Épître de Jacques

Cette lettre, unique, de Jacques, frère de Jésus, est d'une richesse insoupçonnée. Elle est aussi très dérangeante pour qui tient au pouvoir (y compris dans l'Église) et pour qui est riche, imposant sa puissance (y compris dans l'Église). Car c'est bien de la vie communautaire que parle surtout Jacques. À force de dire, dans les premières communautés chrétiennes, que le salut offert par Dieu par l'action de Jésus-Christ est un don totalement gratuit et que, a contrario, les œuvres, les rites, les sacrifices ne servent à rien (on ne gagne pas son salut !), la tendance était au laxisme dans l'Église naissante. Or, Jacques insiste pour dire qu'on doit faire des bonnes oeuvres non pas pour être sauvé, mais parce qu'on l'est. L'exercice et la pratique de l'amour du prochain deviennent un signe de reconnaissance pour ce qui a été acquis par la foi en Jésus-Christ.

Il est important de noter les parallèles qu'il y a entre le Sermon sur la Montagne et cette lettre. Cette épître est une espèce de commentaire du fameux discours de Jésus, tout en ne le citant pas.

Jacques dénonce une fausse sagesse et une fausse spiritualité qui semblent infiltrer l'Église. Il aime utiliser des images pour expliquer les choses et fait également souvent référence aux personnages importants de l'Ancien Testament. Il insiste sur la relation fraternelle et sur la solidarité dans les communautés. La foi, dit-il, doit se manifester par des actions de type humanitaire, ou alors elle n'est qu'une illusion : « Mes frères, à quoi cela sert-il à quelqu'un de dire : “J'ai la foi”  s'il ne le prouve pas par ses actes ? Cette foi peut-elle le sauve ? Supposez qu'un frère ou une sœur n'aient pas de quoi se vêtir ni de quoi manger chaque jour. À quoi cela sert-il que vous leur disiez : “Au revoir, portez-vous bien ; habillez-vous chaudement et mangez à votre faim ! ” si vous ne leur donnez pas ce qui est nécessaire pour vivre ? Il en est ainsi de la foi : si elle ne se manifeste pas par des actes, elle n'est qu'une chose morte. »

Lorsque Jacques parle du mal que font la langue et le double langage, cela devient une perle du Nouveau Testament.

 … Mes frères, ne soyez pas nombreux à vouloir être des enseignants, car vous savez que nous qui enseignons, nous serons jugés plus sévèrement que les autres. Nous commettons tous des erreurs, de bien des manières. Si quelqu'un ne commet jamais d'erreur dans ce qu'il dit, c'est un homme parfait, capable de maîtriser tout son être. Nous mettons un mors dans la bouche des chevaux pour qu'ils nous obéissent, et nous pouvons ainsi diriger leur corps tout entier. Ou bien, pensez aux navires : même s'ils sont très grands et que des vents violents les poussent, on les dirige avec un très petit gouvernail, et ils vont là où le pilote le veut. De même, la langue est une très petite partie du corps, mais elle peut se vanter d'être la cause d'effets considérables. Pensez au petit feu qui suffit à mettre en flammes une grande forêt ! Eh bien, la langue est pareille à un feu. C'est un monde de mal installé dans notre corps, elle infecte notre être entier. Elle enflamme tout le cours de notre existence d'un feu provenant de l'enfer même. L'être humain est capable de dompter toute espèce de bêtes sauvages, d'oiseaux, de reptiles et de poissons et, en fait, il les a domptés. Mais personne n'a jamais pu dompter la langue : elle est mauvaise et sans cesse en mouvement, elle est pleine d'un poison mortel. Nous l'utilisons pour louer le Seigneur, notre Père, mais aussi pour maudire les êtres humains que Dieu a créés à sa ressemblance. Des paroles de louange ou de malédiction sortent de la même bouche. Mes frères, il ne faut pas qu'il en soit ainsi. Aucune source ne donne par la même ouverture de l'eau douce et de l'eau amère. Aucun figuier, mes frères, ne peut produire des olives, aucune vigne ne peut produire des figues ; une source d'eau salée ne peut pas donner de l'eau douce.

Jacques 3. 1-12