Au temps des Valois : 1328-1515

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Philippe VI de Valois (1293-1350) Jean II le Bon (1319-1364) Charles V le Sage (1338-1380) Charles VI le Bien Aimé ou le Fol (1368-1422) Charles VII le Victorieux (1403-1461)
Louis XI (1423-1483) Anne de Beaujeu (1460-1522) Charles VIII l'Affable (1470-1498) Louis XII le Père du Peuple (1462-1515) mardi 08 octobre 2002

les buts de guerre

guerre et  négociations

la lutte est inexpiable

ATTENTION Si vous devez utilisez ce texte, veuillez mentionner l'auteur et l'origine : Préface de Pierre MIQUEL tirée de l'encyclopédie de L'HISTOIRE de FRANCE de 1328 à 1547 : la guerre de Cent Ans, Renaissance et Réforme,  - Librairie LAROUSSE 1987 (édition hors commerce)

 La guerre de Cent Ans a fourni ses plus beaux thèmes à l'imagerie nationale. Elle est d'abord affaire de princes. Pour des raisons féodales et successorales, le roi d'Angleterre Édouard III veut envahir la France. 

Le roi Philippe VI de Valois réunit le ban et l'arrière-ban pour l'en empêcher. la noblesse française meurt sans gloire, mais avec courage, à Crécy, puis à poitiers. Elle fait la découverte des archers anglais.

Encore quelques désastres, et elle se résout à changer de tactique. Il lui faut cent ans pour l'emporter contre un royaume quatre fois moins peuplé : l'Angleterre d'Édouard III n'a pas 4 millions d'habitants, la France en a sans doute déjà 12 millions...

Philippe de Valois reconnu roi par les barons du royaume. Miniature du XIVe siècle.

Il est vrai que les buts de guerre n'ont pas seulement l'innocence de l'imagerie féodale. Si le roi d'Angleterre est installé en Guyenne, c'est qu'il y trouve les vins de Bordeaux, qui voyagent bien en mer et se revendent très cher. Si le roi de France veut à tout pris dominer les Flandres, c'est que les industries textiles du Nord, qui disposent de la laine anglaise et de l'argent italien, rapportent gros. La France de l'Ouest est la plus riche ; elle a des mines, du sel, des villes prospères, de gras pâturages et de beaux troupeaux. Cela vaut bien une longue guerre.

Les Anglais, pour l'emporter, ont un atout maître : ils viennent de détruire, en 1340, dans le port de l'Écluse, une flotte franco-castillanne qui s'apprêtait à envahir l'Angleterre. Édouard est le maître absolu du Channel, et se fait appeler "roi de la mer". Il conquiert Calais et Boulogne. Il tient la porte de la France.

La bataille de Crécy (1346). Miniature du XVe siècle.  British MuseumTout est noir dans le royaume, la peste, et le prince aux chevauchées meurtrières. La peste noire, qui fait un mort sur deux Français, laisse un souvenir d'horreur. le Prince Noir, dans le Sud-ouest, accumule les ruines et les pillages. Le fils du roi d'Angleterre se taille un fief par la terreur dans le sud de la France. On s'en souvient encore aujourd'hui au fond de nos campagnes.

1346, Crécy. 1356, Poitiers. Nouveau désastre. Le roi de France ("Père, gardez-vous à gauche") est prisonnier des Anglais. Le pauvre Jean le Bon a été capturé par son vainqueur, le Prince Noir. Pour solder sa rançon, il faut faire payer les Français. Ils se révoltent à Paris (Etienne Marcel) est dans les campagnes : ce sont les Jacques, maîtres un moment du Beauvaisis, écrasés par un ami des Anglais, Charles le Mauvais, l'ambitieux roi de Navarre, qui dispose d'une troupe aguerrie de mercenaires d'Armagnac. Assiégé par les troupes royales, Etienne Marcel ouvre les portes de Paris aux Anglais, qui ne sont pas loin... La trahison indigne le peuple et le prévôt des marchands est assassiné en 1358.

Encore deux ans de guerre et de négociations... Les Anglais imposent la désastreuse paix de Brétigny (sanctionnée par le traité de Calais en 1360) qui donne au roi d'Angleterre la moitié de la France. Le roi Jean est incapable de s'acquitter de sa rançon. Libéré sur parole, il retourne à Londres et meurt en Prison.

Nouveau roi, nouvelle illustration : celle de du Guesclin qui, pour le compte de Charles V, dit "le Sage", réussit une série de coup de main contre l'occupant anglais. Il poursuit en Normandie, de château en château, le roi de Navarre Charles le Mauvais, battu définitivement à Cocherel en 1364. La Normandie revient au roi. Pour lui du Guesclin tient campagne contre les Grandes Compagnies, routiers brigands qui infestent le royaume. Il les accompagne en Espagne, pour en débarrasser le roi.

Il se retourne ensuite contre les Anglais, à qui il fait une guerre d'embuscades. Il est assez heureux pour les battre enPrise de Caen par Edouard III d'Angleterre (1346). Miniature du XVe siècle.B.N. 1370 à Pontvallain. Ce redoutable preneur de citadelles s'attaque à toutes les places anglaises. Peu à peu, les Anglais sont chassés de toutes les provinces que la paix de Brétigny leur avait abandonnées. Valeureux du Guesclin ! il meurt en 1380, mais les Anglais n'ont plus en France que cinq villes, Bordeaux, Calais, Cherbourg, Brest et Bayonne.

En 1380, les personnages du drame changent. Charles V meurt la même année que le connétable. Le Prince Noir disparaît aussi, avant son père Édouard III. Hélas, le roi de France, Charles VI, est fou depuis 1392. Ses oncles et son frère brûlent de se combattre. L'ambitieux duc d'Orléans est en rivalité avec l'ami des Anglais, le duc de Bourgogne Philippe le Hardi. Les Armagnacs du parti d'Orléans entrent en conflit armé avec les Bourguignons. La France, déjà déchirée par la guerre anglaise, est entraînée dans la guerre civile quand le duc d'Orléans, en 1407, est assassiné en plein Paris par les soins du jeune duc de Bourgogne Jean sans Peur. Le comte d'Armagnac rallie le Midi à son écharpe blanche : il a le soutien des ducs de Berry et de Bourbon.

Mais le duc de Bourgogne a l'appui des Anglais. En 1415, le roi d'Angleterre Henri V débarque en Normandie. De Honfleur il gagne la Picardie et, de nouveau, la chevalerie française essuie une défaite : c'est Azincourt.

Les seigneurs ont chargé comme aux croisades et ils ont été décimés par les archers anglais, cachés derrière des palissades. Ils n'ont pas retenu les leçons de Du Guesclin. Leur imprévoyance ouvre de nouveau aux chevaucheurs anglais les portes du royaume.

Henri V se croit sûr de Jean sans Peur. En fait, le duc de Bourgogne hésite, tergiverse, négocie. Il est assassiné, au pont de Montereau, par les Armagnacs en 1419. Le roi d'Angleterre peut-être tranquille. Il n'aura pas désormais d'allié plus fidèle que le duc de Bourgogne. Le nouveau duc, Philippe le Bon, sera son plus chaud partisan.

il en a besoin, car son ambition est sans limite. Maître de la Normandie, en 1417, il obtient que le roi fou et la reine Isabeau dépossèdent du trône de France le dauphin Charles et lui donnent la main de leur fille Catherine. Il peut ainsi se faire reconnaître, par le traité de Troyes, en 1420, comme l'héritier de la Couronne de France.

Désormais la lutte est inexpiable, désespérée. Le dauphin Charles, héritier du royaume, n'est maître que de la région de Bourges. Heureusement Henri V meurt en 1422, deux mois après Charles VI. l'héritier d'Henri est un bébé d'un an. Son oncle, Bedford, est nommé régent. C'est lui qui administre la France anglaise. Contre lui, les seigneurs du Centre et du Midi est certains capitaines d'écorcheurs vont se rallier au Dauphin Charles. il était temps : les seigneurs du Midi lui avaient donné tout juste les moyens de lever une armée. Il risquait d'être écrasé par la nouvelle offensive que le duc de Bedford lançait contre lui. déjà, le duc assiégeait Orléans.

Jeanne d'Arc, venue de Domrémy, en Lorraine, apportait à l'armée du Dauphin la foi qui devait lui donner sa cohésion et son impact. En ce siècle de foi ardente, la "petite Jeanne" avait eu grand mal à s'imposer, à paraître à la cour de Bourges, à se faire reconnaître comme l'envoyée du Seigneur. Mais elle avait fait merveille à Orléans. Elle incarnait la volonté populaire d'en finir avec la division du royaume, l'occupation, la guerre civile. Dieu l'avait envoyée au secours de la France. Déjà, en Normandie, les Anglais de Bedford avaient dû faire face à des révoltes populaires. La jeune Lorraine allait galvaniser, de village en village, la volonté de résistance et de redressement d'un pays qui ne demandait qu'à revivre.

Il lui manquait un roi. Par la grâce de Jeanne, Charles VII fut sacré à Reims. Désormais les Français du Nord ne pouvaient ignorer le "gentil Dauphin". La foi de Jeanne s'était communiquée à la nation. N'avait-elle pas reçu de Dieu la mission de "bouter l'Anglais hors de France" ? A l'évidence, Dieu avait envoyé une sainte pour montrer la voie du salut. Les Anglais comprirent immédiatement l'importance de Jeanne d'Arc. Dès qu'elle fut capturée par les Bourguignons, ils obtinrent qu'elle fût livrée et la firent juger par des ecclésiastiques et savants docteurs français. accusée de sorcellerie, elle fut brûlée vive à Rouen, en 1431. Son martyre allait faciliter la réconciliation des Français : le duc de Bourgogne passait l'éponge sur le crime de Montereau et traitait avec le roi de France. Le roi de Bourges entrait enfin dans Paris.

Les combats reprendraient contre les anglais. Mais Charles VII disposait d'un royaume uni, reconstitué. Il pouvait battre monnaie et lever des troupes. En 1449, il entrait dans Rouen. Un an plus tard, il écrasait l'armée anglaise à Formigny. Il allait reprendre une à une toutes les villes occupées, avant d'être définitivement vainqueur à Castillon, en 1453.

Restaient les Bourguignons. L'État du grand duc était presque souverain, même s'il reconnaissait la suzeraineté du roi de France. Il était maître de la riche Flandre et de nombreux territoires du Nord. Louis XI, l'héritier de Charles VII, devait lutter toute sa vie contre le duc héritier, Charles, dit "le Téméraire". C'est seulement par la défaite de Charles que le roi de France pourrait conclure heureusement la guerre de Cent Ans, en rassemblant véritablement sous la bannière royale l'ensemble des terres françaises.

PIERRE MIQUEL