_____FICHE 8

Les camps de concentration : création et rôle

 

En 1933, l'Allemagne disposait d'un assez grand nombre de lieux de détention traditionnels (prisons et forteresses) mais ceux-ci ne permettaient pas d'incarcérer des quantités importantes de gens.

Hitler ayant pris le pouvoir le 30 janvier 1933, c'est dès le 8 mars que Frick, ministre de l'Intérieur, annonça la création de camps de concentration : Orianenburg ouvrit le 20 mars, Dachau le 21, et à la fin du mois existaient déjà une cinquantaine de camps.

La prolifération fut rapide, et parfois plus ou moins sauvage, au point que la SS dû intervenir pour "régulariser" certains d'entre eux. Les camps dits "réguliers" étaient administrés par l'inspection de la SS : cela indique bien qu'il ne s'agissait pas de lieux de détention judiciaire, mais strictement politique, et donc totalement arbitraire. Les personnes étaient internées sans aucune décision de justice ou à la suite de l'accomplissement d'une peine dans une prison traditionnelle, comme ce fut le cas de nombreux opposants, de témoins de Jéhovah ou d'homosexuels : être condamné en 1935 ou 1938 à un mois de prison a pu signifier, pour des membres de ces catégories, un mois d'emprisonnement plus sept ou dix ans de camp, ou plus souvent la mort en camp.

Seule la Gestapo était habilitée à interner dans un camp et à décider d'une éventuelle libération : il s'agissait bien de police politique. La SS quant à elle contrôlait les camps, et surtout s'y comportait comme elle l'entendait : les mauvais traitements, la torture, l'assassinat d'un déporté par un SS n'étaient pas susceptibles de donner lieu à l'ouverture d'une instruction judiciaire, comme le décida rapidement la Cour suprême du Reich.

Les camps réguliers étaient situés sur le territoire du Reich, à quelques exceptions près (notamment Auschwitz). Dans les territoires occupés, les camps créés avaient des statuts et des fonctions divers : camps spéciaux de la police d'occupation ou de l'armée, camps des administrations ou gouvernements locaux, camps de transit ou d'attente, camps spécifiques à une catégorie, en particulier aux Tsiganes.

La fonction des camps réguliers était double : soustraire des parties de la population à la société pour tendre à contrôler et uniformiser plus complètement celle-ci, et disposer d'esclaves dont on pourrait gratuitement exploiter le travail, directement ou en le vendant à des entreprises. Dans certains territoires occupés, des dignitaires nazis l'avaient fort bien compris, qui constituèrent leurs propres camps "privés", dont ils purent tirer grand profit. Lorsque, à côté des opposants de toutes sortes, la population concentrationnaire compta de plus en plus de Juifs et d'"asociaux", une troisième fonction apparut et se développa jusqu'à devenir première : la destruction, par le travail, la famine et la maladie. Cette fonction se développa singulièrement après la Nuit de cristal (9-10 novembre 1938), pendant laquelle les SA eurent pour consigne d'arrêter autant de Juifs, de préférence riches, que les camps pouvaient alors en contenir.

Les camps utilisés pour la destruction de masse sont d'une autre nature. Dans ces six camps, les détenus conservés - provisoirement - vivants ne sont pas utilisés pour un travail industriel classique, mais seulement pour assurer le fonctionnement de la destruction : la seule production de ces camps est la mort de déportés arrivant par convoi, qui survient "à la porte du camp" (c'est-à-dire avant d'avoir été immatriculés et tatoués), et la disparition des corps par crémation, après récupération des effets personnels des victimes, de leurs vêtements, cheveux et dents en or.