|
_____FICHE 40 |
Réaction des Juifs de la diaspora et de PalestineIl serait tout aussi faux de parler des Juifs du reste du monde comme d'une entité organisée et unie que d'évoquer "la" communauté juive allemande, ou polonaise comme un tout. Et de même qu'il faut se garder de qualifier de façon manichéenne l'attitude des Allemands, ou des Français, on ne saurait conclure de façon générale sur un comportement collectif de l'ensemble des Juifs. Bien au contraire, l'observation conduit à penser qu'entre les Juifs du monde les forces centrifuges sont apparemment plus puissantes que les forces centripètes : il y a fort peu de ressemblance entre la vie quotidienne d'artisans du Caire, d'hommes d'affaires de New York ou de paysans d'un kibboutz de Palestine. Selon les régions du monde, les situations sont très différentes, et elles-mêmes contrastées. Les habitants de Palestine ont en commun d'être sionistes, c'est-à-dire de vouloir établir un Etat : en cela ils sont minoritaires au sein de la diaspora. Mais parmi eux, certains - radicaux au plan religieux ou extrémistes aux plans politique et militaire - sont d'abord préoccupés par le contrôle d'un territoire et l'expulsion des Arabes qui y vivent, alors que d'autres placent en tête de leurs objectifs l'invention d'un mode de vie et de production collectif, dans un idéal de type socialiste prêt à cohabiter avec ses voisins musulmans. Dans les régions d'islam, les Juifs séfarades vivent paisiblement, dans un statut de citoyens de seconde zone, mais garanti, et confirmé par l'ancienneté de leur présence. Dans les villes, les rues des médinas peuplées de Juifs voisinent et croisent celles des musulmans, et la vie quotidienne, y compris les fêtes, est largement partagée. Une importante communauté juive se trouve aux Etats-Unis - au sens d'une importante population. Il s'agit en grande partie d'émigrés d'Europe du Nord-est, à la fin du 19e et dans les premières décennies du 20e siècle. Cette émigration fut en partie due aux pogroms, notamment russes. La population juive américaine est extrêmement disparate : des hommes d'affaires et entrepreneurs dynamiques sont devenus des Américains types, pour une part hostiles à l'entrée en guerre des Etats-Unis; des Juifs orthodoxes forment quant à eux de véritables communautés, closes sur leurs règles de vie, de travail et d'étude. Des immigrés de couche populaire parlent toujours le yiddish et ont formé de véritables petits shtetl où ils survivent de travaux divers et de petits métiers. Des intellectuels plus ou moins apostats participent à la vie culturelle américaine, et nombre d'entre eux ont formé des couples mixtes. Au niveau planétaire, même le Congrès juif mondial ne peut prétendre représenter l'ensemble de la diaspora - et donc encore moins les organisations d'une de ses diverses tendances ou composantes. Se produit en fait à grande échelle ce qui fut observé dans chaque ville européenne : devant une situation de crise, un émissaire ou un notable va dialoguer avec les autorités; mais au niveau mondial, les autorités que l'on peut joindre à Washington et Londres ne sont pas celles qui exercent la persécution européenne, ce qui fait que les multiples entrevues des membres du Congrès mondial avec les autorités alliées ou les pays neutres ne débouchent que sur des déclarations d'intention. Tout ce que sont capables de faire les organisations juives internationales, c'est voter des motions en congrès et exercer un lobbying parfaitement inutile. Si l'on veut en revenir à des appréciations générales, on peut résumer cette diversité en concluant que la diaspora est tout à la fois effrayée, compassée, scandalisée, non concernée, impuissante et résignée. |