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Poésies
et Poètes du Moyen Age Guillaume de Poitiers
1071 - 112]
«uns dels majors cortés del monde e dels majors trichardos de domnas.»
(«un des hommes les plus
courtois du monde, et des plus habiles à tromper les
femmes».)
Guillaume de
Poitiers (Guillaume IX, duc d'Aquitaine), Vida de
Guillaume.
Guillaume IX, Comte de
Poitiers (ou Guilhem de Poitiers), neuvième duc
d'Aquitaine, sixième comte de Poitiers (1086) et comte de Gascogne,
troubadours occitan, est le premier premier
poète courtois dont l'œuvre nous soit
parvenue.
Guillaume IX possède une telle richesse
qu'il excède en puissance le roi de France lui-même,
tout en lui étant inféodé. Cette puissance lui permet de
s'affranchir de l'Église de Rome et de refuser
de s'engager dans la première croisade.
Époux de
la fille du comte de Toulouse, il affirme ses prétentions
sur le comté du même nom. Héros d’épopée, il
profite de la première croisade pour envahir les
terres du comte de Toulouse, mais l'Église
l'empêche de parvenir à ses fins.
Par la suite, Guillaume mènera
sa propre expédition en Terre sainte, mais c'est un échec et il doit battre en
retraite. Rentré en Aquitaine, il continue de guerroyer
tant pour soumettre ses vassaux que pour étendre ses
possessions et, à la fin de sa vie, se retire pour se
consacrer à la religion.
L'oeuvre poétique de Guillaume IX marque le début de l'âge d'or de la littérature de langue vulgaire, ou romane, en l'occurrence l'occitan. Il est en effet le premier troubadour occitan connu dont les poèmes composés en langue vulgaire nous soient parvenus. Il invente des mots-clés et les règles du trobar, fixe les canons du lyrisme courtois, tel qu'il se perpétua parmi les générations suivantes de troubadours, et parmi les trouvères du nord de la France, – et n'hésite pas à vanter son métier: «Qu'eu port d'aicel mestier la flor».
Les quelque onze pièces qui nous sont parvenues de Guillaume présentent des structures et une versification très riches et variées. Deux structures principales s'y retrouvent cependant, qui perdurèrent dans la poésie courtoise ultérieure : d'une part les strophes à rimes alternées, et d'autre part une forme de chansons composées de strophes en deux parties, la première (frons) en rimes de même longueur, et la seconde (cauda) plus libre.
Les
thèmes des pièces sont également de deux ordres : les
«invectives», chansons gauloises, alliaient la
vantardise masculine à une sensualité brutale. Sa vie
privée a fait scandale: amateur de femmes, il est excommunié pour avoir répudié son épouse
légitime.
On comprend alors que certains poèmes de Guillaume soient fortement teintés de libertinage, voire d’une franche sensualité.
En revanche, les chansons qu'il composa sur
le
service d'amour sont extrêmement raffinées; développant le
thème d'un amour à la fois sensuel et spirituel, il y procède
à la sublimation d'une figure féminine idéale et voue à la
dame cette passion idolâtre, fixant ainsi les règles de la tradition courtoise de son temps qui caractérise
l’amour dit courtois.
On a parlé de conversion, de
contradiction. Mais c’est la complexité de l’amour humain qui
alors s’exprime à la faveur d’une liberté nouvelle. La
hardiesse un peu incohérente de ces manifestes poétiques et
érotiques s’explique par l’absence de codification.
Les vieilles conventions féodales sont déjà rejetées; les
nouvelles conventions courtoises ne se sont pas encore
imposées.
Le legs, pourtant mince, de Guillaume IX
permet d’en discerner déjà les premières étapes, qui menèrent
de chansons assez frustes, inspirées par l’existence
de chevaliers hommes de guerre, à un art très
subtil, clos sur lui-même, un peu à la manière dont alors les
cours de l’aristocratie féodale tendaient, partout en Occident, à se constituer autour du
Maître.
Al la dolçor del temps novèl
Fòlhon li
bòsc, e li aucèl
Chanton chascús en lor latí
Segon lo
vèrs del nòvel chan.
Adonc està ben qu’om s’aisí
D’aissò don òm a plus talan.
De lai don plus m’es bon
e bèl
Non vei messagèr ni sagèl,
Per que mos còrs non
dòrm ni ri,
Ni no m’aus traire adenan,
Tro que sacha
bel de la fi
S’el’es aissí com eu deman.
La nóstr’amor
vai enaissí
Com la branca de l’albespí
Qu’esta sobre
l’arbre en treman,
La nuòit, a la plòja ez al gèl,
Tro
l’endeman, que’l sols s’espan
Per las fuèlhas vertz e’l
ramèl.
Enquèr me membra d’un matí
Que nos fezem de
guerra fi,
E que’m donèt un don tan gran,
Sa drudari’e
son anèl:
Enquèr me lais Dièus viuvre tan
Qu’aja mas
mans sotz son mantèl!
Qu’eu non ai sonh d’estranh latí
Que’m parta de mon Bon Vezí,
Qu’eu sai de paraulas com
van
Ab un brèu sermon que s’espèl,
Que tal se van
d’amor gaban,
Nos n’avem la pèssa e’l
coutèl.