiétant d'une telle hypothèse déjà évoquée par Saint Paul.
Les bases vacillent
Israël a eu l'habitude, jusqu'à l'époque de Jésus, de voir surgir des hommes de Dieu de différents lieux, nés de conditions diverses : ainsi les prophètes de l'Ancien Testament peuvent être issus de la noblesse ou de l'intelligentsia, mais aussi de milieux très populaires. Ils peuvent venir de capitales (Jérusalem, Samarie) comme de bleds paumés. C'est dire que Jésus, fils de charpentier, né dans une bourgade éloignée de Jérusalem, aurait très bien pu être perçu par les Juifs de son époque comme un prophète “normal”. Les musulmans le reçoivent bien ainsi ! Mais non, les Juifs ont refusé rapidement le rôle et la mission de Jésus parce que ce dernier se présentait (indirectement) comme autre. Il parlait de Dieu en lui donnant le titre de Père. Pour les Israélites, même pour ceux qui attendaient le Messie, il était inimaginable que Dieu puisse avoir un fils (ce qui ne dérange pas les Grecs qui ont de véritables histoires de famille avec leurs dieux). Ils ne pouvaient pas plus envisager que Dieu puisse s'incarner en homme, ce que les évangélistes avancent.
C'est pourquoi Jésus est apparu très suspect aux yeux des autorités religieuses juives, garantes de la vérité.
Dès lors que quelques Juifs reconnaissent en Jésus le Messie de Dieu, il y a une rupture avec l'autorité qui le rejette. Mais lorsqu'en plus le message de Jésus élargit à l'extrême (c'est-à-dire à l'humanité) ce qui était la spécificité du peuple élu, il y a renversement de l'édifice dressé depuis les premières lignes de la Torah.
Pour comprendre ce bouleversement et ce changement radical, nous nous arrêterons sur deux personnages incontournables du Nouveau Testament Pierre (devenu Saint Pierre) et Paul (devenu Saint Paul). Mais avant cela, il faudra présenter aussi complètement que possible l'homme/Dieu : Jésus, colonne vertébrale du Nouveau Testament.
La deuxième bibliothèque
Le Nouveau Testament est constitué de vingt-sept livres. Il n'y a pas de contestation sur cette liste alors que pour l'Ancien, des divergences demeurent.
La classification de ces livres est assez aisée
ü Les quatre Évangiles : selon Matthieu, Marc, Luc et Jean ;
ü Le Livre des Actes des Apôtres ;
ü Les lettres (ou épîtres) de Paul, de Pierre, de Jacques, de Jean, de Jude ;
ü L'Apocalypse.
Le temps de rédaction du Nouveau Testament est nettement plus court que celui de l'Ancien. Même s'il y a parfois des désaccords sur les datations, il est vraisemblable que tous les écrits conservés dans le Nouveau Testament étaient rédigés avant les années 120 de notre ère. Pour quelques spécialistes, il est même possible que tous les textes aient été rédigés avant la destruction de Jérusalem, et notamment l'incendie du Temple, puisque aucun auteur néotestamentaire n'y fait allusion. Cependant, nous resterons ici prudents quant aux dates, l'essentiel étant de présenter le contenu de la
Dans la première partie de ce livre, et au chapitre 1, quelques éléments ont déjà été donnés à propos de la composition du Nouveau Testament. Nous entrons ici dans plus de détails.
Des missives pour un message
Les Évangiles, qui ouvrent le Nouveau Testament, ne sont pas pour autant les textes les plus anciens. Il semble évident que certaines lettres de l'apôtre Paul sont antérieures aux textes des évangélistes. Ces lettres sont destinées à des chrétiens, les premiers, hors de Palestine. Ce qui revient à dire que les propos de Jésus, sans doute répétés et colportés, avaient entraîné l'adhésion d'un nombre assez important de personnes pour que des groupes se forment autour de son message. On n'appelle pas encore ces gens des chrétiens, et le terme “église”, qui veut dire “rassemblement”, n'est pas encore usuel. Pour l'heure, l'apôtre Paul parle des “frères et sœurs en Christ”. Il donne des conseils, parle de sa propre foi et de ce qu'il sait de Jésus. Il construit une logique autour du message du Christ : c'est le début de la doctrine. Mais il n'y a toujours pas de biographie construite qui rassemble les propos et les gestes de Jésus.
Les Évangiles
Le terme “évangile” est une traduction de l'expression grecque qui veut dire « annoncer une bonne nouvelle ». Dans les prophéties d'Ésaïe (Ancien Testament) qui annoncent la venue d'un Messie, il est déjà fait état de la Bonne Nouvelle. Plus tard, l'ange Gabriel annonce à Zacharie la naissance à venir de Jean (le Baptiste) : il signale aussi la venue du Messie et précise que c'est là “La Bonne Nouvelle”, l'Évangile.
Les récits de la vie de Jésus sont devenus, tout naturellement, annonces de la Bonne Nouvelle, et leurs auteurs ont été appelés évangélistes. Paul, parlant de sa prédication et de son contenu, la présente comme étant “son” évangile, précisant qu'il est de Dieu.
Dans le Nouveau Testament, les Évangiles ne sont pas classés dans l'ordre chronologique probable de rédaction. Il semble assuré que Marc soit le premier à avoir rédigé la biographie de Jésus. Jean est certainement le dernier à avoir écrit la sienne.
Les Évangiles de Matthieu, de Marc et de Luc sont parfois appelés Évangiles synoptiques parce qu'ils peuvent être étudiés ensemble, ayant des parties communes (synopse vient du grec synopsis : voir ensemble).
L'Évangile de Jean est très différent des trois autres par sa profondeur et sa dimension théologique, voire philosophique.
On a remarqué que l'Évangile de Matthieu, qui compte 1070 versets, en a 600 communs avec l'Évangile de Marc et 320 avec l'Évangile de Luc. Luc (1150 versets) et Marc en ont 350 communs. Chaque évangile a pourtant ses textes inédits !
Très tôt, les théologiens ont essayé de recomposer une vie de Jésus en un seul volume à partir des trois Évangiles cités. Saint Augustin parlait alors de “consensus” ; les Réformateurs ont tenté une « Harmonie des Évangiles » et le XXe siècle a vu l'édition de plusieurs “synopses”.
Quatre regards sur Jésus
Chaque évangéliste a rédigé son texte en ayant au moins une intention précise et spécifique. C'est ce qui explique l'angle d'attaque pris par chacun en voulant présenter le même personnage. Ces quatre biographes ont entendu, mais aussi perçu et interprété l'histoire de Jésus à leur manière. La personnalité de chacun transpire autant que le but recherché, même s'il tente de relater, aussi précisément que possible, le fruit de ses souvenirs ou de son travail. C'est donc quatre regards, quatre lumières, quatre facettes du Christ que proposent les Évangiles.
Deux des quatre évangélistes sont des disciples de Jésus : Matthieu et Jean sont en effet de la « bande des Douze ». Marc était sans doute un des proches du groupe sans être désigné comme disciple pour autant.
Selon l'évangile que l'on lit, la liste des douze apôtres (même nombre que les tribus d'Israël) varie quelque peu. En effet, les Douze ne portent pas toujours le même nom. Parfois tel ou tel est appelé par son surnom ou par un autre patronyme. Voici, en confrontant les quatre évangiles, la liste des Douze :
ü Pierre, qui s'appelait initialement Simon
ü André, frère de Pierre v Jacques, fils de Zébédée
ü Jean, frère de Jacques (Jacques et Jean sont surnommés, par Jésus, « les fils du tonnerre »)
ü Philippe
ü Barthélemy
ü Matthieu, appelé aussi Lévi
ü Thomas, appelé aussi Didyme (le jumeau)
ü Jacques, fils d'Alphée, surnommé le Mineur
ü Simon le zélote
ü Judas
ü Jude, surnommé aussi Thaddée
ü Après le suicide de Judas, Pierre décide de le remplacer et c'est Matthias qui sera tiré au sort. Ce sera lui le remplaçant du 12 !
ü Les disciples sont aussi appelés apôtres, ce qui signifie, dans le langage du Nouveau Testament, envoyés.