Judaïsme et judéité
: Etre
juif : Repères
chronologiques : shtetl
:
Judaïsme
Le judaïsme est
la plus ancienne des trois religions monothéistes, qui ont en commun
un certain nombre de textes fondateurs. Mais la Bible représente une
réalité différente pour chacune. "Bible" vient du grec et du latin
sacerdotal biblia, qui signifie "les livres". La Bible
hébraïque comprend trente-neuf titres, répartis en trois catégories
:
la Loi de Moïse
(Torah en hébreu, Pentateuque en grec); ce sont les cinq
premiers livres : La Genèse; L'Exode; Le Lévitique;
Les Nombres et Le Deutéronome, qui appartiennent à l'Ancien
Testament;
Les Prophètes (dix-huit
titres);
les écrits de poésie et de
sagesse : 150 Psaumes, le Cantique des cantiques, des
Proverbes, des contes, des textes de Sagesse.
La lecture de ces différents livres peut être religieuse, poétique ou
historique. Elle donne lieu à une grande variété d'interprétations et de
commentaires, des origines à nos jours, qui par définition ne sont jamais
achevés.
Au premier siècle, le judaïsme est éclaté dans de nombreux courants ou
sectes qui s'opposent parfois violemment. On distingue les orientations
ritualistes, rénovatrices ou prophétiques, ou encore nationalistes et
pragmatiques.
De cet éclatement et de la destruction du Temple en l'an 70 à
l'éparpillement de la diaspora, le judaïsme a sauvegardé son identité par
le maintien des restrictions de Moïse : on ne partage "ni la table ni le
lit" avec des non juifs. Le judaïsme considère comme juif celui qui est né
de mère juive : en cela on peut parler de peuple juif - même si on peut y
entrer par conversion.
Sur le plan intellectuel, le judaïsme se pose en philosophie : ne pas
travailler un jour par semaine pour se consacrer à l'étude des textes le
rapproche des écoles philosophiques. Pendant plus de mille ans après
Jésus-Christ, les débats et réflexions sur les rapports entre la loi et la
raison animèrent le judaïsme comme le christianisme puis l'islam. Les
échanges sur ce sujet furent même conséquents entre les
trois religions, notamment en Al-Andalus.
Etre juif
Qu'est-ce qu'un Juif ? En Allemagne comme dans les pays conquis,
alliés ou contrôlés par le biais d'un Etat fantoche, un des premiers
soucis des Allemands fut de définir par un texte législatif ou
réglementaire non pas ce qu'est "être juif", mais qui devait être
considéré comme Juif.
Jusqu'à Jésus-Christ, les Juifs, peu nombreux, étaient implantés en
Palestine, dans l'Empire romain, parmi un ensemble de peuples ayant des
coutumes et des religions diverses. A partir de Jésus-Christ et du
développement d'une Eglise chrétienne, et après l'échec des tentatives
d'unification, l'affirmation par les chrétiens que Jésus-Christ est Dieu
provoqua la scission et, au 4e siècle, l'adoption par l'Empire du
christianisme comme religion d'Etat entraîna l'émigration définitive des
Juifs - la "diaspora" (qui avait commencé à se former lors de précédentes
expulsions) -, c'est-à-dire une dispersion de communautés implantées
principalement en Europe et conservant entre elles des liens culturels et
de solidarité.
Dates d'implantation de communautés juives
[1]
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Grèce : - 297
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Hollande : 1133
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Italie : env. - 167
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Pologne : 1133
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Rhodes : env. - 67
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Belgique : 1233
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France : 3 ap. J.-C.
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Luxembourg : 1286
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Bulgarie : 33
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Estonie : 1333
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Crimée : 33
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Lituanie : 1333
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Hongrie : 33
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Russie blanche : 1387
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Roumanie : 133
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Dantzig : 1533
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Allemangne : 321
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Lettonie : 1533
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Autriche : 903
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Sarre : 1621
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Tchéquoslovaquie : 933
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Danemark : 1622
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Yougoslavie : 933
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Memel : 1664
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Ukraine : 1117
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Norvège : 1851
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Les hasards de l'histoire locale (persécutions, guerres, disettes,
famines) ont déterminé les migrations et les nouvelles implantations.
La diaspora a cependant déterminé deux grands groupes. Le premier,
d'abord implanté notamment au nord-est de la France, a émigré en réaction
aux mesures antijuives et aux exactions qu'il subissait, et s'est fixé
entre autres en Pologne et en Lituanie, où les shtetl (communautés)
s'installèrent et fondèrent une culture, s'appuyant sur l'usage du yiddish
(le "parler juif") - langue forgée à partir d'éléments hébreux-araméens,
germaniques, romans et slaves -, sur des écoles hébraïques de haut niveau,
des traditions familiales et un patrimoine artistique des plus divers.
C'est le courant ashkénaze, regroupant les Juifs européens (aujourd'hui
éparpillés dans le monde et représentant 70% de la population juive
mondiale). L'autre groupe, dénommé séfarade, s'était d'abord implanté en
Espagne. Lors de l'expulsion en 1492, il émigra pour partie en Italie,
mais surtout en Afrique du Nord, plus généralement en terre d'islam, où il
reçut un statut écrit de population de seconde zone mais aux libertés
garanties. Lors de la création de l'Etat d'Israël, beaucoup de Juifs
séfarades durent quitter les pays de l'islam, et 80% d'entre eux sont
aujourd'hui israéliens.
Au-delà des affirmations idéologiques, qu'est-ce qu'être Juif ? Ce peut
être défini par l'appartenance à la religion, à la communauté (par
intégration et observation des coutumes et de la culture), ou encore par
descendance : la judéité ne se réduit pas à la religion, elle n'est pas
une "race", aujourd'hui, c'est l'individu lui-même qui est
susceptible de s'affirmer comme Juif, pour l'une ou l'autre de ces
raisons.
Repères chronologiques [2]
1207 av. J.-C. Première
mention du nom d'Israël sur une stèle égyptienne.
Fin du 11e siècle av. J.-C.
Instauration de la royauté par Saül.
Vers 1010 av.
J.-C. David devient roi de Juda à Hébron. Vers 1003 av. J.-C., il
fonde Jérusalem et unifie les royaumes d'Israël et de Juda.
Vers 971 av. J.-C. Mort
de David. Début du règne de son fils Salomon. La construction du Temple
est achevée vers 964 av. J.-C.
Vers 931 av. J.-C. Mort
de Salomon et séparation des deux royaumes (schisme). Les tribus du Nord
fondent le royaume d'Israël autour de Samarie, celles du Sud, celui de
Juda, autour de Jérusalem.
722 av. J.-C. Chute de
Samarie devant les Assyriens et fin du royaume d'Israël. Le royaume de
Juda se reconnaît vassal de l'Assyrie.
705-701 av.
J.-C. Révolte du roi de Juda, Ezéchias, déportation d'une grande
partie de la population en Assyrie.
597 av. J.-C. Révolte du
royaume de Juda contre l'Empire babylonien qui a balayé la puissance
assyrienne. Déportation des élites judéennes en Babylonie.
587-586 av.
J.-C. Nouvelle révolte sous la conduite du roi Sédécias, chute de
Jérusalem et destruction du Temple. Seconde vague de déportations de
Judéens à Babylone. Le royaume de Juda devient une province
babylonienne.
539 av. J.-C. Prise de
Babylone par le Perse Cyrus. Par l'édit d'Ecbatane, celui-ci autorise le
retour d'exil et la reconstruction du Temple. Le mouvement du retour en
Judée se poursuit jusque dans le courant du 4e siècle.
515 av. J.-C. Achèvement
du second Temple.
Milieu du 5e siècle av.
J.-C. Néhémie est gouverneur de Judée, les murailles de Jérusalem
sont relevées.
Vers 398 av.
J.-C. Mission d'Esdras en Judée et Samarie, qui unifie les
traditions juives. La Torah trouve sa forme actuelle.
333-332 av.
J.-C. Conquête de la Syrie et de la Palestine par Alexandre le
Grand.
319 av. J.-C. Les Juifs
passent sous la domination du souverain lagide Ptolémée 1er.
200-198 av.
J.-C. Conquête définitive de la Palestine par le Séleucide
Antiochos III.
175 av. J.-C. Le grand
prêtre Jason obtient l'autorisation d'Antiochos IV de transformer
Jérusalem en cité grecque.
De 172 à 169 av.
J.-C. Une guerre civile oppose Jason et Ménélas, nommé grand prêtre
à sa place.
167 av. J.-C. Antiochos
IV interdit la Torah (édit de Persécution) pour mettre fin aux troubles
qui agitent la Judée. Il provoque la révolte des Maccabées, qui se
dressent contre la domination politique des Séleucides et le modèle
culturel hellénistique.
164 av. J.-C. Le Temple
est libéré par les Maccabées, qui remportent des succès militaires sur les
Séleucides.
161 av. J.-C. Traité
d'alliance entre la Judée et Rome.
160 av. J.-C. Mort de
Juda Maccabée. Ses frères Jonathan puis Simon lui succèdent.
De 143 à 63 av.
J.-C. Dynastie hasmonéenne, héritière des Maccabées.
63 av. J.-C. Siège de
Jérusalem par Pompée, conquête romaine de la Judée.
40 av. J.-C. Hérode est
proclamé roi des Juifs à Rome. Il règne en Judée de 37 à 4 av. J.-C. Après
sa mort, son royaume est partagé entre sa soeur et ses fils.
6 ap. J.-C. La Judée,
annexée à la province romaine de Syrie, passe sous l'autorité de Rome.
Elle est administrée par un préfet.
66-74 Grande révolte de
Judée contre Rome.
70 Jérusalem est prise
par les légions romaines sous les ordres de Titus et le Temple est détruit
en été dans un incendie accidentel. Création d'une province de Judée.
73-74 Chute de la
dernière forteresse qui résistait encore aux Romains, Massada.
132-135 Soulèvement
général en Judée sous la direction de Bar Kochba. Fondation de la colonie
d'Aelia Capitolina sur l'emplacement de Jérusalem, interdite aux Juifs.
Expulsion des Juifs de Judée. La révolte est écrasée par Hadrien en 135.
La Judée, province romaine, est dénommée Syrie-Palestine.
3e-5e siècles Emergence
de la Babylonie comme principal foyer de peuplement et d'érudition
juive.
636-638 Conquête de la
Palestine par les Arabes.
711 Conquête musulmane
de l'Espagne.
Vers 800 Premiers
témoignages sur une immigration des Juifs d'Orient en Afrique du Nord.
11e - 12e
siècles Al-Andalus, "âge d'or" du judaïsme en Espagne
musulmane.
1096 Croisade populaire;
massacres et conversions forcées dans les communautés juives de la France
du Nord et des pays rhénans et danubiens.
1099 Conquête de
Jérusalem par les croisés.
1140-1148 Conquête des
villes du Maghreb par les Almohades. Les Juifs doivent choisir entre la
conversion et la mort.
13e siècle Vagues
d'émigration d'Occident vers l'Europe orientale. Attestations de
l'existence de communautés organisées en Pologne.
1394 Expulsion des Juifs
du royaume de France.
1492 Prise de Grenade,
dernier bastion musulman de la Péninsule ibérique, par les chrétiens et
expulsion des Juifs d'Espagne.
1497 Conversion forcée
de tous les Juifs du Portugal.
1516 Création à Venise
du premier ghetto.
1516-1517 Conquête de la
Palestine par les Ottomans.
16e siècle Mise en place
d'organismes régionaux et généraux juifs en Pologne-Lituanie ("Conseil des
Quatre Pays" et "Conseil de l'Etat de Lituanie").
17e siècle Premières
communautés juives au Nouveau Monde.
18e siècle Partage de la
Pologne entre l'Autriche, la Russie et la Prusse. Les Juifs russes sont
astreints à s'implanter dans une région circonscrite (la "zone de
résidence").
Seconde moitié du 18e
siècle Naissance du mouvement juif des Lumières, la Haskalah.
1781-1789 Edit de
Tolérance de Joseph II en faveur des Juifs d'Autriche.
1790-1791 Emancipation
des Juifs de France.
1796 L'armée de
Bonaparte annonce l'émancipation des Juifs italiens.
19e siècle et premières
décennies du 20e siècle Passage sous domination occidentale des
communautés juives du Maghreb et d'Orient du fait de la colonisation.
1830 Conquête de
l'Algérie par la France. L'émancipation des Juifs en Europe s'achève avec
l'émancipation des Juifs de Suisse, en 1874. Durant la seconde moitié du
siècle, montée de l'antisémitisme en Europe.
1860 Fondation à Paris
de l'Alliance israélite universelle qui va doter l'Orient et le Maghreb
d'un réseau scolaire francophone.
1870 Décret Crémieux
accordant la nationalité française aux Juifs d'Algérie (excepté les
territoires du Sud).
1881-1882 A la suite de
l'assassinat d'Alexandre II, pogroms en Russie. Ils se soldent par
un exode colossal vers l'Amérique, l'Europe occidentale et la
Palestine.
1882 Léon Pinsker publie
Autoémancipation, qui appelle les Juifs à prendre en main leur
propre destin et à se redéfinir comme nation territoriale.
1894-1906 Affaire
Dreyfus en France.
1896 Publication de
L'Etat des Juifs de Theodor Herzl, fondateur du sionisme.
1897 Création à Vilna
(Vilnius) du Bund, mouvement socialiste juif radicalement antisioniste.
Fondation du mouvement sioniste par Theodor Herzl, lors du premier Congrès
mondial sioniste à Bâle.
1903-1906 Seconde vague
de pogroms en Russie et en Ukraine.
1917 Déclaration
Balfour.
1922 Le mandat sur la
Palestine est accordé à la Grande-Bretagne. Rédaction du premier Livre
blanc reconnaissant la légitimité de la présence juive en Palestine.
1930 Rédaction du
deuxième Livre blanc proclamant la nécessité de restreindre la place du
foyer national juif.
1933 Hitler accède au
pouvoir en Allemagne.
9-10 novembre 1938 "Nuit
de cristal", pogroms contre les Juifs allemands et autrichiens.
1939 Dernier Livre
blanc, qui impose des limites draconiennes à l'immigration juive et à la
colonisation des terres par les Juifs en Palestine.
1939-1945 Entre 5 et 6 millions de Juifs périssent dans la
Shoah.
Le shtetl
"La petite ville de Krzywcza était, comme on dit en yiddish, un
shtetl - une centaine de familles juives parmi une population de
deux à trois mille personnes. Ils étaient tous regroupés autour d'une
place centrale. [...] Je me souviens que j'allais au kheder,
l'école juive. A partir de trois ans, les garçons recevaient
l'enseignement juif, lisant, apprenant l'alphabet, les prières, ce qui
était le plus important. [...] Chaque vendredi, [ma grand-mère] me donnait
un petit pletzl, un petit pain fourré aux oignons, c'était
délicieux. Ça embaumait! Jeudi, c'étaient les préparatifs, le vendredi
après-midi plus personne ne touchait à rien. Les hommes allaient au
mikveh (bains rituels) pour se purifier. Les femmes préparaient les
enfants - je ne sais pas si ça se retrouve ailleurs que dans les
communautés hassidiques. Mais c'était une manière de vivre,
l'accomplissement de centaines d'années de tradition juive en Europe de
l'Est. Le shabbat en était l'expression, l'expression la plus
profonde, produisant une très profonde impression sur les enfants."
[3]
1. Source : Sir Martin Gilbert, Atlas de la Shoah,
éditions de l'Aube, La Tour-d'Aigues, 1987. 2. Extrait de
L'Histoire, numéro spécial Israël, n° 212, juillet-août 1997, avec
l'autorisation de la Société d'éditions scientifiques. 3. Joseph
W., in Joshua Greene et Shiva Kumar, Témoigner - Paroles de la
Shoah, traduction Robert Macia, Flammarion, Paris, 2000, p. 32.
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