Accueil  Carolingiens  Capétiens directs  Capétiens (Robertiens)   Chronologie   Généalogies  Les Valois  Liens  Lexique des personnages  Magazines sur le Moyen Age  Mérovingiens   Sommaire du site  Sources   Statistiques du site  Georges Duby          

Page AccueilLe Procès des Templiers

Drapeau des Templiers

Si vous devez utiliser ce texte, veuillez mentionner sa source : LA MÉMOIRE DE L'HUMANITÉ - Les GRANDS PROCÈS, sous la direction de Nadeije LANEYRIE-DAGEN (maître de conférences à l'École normale supérieure). Éditions : Larousse 1995

Un ordre monastique entier arrêté et jugé

Un procès rondement mené

Sursauts et réticences

Un roi contre les Templiers

Le triomphe de Philippe le Bel

Un peu d'Histoire pour mieux comprendre

Jacques de Molay reçu dans l'ordre du Temple

"Naguère, sur le rapport de personnes dignes de foi qui nous fut fait, il nous est revenu que les frères de l'ordre de la milice du Temple, sachant le loup sous l'apparence de l'agneau et, sous l'habit de l'ordre, insultant misérablement à la religion de notre foi, crucifient de nos jours notre Seigneur Jésus-Christ."

                                   

     L'ordre des Templiers avait té créé pour libérer la Terre sainte (le sceau des Templiers, Paris, Archives nationales).

Le supplice des Templiers sur le bûcher. 

La mort par le feu était réservée aux hérétiques. Elle était relativement banale en ce début du XIVe siècle. Et, si pour les contemporains, la suppression de l'ordre du Temple était un acte politique d'une portée exceptionnelle, il n'y avait pas de "mystère Templier". Gravure de D.Vierge (1875). B.N.

Un ordre monastique entier arrêté et jugé

                   

Après ce préambule, le roi de France Philippe le Bel développe, dans une lettre datée du 14 septembre 1307 et adressée aux officiers royaux de l'ensemble du pays, les accusations formulées à l'encontre des Templiers : reniement du Christ et crachats lancés à son visage lors de leur réception dans l'ordre, pratiques obscènes consistant à embrasser des parties du corps dénudé du nouveau frère et sodomie.

Dans la même missive, il ordonne à ses représentants d'arrêter tous les membres du Temple en un jour donné, gardé secret.

Plus rien ne peut désormais empêcher le procès de l'ordre monastique et militaire international de Temple, fondé deux siècles auparavant, en 111-1119, pour défendre la Terre sainte.

         

Un procès rondement mené

L'opération de police, menée le 13 octobre à l'aube, est une réussite parfaite. La surprise est complète pour les Templiers, qui n'ont^pas le temps d'organiser leur fuite. 

Après l'arrestation et la confiscation des biens des prévenus, les officiers royaux commencent aussitôt lesPhilippe IV le Bel interrogatoires, conformément aux instructions reçues. 

Clément V (tableau anonyme du XVIIe siècle - Florence, Italie)Pour extorquer la vérité aux prisonniers, ils utilisent largement la torture. Très vite, les résultats des interrogatoires, poursuivis bientôt par les inquisiteurs de l'Église, confirment les affirmations de Philippe le Bel sur la corruption de l'ordre. 

Rien qu'à Paris, cent trent-quatre prisonniers sur cent trent-huit confirment l'exactitude des accusations. Au reniement du Christ, aux rites obscènes et à la sodomie, les confessions ajoutent encore l'adoration des idoles, la cupidité, la négation des sacrements et les réunions nocturnes secrètes.

Devant ce déferlement d'aveux, le pape Clément V ne peut qu'approuver Philippe le Bel. En novembre, il ordonne par une lettre officielle (bulle) à tous les rois et princes d'Europe d'arrêter à leur tour les Templiers.

Sursauts et réticences

Le doute envahit cependant le pontife lorsqu'il apprend que les prisonniers ont rétracté leurs aveux devant deux cardinaux qu'il a dépêchés auprès d'eux. Il décide aussitôt d'interrompre les activités des inquisiteurs. Cela ne convient guère à Philippe le Bel, qui use de menaces pour contraindre le Saint Père à relancer la procédure. Jacques de MolayIl tâche aussi de le convaincre des fautes de l'ordre, et lui présente soixante-douze Templiers soigneusement choisis, qui dressent un tableau terrible des crimes du Temple.

Ainsi pressé et persuadé, Clément V ordonne la formation dans chaque diocèse de commissions ecclésiastiques chargées d'examiner les cas individuels, tandis qu'une commission nommée par lui siègera à Paris avec charge d'enquêter sur l'ordre en général. Des conciles provinciaux jugeront enfin les personnes tandis qu'un concile général, réuni à Vienne, prononcera la sentence finale concernant l'ordre. 

A peine venu à bout de la résistance du pape, le roi doit faire face à la résistance inattendue des Templiers. Depuis le début du procès, les aveux du grand maître Jacques de Molay et des autres dignitaires avaient brisé toute velléité de résistance. Aussi, lorsque la commission pontificale demande à ce que l'ordre présente des défenseurs, Philippe le Bel, certain qu'il n'y aura guère de candidats, ordonne à ses officiers d'envoyer les volontaires à Paris. A son grand étonnement, plus de cinq cents membres du Temple manifestent bientôt leur désir de s'exprimer. Neuf d'entre eux expliquent à la commission que la torture est responsable des aveux et défendent la pureté de leur ordre.

 

Un roi contre les Templiers

Le Bûcher des Templiers, Londres, British Museum.Affaibli depuis la perte de la Terre Sainte en 1291, l'ordre des Templiers rencontre en Philippe le Bel un adversaire acharné, pour plusieurs raisons, financières, politiques et religieuses.

Toujours à la recherche d'argent, le souverain, qui a surévalué les richesses du Temple, comptait tirer des bénéfices substantiels de la suppression de l'ordre.

Le Temple est en outre la victime de la lutte politique que livre le monarque, représentant du pouvoir temporel, au pape, détenteur du pouvoir spirituel. La disparition du Temple prive le faible Clément V, mais aussi ses successeurs, du soutien d'un ordre international placé sous la responsabilité directe de la papauté. En même temps, Philippe le Bel a peut-être liquidé un obstacle à la création d'un nouvel ordre militaire, qui aurait eu également pour tâche de reconquérir la Terre saint sous sa direction.

Le triomphe de Philippe le Bel

Le roi n'a plus le choix. Il doit agir très vite. Il décrète que la culpabilité du Temple est une certitude et qu'il n'y a pas lieu de laisser se défendre. Il réunit à Sens, sous la présidence de l'archevêque de la ville, un concile provincial qui prononce les sentences à l'encontre des Templiers de la province, ceux de Paris inclus.

Cinquante-quatre hommes sont condamnés comme relaps, c'est-à-dire comme hérétique revenu sur leurs aveux : ils sont condamnés à être brûlés, et sont exécutés. Leur mort anéantit la résistance des Templiers. Évincée, la commission pontificale met un point final à ses travaux. Reste au concile général de Vienne, qui s'ouvre en octobre 1312, à décider de l'avenir de l'ordre. Malgré l'avis de la majorité des Pères, qui souhaitent entendre la défense de l'ordre, le pape prononce unilatéralement la dissolution du Temple.

Il prévoit que les membres de l'ordre, s'ils sont innocents ou repentis, recevront une pension et resteront dans les anciennes maisons du Temple. Les relaps et ceux qui ont refusé d'avouer leurs crimes seront brûlés s'ils ne l'ont encore été, ou resteront emprisonnés à vie.

Les biens du Temple sont dévolus à l'ordre de l'Hôpital. La sentence des quatre grands dignitaires de l'ordre n'est prononcée qu'en 1314. Leur condamnation à la prison clôt définitivement le procès des Templiers. 

Après l'énoncé du verdict, Jacques de Molay et l'un de ses compagnons reviennent sur leurs aveux : ils se placent ainsi dans la situation de relaps, et sont brûlés à leur tour.

Un peu d'Histoire pour mieux comprendre

D'après :  Les notes Historiques  : Le roi de fer 1er tome du livre "LES ROIS MAUDITS" de Maurice DRUON de l'Académie Française. Editions Del Duca, 1965

L'Ordre souverain des Chevaliers du Temple de Jérusalem fut fondé en 1128 pour assurer la garde des Lieux saints de Palestine, et protéger les routes des pèlerinages. Sa règle, reçue de saint Bernard, était sévère. Elle imposait aux chevaliers la chasteté, la pauvreté, l'obéissance. Ils ne devaient "trop regarder face de femme...ni...baiser femelle, ni veuve, ni pucelle, ni mère, ni sœur, ni tante, ni nulle autre femme". Ils étaient tenus, à la guerre, d'accepter le combat à un contre trois et ne pouvaient pas se racheter par rançon. Il ne leur ne leur était permis de chasser que le lion.

Seule force militaire bien organisée, ces moines-soldats servirent d'encadrement aux bandes souvent désordonnées qui formaient les armées des croisades. Placés en avant-garde de toutes les attaques, en arrière-garde de toutes les retraites, gênés par l'incompétence ou les rivalités des princes qui commandaient ces armées d'aventure, ils perdirent en deux siècles plus de vingt mille des leurs sur les champs de batailles, chiffre considérable par rapport aux effectifs de l'Ordre. Ils n'en commirent pas moins, vers la fin, quelques funestes erreurs stratégiques.

Ils s'étaient montrés, pendant tout ce temps, bons administrateurs. Comme on avait grand besoin d'eux, l'or de l'Europe afflua dans leurs coffres. On remit à leur garde des provinces entières. Pendant cent ans, ils assurèrent le gouvernement effectif du royaume latin de Constantinople. Ils se déplaçaient en maîtres dans le monde, n'ayant à payer ni impôts, ni tribut, ni péage. Ils ne relevaient que du pape. Ils avaient des commanderies dans toute l'Europe et le Moyen-Orient ; mais le centre de leur organisation était Paris. Ils furent amené par la force des choses à faire de la grande banque. Le Saint-Siège et les principaux souverains d'Europe avaient chez eux leurs comptes courants. Ils prêtaient sur garantie, et avançaient les rançons des prisonniers. L'empereur Baudouin leur engagea 'la vraie Croix".

Expéditions, conquêtes, fortune, tout est démesuré dans l'histoire des Templiers, jusqu'à la procédure même qui fut employée pour parvenir à leur suppression. Le rouleau de parchemin qui contient la transcription des interrogatoires de 1307 mesure à lui seul 22 m20.

Depuis ce prodigieux procès, les controverses n'ont jamais cessé ; certains historiens ont pris parti contre les accusés, d'autres contre Philippe le Bel. Il n'est pas douteux que les accusations portées contre les Templiers étaient, en grande partie, exagérées ou mensongères ;  mais il n'est pas douteux non plus qu'il y ait eu chez eux d'assez profondes déviations dogmatiques. Leurs longs séjours en Orient les avaient mis en contact avec certains rites perpétués de la religion chrétienne primitive, avec la religion islamique qu'ils combattaient, voire avec les traditions ésotériques de l'Égypte ancienne.

C'est à propos de leur cérémonies initiatiques que se forma, par une confusion très habituelle à l'Inquisition médiévale, l'accusation d'adoration d'idole, de pratiques démoniaques et de sorcellerie.

L'affaire des Templiers nous intéresserait moins si elle n'avait des prolongement jusque dans l'histoire du monde moderne. Il est connu que l'Ordre du Temple, aussitôt après sa destruction officielle, se reconstitua sous la forme d'une société secrète internationale, et l'on a les noms de grands-maîtres occultes jusqu'au XVIIIe siècle.

Les Templiers sont à l'origine du Compagnonnage, institution qui existe encore aujourd'hui. Ils avaient besoin, dans leurs commanderies lointaines, d'ouvriers chrétiens. Ils les organisèrent et leur donnèrent une règle nommée "devoir". Ces ouvriers, qui ne portaient pas l'épée, étaient vêtus de blanc ; ils firent les croisades et bâtirent au Moyen-Orient ces formidables citadelles, construites selon ce qu'on appelle en architecture "l'appareil des croisés". Ils acquirent là-bas un certain nombre de méthodes de travail héritées de l'Antiquité et qui leur servirent à édifier en Occident les églises gothiques. A Paris, ces compagnons vivaient soit dans l'enceinte de Temple, soit dans le quartier avoisinant, où ils jouissaient de "franchises", et qui demeura pendant cinq cent ans le centre des ouvriers initiés.

Par le truchement des sociétés de compagnons, l'Ordre du Temple se rattacha aux origines de la franc-maçonnerie. On retrouve en celle-ci les "épreuves" des cérémonies initiatiques et jusqu'à des emblèmes très précis qui non seulement sont ceux des anciennes compagnies d'ouvriers, mais, fait plus étonnant encore, figurent sur les murs de certaines tombes d'architectes de l'Égypte pharaonique. tout donne donc à penser que ces rites, ces emblèmes, ces procédés de travail, furent rapportés en Europe par les Templiers.