Abbaye de Saint Savin sur Gartempe


Historique

Au Ve siècle, deux frères italiens, Savin et Cyprien, fuyant leur patrie pour échapper aux persécutions contre les chrétiens, sont finalement arrêtés et martyrisés près de la Gartempe. Leurs reliques sont retrouvées au IXe siècle et l'abbé de Marmoutier, Baldilus, fonde une abbaye pour les abriter.

Il obtient de Charlemagne la fortification du lieu. L'établissement suit la réforme lancée par Benoît d'Aniane sous la houlette de l'abbé Dodon. Protégé par ses remparts pendant les invasions normandes, la communauté abrite de nombreux moines en fuite. Ce rôle renforce le prestige de l'abbaye de Saint Savin sur Gartempe, qui préside ensuite à la réforme de nombreuses abbayes. La duchesse d'Aquitaine Aumode fait en 1010 un don suffisamment important pour permettre la construction de l'actuelle abbatiale qui est édifiée entre 1040 et 1090. La noblesse Poitevine permet ensuite par ses dons la construction des bâtiments monastiques.

Cette phase heureuse est interrompue par la Guerre de Cent Ans. Le déclin est prolongé par les guerres de religion, puis par la commende. Un abbé peu scrupuleux vend les pierres des bâtiments conventuels des XIIe et XIIIe siècles. Un autre abbé, au XVIIIe siècle chasse les moines ! Il est chassé de l'abbaye sur ordre de Louis XIII et la congrégation de Saint Maur vient entreprendre une réforme spirituelle et matérielle. Des restaurations sont pratiquées dans l'abbatiale et de nouveaux bâtiments sont construits. La révolution provoque la fermeture de l'abbaye qui ne compte plus que quatre moines.

L'église devient paroissiale. Mal entretenue, l'abbatiale et ses fresques sont sauvées de justesse par les interventions de Ludovic Vitet et Proper Mérimée. Classé en 1840, l'édifice fait l'objet de restaurations. Une nouvelle série de travaux est effectuée dans les années 1960 et l'édifice est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1984.


Visite extérieure

La façade est occupée par un clocher porche dont les premiers niveaux sont austères. Les deux derniers niveaux, plus étroits, sont bercés de baies et ornés de modillons. L'ensemble est couronné d'une flèche de pierre du XIVe siècle reconstruite au XIXe.

La nef ne présente aucun décor particulier. Les contreforts s'intercalent entre les baies des collatéraux. Un petit clocher domine la croisée.

Le chevet présente un bel étagement entre le transept, la partie hautes et les chapelles rayonnantes. Dans la partie haute, des pilastres séparent les fenêtres hautes.

Cinq chapelles rayonnantes ceinturent le chœur. Leur base est décorée d'arcatures aveugles.

Leurs baies sont encadrées de colonnettes aux chapiteaux parfois étranges.

Visite intérieure

L'église mesure 42 mètres de long. Elle est dotée d'un porche fermé sous le clocher à son extrémité occidentale.

La nef répond presque au modèle de l'église halle, puisque ses collatéraux sont pratiquement à la hauteur du vaisseau central. Celui-ci est voûté en berceau brisé retombant sur des arcades cintrées et de belles piles rondes.

On ne trouve que trois arcs doubleaux aux trois premières travées; ils retombent sur des piliers cruciformes. L'extrémité ouest de la nef permet d'apercevoir l'élévation du porche et notamment sa tribune.

L'éclairage est fourni par les baies des collatéraux qui sont voûtés d'arêtes. La nef se distingue par sa voûte ornée de fresques exceptionnelles.

L'autre élément de décor sont les chapiteaux sculptés, qui mêlent animaux et végétaux.

Les bras du transept sont voûtés en berceau perpendiculaire à la nef. Ils ouvrent tous deux sur une absidiole en cul-de-four.

On y trouve quelques beaux chapiteaux sculptés, comme cette harpie, au nord.

Le chœur est surélevé pour laisser place à une crypte. Voûté en berceau, son élévation est à deux niveaux. Dix colonnes supportent des arcades cintrées surmontées de baies ébrasées.

Les chapiteaux des colonnes sont ornés là encore de motifs végétaux et animaux de façon récurrente. On trouve notamment des lionnes.

Le chœur est ceint d'un déambulatoire voûté d'arêtes qui ouvrent sur cinq chapelles rayonnantes.

Un décor d'arcatures aveugles court entre les chapelles rayonnantes.

Elles sont décorées à leur base d'arcatures aveugles, parfois ornées de fresques. Trois grandes baies cintrées les éclairent.

Les fresques

L'église de Saint Savin se distingue surtout pour ses magnifiques fresques romanes, qui lui ont valu son surnom de "chapelle sixtine du Moyen Age français" par Henri Focillon. Ce sont également ses fresques qui expliquent son classement au patrimoine mondial de l'humanité. Toutes les techniques de peintures murales ont été ici utilisées.

Porche

Le porche est voûté en berceau cintré. C'est sur le berceau et au dessus de la porte qui donne sur la nef que se répartissent les fresques.

Un Christ en majesté inscrit dans une mandorle préside à l'entrée dans l'église. L'arc qui entoure la porte présente des groupes de trois apôtres et des anges qui s'inclinent vers le Christ.

Dans le reste de la voûte du porche, on observe des scènes de l'Apocalypse, notamment le passage de la femme et du dragon. Un ange intervient pour sauver l'enfant des griffes du monstre. Saint Jean, sur le côté, assiste à la scène.

Nef

Les fresques de la nef retracent des épisodes de l'Ancien Testament, excepté la Vierge à l'enfant du revers du porche.

Quatre registres se superposent sur la voûte, séparés par des frises, notamment une grande frise médiane.

On observe que globalement les personnages positifs sont tournés vers l'est et les personnages négatifs vers l'ouest.

Côté nord, les trois premières travées de la nef sont consacrées à la création. On distingue deux scènes principales : la création des astres et le péché originel, ci-contre.

Au-delà des arcs doubleaux, toujours au nord, dans le registre supérieur, on observe l'histoire d'Abel et Caïn. Dieu, tourné vers Abel, reçoit son offrande. Caïn, quant à lui, voit son offrande refusée (il est tourné vers l'ouest).

Le meurtre d'Abel est presque effacé. En revanche, la malédiction de Caïn par un Dieu vêtu de vert , est bien visible.

L'histoire de Noé qui vient ensuite montre d'abord Dieu donnant ses instructions, puis l'arche, tel un drakkar qui porte tous ses animaux. L'architecture du bateau correspond à la description biblique. Chaque arcade comprend un couple d'animaux ou un couple d'êtres humains (la famille de Noé).

L'histoire de Noé se poursuit sur le registre supérieur sud avec l'épisode l'ivresse dans les travées orientales. La lecture continue vers l'ouest. Noé, ivre après les vendanges, est allongé sur les marches d'un palais. A demi dénudé, (on voit son sexe), deux de ses fils le couvrent d'un drap, tandis qu'un troisième se moque de lui.

On trouve ensuite l'histoire de la tour de Babel, avec, d'un côté, les hommes en pleine construction , et de l'autre, Dieu qui intervient pour semer la pagaille dans cette orgueilleuse entreprise.

La lecture se poursuit avec l'histoire d'Abraham. On assiste d'abord à la rencontre du patriarche et de Dieu. Intervient ensuite la séparation entre Abraham et son neveu Lot, qui est par la suite fait prisonnier à Sodome et Gomorrhe.

Les scènes suivantes, notamment le sacrifice d'Isaac sont malheureusement illisibles. On entrevoit l'ensevelissement d'Abraham.

Le registre inférieur sud conte l'histoire de Joseph, elle aussi difficilement lisible. La lecture se poursuit au registre inférieur nord, avec l'histoire Moïse dans le sens ouest-est (vers le chœur). On voit notamment la célèbre scène de la fuite d'Egypte avec le char de Pharaon pris dans les eaux de la Mer Rouge...

...et la remise à Moïse des tables de la loi. On voit qu'une lecture respectant l'ordre chronologique des événements est donc loin d'être linéaire.


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