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______FICHE 44 |
| Le nombre des mortsLes victimes juivesIl ne peut s'agir que d'estimations, un certain nombre d'assassinats isolés ou non étant restés inconnus. Les deux sources principales, parmi les plus fiables, sont celles de Raul Hilberg et Sir Martin Gilbert, qui s'appuient au maximum sur des documents originaux et les recoupent, préférant donner des chiffres probablement inférieurs à la réalité plutôt que des estimations aléatoires. Raul Hilberg, dont l'estimation totale est de 5'100'000 Juifs tués, a recoupé les estimations avec des analyses d'évolution naturelle. Sir Martin Gilbert indique que son estimation, 5'750'000, est inférieure à la réalité : "Bilan minimum, disions-nous. Un exemple : à l'automne 1941, des milliers de très jeunes enfants et bébés furent exterminés par les Einsatzgruppen avant même que leur naissance n'ait été enregistrée. Des milliers d'individus, spécialement dans les villages reculés de Pologne, furent "ajoutés" aux convois de déportation de grandes localités, sans jamais avoir été recensés." Il ajoute qu'un certain nombre de communautés abritant jusqu'à mille Juifs en 1939 avaient disparu en 1945 sans qu'on sache ce qu'elles sont devenues. Ces deux estimations font preuve d'une très grande rigueur, les auteurs n'utilisant que des sources avérées, et se trouvent ainsi obligatoirement en dessous de la réalité.
Le Musée juif de Vilnius, capitale de la Lituanie, indique les
recensements de la population juive de la ville (relevé par l'auteur) :
Cela ne mesure pas directement le nombre de victimes : quelques Juifs ont pu s'enfuir, et il y eut des morts naturelles - mais aussi des naissances. L'augmentation entre 1942 et 1943 provient d'un afflux de réfugiés de la campagne : "Les groupes d'extermination étaient puissamment armés et jouissaient d'un soutien non négligeable au sein de la population locale. Les Juifs, désarmés, étaient en butte à une paysannerie extrêmement hostile, qui n'hésita pas, en maintes occasions, à les attaquer, avant même l'arrivée des Einsatzgruppen. En certains endroits, ces pogroms improvisés prirent une telle ampleur qu'ils forcèrent les SS à intervenir, afin de pouvoir les organiser sur une base systématique et selon les plans prévus. [...] La plupart des Juifs qui parvinrent à s'échapper des fosses de Ponary tombèrent sous les balles d'une unité spéciale composée d'Allemands et de Lituaniens." [1] On peut classer les décès en trois grandes catégories (source :
Hilberg) :
H. Langbein, dans Hommes et femmes à Auschwitz, à propos du bilan d'Auschwitz-Birkenau, donne les indications suivantes :
"Seul le service des entrées au bureau politique conservait les doubles des rapports envoyés à Berlin et qui auraient permis de déduire l'importance des sélections sur la rampe. La SS détruisit ces documents quand l'évacuation du camp dut être envisagée, mais Kaziemierz Smolen et Erwin Bartel, employés dans ce service, avaient fait auparavant des calculs se situant entre trois et quatre millions." [2] Les différents Allemands interrogés immédiatement après la guerre donnaient des estimations allant de deux à cinq millions, pour le seul camp d'Auschwitz-Birkenau. Les autres victimesLes estimations du nombre de victimes tsiganes ne sont pas inférieures à 200'000. Sir Martin Gilbert indique 220'000, et certains auteurs vont jusqu'à 500'000, incluant sans doute des décès dus à des bombardements ou opérations militaires non spécifiquement génocidaires. Deux mille nourrissons et soixante-dix mille adultes allemands souffrant de handicap mental ou physique, ainsi que plusieurs centaines de milliers dans les territoires occupés, furent "libérés" d'une "vie qui ne méritait pas d'être vécue". Les homosexuels n'ont pas fait l'objet de mesures précises, et de divers témoignages on ne peut qu'extrapoler qu'ils furent plusieurs dizaines de milliers. Les témoins de Jéhovah connurent entre 2'000 et 5'000 victimes, essentiellement des Allemands, alors qu'on évalue à 10'000 le nombre des Bibelforscher en 1933 en Allemagne. C'est par centaines de milliers qu'il faut chiffrer le nombre d'opposants de toutes convictions, et parmi eux de nombreux républicains espagnols que la France avait internés en camps, et en millions le nombre de Soviétiques, si l'on comptabilise les victimes des opérations mobiles de tuerie et les prisonniers de guerre transférés en camps de destruction et gazés. Parmi ces Soviétiques figurèrent essentiellement des Russes. Les Polonais, considérés comme "inférieurs" et destinés à devenir un peuple au service des Allemands, furent également fortement touchés, en particulier l'élite intellectuelle, dont la survie aurait pu démentir cette théorie de l'infériorité. |