___FICHE 4

Les Rom/Tsiganes


Descendants de tribus nomades banjaras du nord-ouest de l'Inde et de langue indo-européenne proche du sanskrit, les Rom/Tsiganes* ont émigré par familles entre le 5e et le 11e siècle vers l'Iran puis l'Europe. On trouve leur trace en 1322 en Crète, puis en Bulgarie, et dans toute l'Europe à partir du 15e siècle. Il n'est pas certain que leur nomadisme ait été un véritable choix : à l'époque de leur arrivée, la terre était occupée. Se déplaçant en groupes de taille restreinte, ils ne viennent pas en conquérants - contrairement aux nombreux mouvements migratoires des siècles précédents - et vivent du travail des métaux et d'activités commerciales. Leur mode de vie est pacifique et familial, marqué par l'importance des enfants, dont la liberté est un principe intangible.

Les Grecs les appellent atsigani, d'où viennent les mots allemand Zigeuner, hongrois Czigany et français Tsigane. Dans différents pays, au Moyen Age, ils furent dénommés Egyptiens (certains groupes sont passés par l'Egypte) : c'est ce qui donne l'anglais Gypsy et le français Gitan. Ces termes sont des appellations générales, souvent teintées négativement - ou plus ou moins folkloriquement. Il existe parmi eux des regroupements de type quasi-ethnique (à l'exception d'un territoire commun). Ainsi, les principales victimes de l'Holocauste sont des Roma (de rôm, fils, homme). Le deuxième groupe des victimes est constitué par les Sinti ou Manus (en français Manouches). Le troisième groupe, composé des Kalé ou Gitans, a, du fait de son implantation géographique, à peu près échappé au génocide.

Comme ils avaient la peau sombre, étaient nomades, venaient de "nulle part" mais étaient passés par des contrées occupées par les Turcs, et qu'enfin ils prédisaient l'avenir, les populations européennes oscillaient entre la curiosité et l'assimilation au diable. Ils arrivèrent trop tard pour être accusés de propager la peste noire - ce fut les Juifs que l'on désigna à la vindicte -, mais se virent chargés de responsabilité partout où un bouc émissaire était bien utile, en cas de mauvaise récolte, d'épidémie, de disette ou de toute catastrophe. L'Eglise et l'Etat multipliaient partout les mesures restrictives à leur encontre, les discriminations et les brimades. Les corporations des différents métiers voyaient en eux un danger pour leur monopole professionnel. Seule une partie de la noblesse les accueillait volontiers, comme de "modernes" troubadours, essentiellement pour leur musique. Ils furent même accusés de cannibalisme : en Hongrie, en 1782, plus de 200 furent traînés à un procès, et quarante et un avaient déjà été torturés et exécutés quand on "s'aperçut" que les gens qu'ils étaient censés avoir dévorés étaient bien vivants.

Cet ostracisme et cette persécution ont eu lieu à toutes les époques et dans tous les pays d'Europe. En Angleterre, être tsigane ou fréquenter des Tsiganes était puni de mort. Le plus souvent, ils étaient expulsés. Ils n'avaient aucune nationalité, n'étaient défendus par aucune loi, aucun statut. Les Etats ont tous voulu soit les contraindre à la sédentarisation, comme en Hongrie au 18e, soit les isoler en les expulsant, en leur interdisant des territoires, notamment les villes, et en les parquant.

Le développement d'Etats centralisés et fortement administrés a renouvelé les formes de leur persécution : on ne pouvait tolérer ce qu'on ne pouvait contrôler. Ils étaient ainsi tout désignés pour être les victimes des totalitarismes, et pour le génocide par le nazisme.

A l'issue de l'Holocauste, ils se virent dénier, notamment par de nombreux tribunaux allemands de l'ouest, la qualité de victimes. De nombreux fonctionnaires de RFA considéraient qu'ils n'avaient pas été persécutés pour des motifs "raciaux", mais comme asociaux - exactement le discours nazi. Ce n'est qu'en 1963 qu'un jugement de la Cour suprême fédérale admit qu'ils avaient été persécutés dès 1938.

* Rom/Tsiganes est le terme utilisé par le Conseil de l'Europe pour désigner l'ensemble des groupes et sous-groupes d'origine tsigane. Le terme Tsigane employé dans la suite du texte fait référence aux Rom/Tsiganes [note de l'éditeur].