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Les Templiers

Le Procès

templiers.net Apporte la gloire, Seigneur,
non à nous, mais à ton nom
non nobis domine sed nomini tuo da gloriam

LE PROCÈS. Acte 2

Du 31 mars 1309 au 2 avril 1309.

Les commissaires avaient fait conduire devant eux une certaine partie des Frères qui avaient déjà comparu les jours précédents, et déclaré vouloir défendre. On leur donna lecture des chefs articulés. Les actes constatent que quatre-vingt-neuf Templiers seulement étaient présents à cette lecture. La commission comprit qu’il fallait réunir en bloc tous ceux qui s’étaient offerts à la défense. On les amena tous le 28 mars dans le jardin de l’évêque de Paris.
On leur donna lecture en latin des chefs articulés. Tous protestèrent avec énergie contre la fausseté de cette articulation. On leur offrit de la faire traduire en langue vulgaire; ils répondirent qu’ils ne voulaient pas qu’on leur traduisit de pareilles turpitudes. Les noms des Templiers qui assistèrent à cette réunion ont été conservés dans les actes. Les exécutions qui suivirent la décision du concile de Sens, le 12 mai 1310, créèrent des vides dans les rangs des défenseurs de l’Ordre, avec d’immenses bûchers et mirent le trouble dans l’enquête. De nombreuses défections se produiront, ce qui na pas lieu de surprendre; les articulations sur lesquelles l’enquête devait porter étaient conçues ainsi qu’il suit.
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"Je n'ai pas retranscrit une seconde fois le formulaire, il se trouve à la page: Formulaire".
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On se trouvait en face d'un réquisitoire d'information et d'inculpation à toutes fins (système trop commode), dressé par des juristes versés dans la science des hérésies qui avaient affligé l'Église. Les prélats instructeurs étaient chargés de rechercher si les Templiers étaient des:
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Gnostiques et des docètes,
( "de Docétisme: Doctrine hérétique chrétienne au "II et III ième siècle" . Les Docètes soutenaient que le Christ, étant Dieu, n'avait pu vivre et souffrir sur terre qu'en apparence " )
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Pis encore, des manichéens divisant le Christ en Christ supérieur et en Christ inférieur, terrestre, passible, inféodé, vivant, captif, dans la matière dont il était pour eux l'organisation. Ne faisaient-ils pas partie de ces anciennes sectes dites libertines, des gnostiques, carpocratiens, nicolaïtes et manichéens ?
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N'avaient-ils pas embrassé la religion de Mahomet (comme le prétendait la Chronique de Saint-Denys )
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Il y avait encore un point à examiner, mais difficile à concilier avec les autres. Les Frères considéraient-ils Jésus comme un faux prophète, comme un criminel de droit commun qui aurait été condamné et mis à mort pour ses crimes ?
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Dans cette dernière hypothèse, les Templiers se seraient donc rangés au nombre des assassins de Jésus, qu'ils crucifiaient une seconde fois, comme l'avait écrit Philippe le Bel ?
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Alors ils n'étaient ni gnostiques, ni docètes, ni manichéens, mais purs déistes, déistes formels.
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Le but était d'envelopper le Temple et ses membres dans un vaste procès d'hérésie, entraînant la confiscation des corps et des biens.
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En somme, l'Ordre et les Frères étaient inculpés de monophysisme, autant que l'on peut en conclure des chefs d'inculpation, de renier la nature humaine de Jésus-Christ, le mystère de l'Incarnation, et d'avoir ainsi mutilé le Fils de Dieu, de couvrir d'opprobres le signe de la Rédemption, de renier la foi catholique, le dogme de la Sainte Trinité, Marie, Mère de Dieu, les saints et les saintes de Dieu (sanctos et sanctas Dei); de renier les sacrements de l'autel et de l'Église.
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Le grand maître était inculpé d'un grand sacrilège :
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il aurait reçu, bien que laïque, la confession sacramentelle, et donné l'absolution des péchés non confessés.
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L'Ordre et les Frères auraient trempé dans les hérésies de Manès, des cathares, albigeois et patarins.
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Ils étaient inculpés d'idolâtrie, d'avoir adoré, fait adorer, dans leurs chapitres ou réunions secrètes, les idoles des manichéens.
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De porter des cordelettes qu'on avait fait toucher à la tête de l'idole.
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De s'être livrés aux promiscuités honteuses reprochées à certaines sectes gnostiques, notamment aux manichéens, cathares, albigeois et patarins.
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D'avoir, dans leurs chapitres, entretenu commerce avec le diable, sous la figure d'un chat !
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D'avoir, en définitive, renié entièrement Jésus-Christ, embrassé la religion de Mahomet, le monothéisme (erreur dans laquelle ils auraient été entraînés par celle de Manès ).
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Les juristes de la cour de Rome avaient fait grâce à l'inculpation des autres pratiques monstrueuses, attribuées aux manichéens, décrites par saint Cyrille, saint Augustin, saint Épiphane, Pierre de Sicile et dont la Chronique de Saint-Denys nous a fourni les détails en partie. Tels étaient les points saillants de l'inculpation, que l'on peut résumer ainsi :
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Reniement du Christ,
Apostasie,
Idolâtrie,
Mauvaises mœurs.

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Il faut laisser la parole à l’enquête.
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Des auteurs modernes qui ont écrit contre les Templiers et l’Ordre du Temple nous semblent avoir trop négligé les résultats de cette longue information. Ils ont groupé certaines dépositions qu’ils ont savamment rapprochées des théories gnostiques, et à l’aide d’ingénieuses déductions, après avoir fait passer leurs lecteurs à travers un vrai dédale d’éclectisme syrien, grec et oriental, ces érudits en sont arrivés à condamner l’Ordre comme hérétique, comme entaché soit de gnosticisme musulman, soit de manichéisme mahométan.
Ces écrivains ont fait preuve dune grande érudition, mais le concile général de Vienne ne partagea pas leurs convictions. Les Pères du concile, dont on ne saurait nier les lumières et la perspicacité, n’ont pas voulu juger, condamner l’Ordre du Temple en présence dune enquête qui n’avait pas suffisamment prouvé contre lui.
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Robert Gaguin, écrivain ecclésiastique du quinzième siècle, ministre général de l’Ordre des Mathurins, dans son ( "Compendium super Francorum gestis "), et Guillaume Paradin, écrivain du seizième siècle, dans son ( "Histoire de Savoie "), ont recueilli, amplifié toutes les calomnies inventées contre les Templiers en lisant ces énormités on se rend tout de suite compte des sources où elles ont été puisées.
Ce sont toujours les mêmes pratiques exécrables reprochées aux manichéens et cathares albigeois; le culte de latrie rendu à des idoles à barbes noires et crépites, représentant le prince de la matière et le Dieu de la concupiscence, l’incinération des morts, l’absorption de leurs cendres au milieu d’agapes monstrueuses.
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C’est la réédition de histoire de ce chat adoré dans les chapitres, l’apparition du diable au milieu de conciliabules secrets sous la figure de femmes, le viol des filles qui assistaient à ces prétendues cérémonies, les stupres, les adultères, la paillardise, les abominables ordures, les moeurs infâmes; le jet de mains en mains, en manière de jeu de ballon ou à la raquette, d’un enfant né des débauches des chevaliers, jusqu’à ce qu’il soie mort; le fait de rôtir son cadavre, d’en faire sortir une graisse sordide dont ils oignaient leur grande statue.
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C’est ainsi que ces écrivains prirent à tâche de propager l’horreur, la calomnie contre les chevaliers du Temple. C’est de cette manière qu’on entretenait la terreur de l’hérésie, la crainte des exemples chez les réguliers qui encombraient alors les couvents et les cloîtres : l’enquête n’avait rien révélé de semblable.
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Après avoir fait donner lecture du formulaire des chefs articulés, les commissaires invitèrent les Frères à choisir parmi eux des fondés de pouvoirs à l’effet de défendre. Après quelques instants de délibération, le Frère Raynald de Pruino, précepteur de la maison d’Orléans, et Pierre de Bononia, procureur de l’Ordre en cour de Rome, tous deux prêtres et lettrés, produisirent la protestation qui suit :
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Il est dur pour les Frères d’être privés des sacrements de l’Eglise, d’avoir été dépouillés, depuis leur arrestation, des biens du Temple et de l’habit de la religion; d’avoir été incarcérés, enchaînés de la manière la plus vile: on les laisse manquer de tout. Presque tous ceux qui sont morts en prison loin de Paris ont été enterrés hors des lieux saints et des cimetières : à l’article de la mort, on leur a refusé les derniers sacrements. Il nous semble que nous ne pouvons choisir de fondés de pouvoirs sans le consentement du grand maître auquel nous devons obéissance. Presque tous les Frères sont illettrés et simples; ils demandent à prendre conseil de personnes prudentes et sages. Deux de nos Frères n’ont pu venir s’offrir à la défense, ce sont les Frères Raynauld de Vassinhiaco et Mathieu de Clichiaco. Nous demandons qu’on nous réunisse avec le grand maître et les précepteurs des provinces pour délibérer. Nous déclarons que si le grand maître et les précepteurs refusent leur concours, nous ferons ce que nous devons faire.
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Les commissaires répondirent que le grand maître, le visiteur de France et quelques autres grands de l’Ordre avaient déclaré ne vouloir défendre, dans l’état où ils se trouvaient, et engagèrent de nouveau les Frères à choisir des fondés de pouvoirs; ils donnèrent des ordres pour que les Templiers Raynauld de Vassinhiaco et Mathieu de Clichiaco fusent amenés devant la commission.
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L’archevêque de Narbonne prit à ce moment la parole, en présence de ses collègues et des Templiers assemblés dans le jardin de l’évêque de Paris.
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Frères, leur dit-il, vous avez entendu ce que nous avions à vous faire savoir. Organisez-vous, décidez; l’affaire requiert célérité, le jour fixé pour l’ouverture du concile général approche. Envoyez vos fondés de pouvoirs, nous ferons ensuite le nécessaire; sachez bien que nous n’avons pas l’intention de vous réunir tous ensemble, et que nous procéderons comme de droit.
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L’évêque de Bayeux ajouta :
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Frères, mettez-vous d’accord sur ce que nous vous avons dit. C’est demain dimanche, nous ne procéderons pas, lundi; mais mardi, nous commencerons à entendre les témoins. Nous vous enverrons nos notaires, qui consigneront par écrit vos dires et vos résolutions.
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Puis la commission se retira.
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Le mardi 31 mars 1309.
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On amena devant la commission le Frère Raynauld de Vassinhiaco,
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Qui déclara qu’il était détenu honnêtement, qu’il était bien traité, et qu’il ne voulait pas défendre.
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Le 31 mars, dernier jour du mois les notaires délégués par la commission se transportèrent successivement dans les divers quartiers où étaient détenus les Templiers qui avaient comparu, quatre jours avant, dans le jardin de l’évêque.
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Il n’est pas sans intérêt de parcourir avec les notaires ces rues de Paris telles qu’elles existaient au treizième et au quatorzième siècle. Nos contemporains en ont vu quelques vestiges.
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Il faut nous placer à l’église Notre-Dame, après avoir consulté l’ouvrage de Géraud (Paris sous Philippe le Bel) et les plans de M. Albert Lenoir, qui se trouvent à la fin du travail de l’érudit Géraud.
Les quartiers situés sur la rive droite de la Seine (la ville) étaient appelés quartiers d’outre Grand-Pont (pont au Change). Les quartiers qui s’étendaient sur la rive gauche jusqu’à la place de la Vieille-Estrapade, et depuis la rue Mazarine jusqu’à la rue des Fossés-Saint-Bernard, s’appelaient quartiers d’outre Petit-Pont. On connaît l’emplacement de l’île de la Cité : la rive droite était reliée à la Cité par le Grand-Pont, la Planche-Mibray; et la Cité se reliait avec la rive gauche par le Petit-Pont.
En partant de Notre-Dame, les notaires pouvaient suivre trois itinéraires pour se transporter sur la rive droite, dans les quartiers dits outre Grand-Pont.
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1° Ils pouvaient prendre les passeurs à Saint-Denys du Pas, derrière Notre-Dame, traverser la rivière, et débarquer sur la berge à la foulerie (rue de la Mortellerie).
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2° Ils pouvaient se rendre sur la rive droite en passant par la Planche-Mibray (planche demi-bras, moitié du bras de la Seine, pont Notre-Dame). On accédait à la Planche-Mibray en suivant le marché Palu joignant l’Hôtel-Dieu, la Juiverie (rue de la Cité), la rue de la Lanterne (rue de la Cité), la ruelle de la place Saint-Denys de la Chartre (à l’extrémité méridionale de la Planche-Mibray), le pont conduisant aux rues de Mibray, des Arcis, Saint-Martin; puis on arrivait à la porte Saint-Martin et de là au cimetière Saint-Nicolas; enfin, à Saint-Nicolas des champs (rue SaintMartin, n° 202) et à Saint-Martin des champs (Conservatoire des arts et métiers), en dehors des murs de la nouvelle enceinte.
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3° Le troisième itinéraire consistait à passer par la place Saint-Denys de la Chartre, la rue de la Peleterie (Pelleterie), l’église Saint-Barthélemy (ancien passage de Flore, rue de la Barillerie), le Grand-Pont, la place du Grand Châtelet (ou porte de Paris), la rue de la Selerie (en partie rue Saint-Denys), la Grande-Rue (rue Saint-Denys), la porte Saint-Denys qui conduisait à l’hôpital de la Trinité (rue Saint-Denys), la rue Guérin Boucel (Guérin Boisseau), se dirigeant vers la droite et aboutissant à Saint-Martin ces champs (Conservatoire des arts et métiers). Pour se transporter de l’église Notre-Dame dans les quartiers outre Petit-Pont (rive gauche), les notaires passaient par le marché Palu, le Petit-Pont qui débouchait sur la rue Saint-Jacques, la grande rue Benoiet (rue Saint-Jacques en partie), conduisant à la porte Saint-Jacques. La rue Saint-Jacques se nommait autrefois la Grande-Rue, et rue Saint-Benoît.
Le nom de Saint-Jacques fut donné à cette Grande-Rue, lorsque l’Ordre des Frères Prêcheurs (Dominicains) vint s’installer à Paris, selon Félibien, en 1217, le 12 septembre.
En 1228, d’après Sauval, sous le règne de Louis IX, les Frères Prêcheurs allèrent se loger au Parloir aux Bourjois (rue des Grès) ; Louis IX leur donna une chapelle sous l’invocation de Saint-Jacques; ils construisirent leur couvent près du Parloir aux Bourgeois dans le haut de la Grande-Rue, d’où cette rue prit le nom de rue Saint-Jacques, et l’on donna aux Frères Prêcheurs le titre de Jacobins !
Pour accéder du Petit-Pont à la rue de la Harpe (de la Cithare), on prenait la rue Saint-Séverin, le carrefour Panevère (carrefour formé par la jonction des rues de la Harpe, Mâcon, Saint-Séverin et de la Boucherie). On entrait alors dans la rue de la Harpe (ancienne rue Saint-Cosme) qui conduisait à la porte Gibet, Gibart ou Jubart ou d’Enfer (place Saint-Michel), et à l’ancien Parlouer aux Bourgeois qui se trouvait derrière le couvent des Jacobins (rue des Grès); on pouvait encore traverser la rivière au Port-l’Évêque (représenté en 1634 par les abords du Pont-aux-Doubles), derrière la maison de l’évêque, et gagner soit la place Maubert, soit la rue Sainte-Geneviève et les rues Saint-Victor et Saint-Ilaire (Saint-Hilaire).
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Le mardi 31 mars 1309.
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Les notaires se rendirent à la maison de Guillaume La Huce, rue du Marché-Palu, joignant l’Hôtel-Dieu (dans la Cité), où étaient détenus dix-huit Templiers.
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Les Frères déclarèrent qu’ils ne pouvaient délibérer en l’absence du grand maître.
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De là, les notaires vont à la maison du Temple de Paris, où étaient détenus soixante-quinze Templiers. L’établissement du Temple occupait tout le vaste espace borné par les rues du Temple (ancienne rue Sainte-Avoye), de Vendôme, Charlot et de la Corderie:
Sur l’emplacement de la maison du Temple, on a établi un grand marché où s’exerce aujourd’hui l’industrie des marchands à la toilette. et d’objets de ménage.
L’ancien domaine de Reuilly, que l'Ordre tenait de Mathieu de Beaumont, commençait à l’abbaye Saint-Antoine (hôpital Saint-Antoine) et s’étendait sur un espace d’environ trois cents arpents.
A la demande des soixante-quinze Frères détenus au Temple, les notaires écrivirent les observations suivantes, sous la dictée de Pierre de Bononia.
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Nous avons un chef, nous ne pouvons rien faire sans son autorisation, il nous est impossible de constituer mandataires, nous offrons de défendre l’Ordre et de comparaître en personnes devant la Commission. Tous les articles compris dans la bulle du Pape sont indécents, honteux; ils choquent le bon sens. Ils sont détestables, horribles, mensongers, faux, des plus faux et iniques. Ils ont été fabriqués dans l’ombre, suggérés par des ennemis de l’Ordre. La religion du Temple est pure, immaculée; ceux qui prétendent le contraire sont des hérétiques et des infidèles, fauteurs d’hérésie, cherchant à jeter la perturbation dans la religion.
Nous voulons défendre l’Ordre, par tous le; moyens. Pour cela nous demandons qu’on nous rende à la liberté. Nous demandons à nous présenter en personne au concile général; Ceux qui ne pourront s’y rendre enverront des adhérents. Les Frères qui ont déclaré vrais les faits mensongers articulés dans la bulle en ont menti; mais il ne faudrait pas sen prévaloir contre l’Ordre, car ils ont parlé par crainte de la mort, cela ne saurait préjudicier en rien à la religion du Temple et aux personnes. Il est, en effet, notoire que ces aveux ont été obtenus au moyen de la torture et des menaces; ceux qui assistaient à la question ont avoué suivant la volonté des bourreaux (dixerunt voluntatem torquencium). Le supplice d’un seul a causé la terreur de tous; il n’y avait d’autre moyen d’échapper aux tourments que celui de passer des aveux mensonger. D’autres ont été séduits par les prières, l’argent, les caresses et par de grandes promesses. Tout cela est public, notoire; nous demandons justice, pour l’amour de Dieu. Nous sommes opprimés injustement depuis longtemps. En bons et fidèles chrétiens, nous demandons l’administration des sacrements de l’Église; j’entends, pour moi et mes adhérents, défendre l’Ordre le mieux que je pourrai !
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Les notaires se rendirent le même jour à Saint-Martin des Champs, où étaient détenus treize Templiers:
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Qui firent entendre de nouvelles protestations d’innocence, et déclarèrent ne pouvoir constituer de mandataires avant de s’être concertés avec leurs supérieurs.
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Nous avons vu que Saint-Martin des Champs était, situé sur la rive droite de la Seine, en-dehors des murs d’enceinte. Nous savons qu’on y accédait par la porte Saint-Denys; l’emplacement de cette abbaye est occupé aujourd’hui par les bâtiments des Arts et Métiers.
Les notaires accédèrent ensuite à la maison autrefois occupée par l’évêque d’Amiens, près la porte Saint-Marcel, où se trouvaient quatorze Templiers.
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Ils déclarèrent que le lendemain, 1er avril, le Frère de Bononia se présenterait pour eux devant la commission.
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La porte Saint-Marcel se trouvait sur la rive gauche, outre Petit-Pont. Après avoir traversé le Petit-Pont, les notaires durent prendre la rue Guellànde (Galande), la place Maubert, la Croix-Hémon qui était située au carrefour formé par la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, les rues de Noyers, de Bièvre, de Saint-Victor, arrivèrent à la rue de la Porte-Saint-Marcel, enfin à la porte de ce nom, qui s’ouvrait à l’extrémité méridionale de la rue Descartes.
De là, les notaires se rendirent à la maison du comte de Savoie, sise au même lieu, où se trouvaient dix-sept Templiers. Interpellés,

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Ils répondirent qu’ils n’avaient pu encore se concerter.
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L’hôtel du comte de Savoie s’élevait près la porte Saint-Marcel; il ne faut pas le confondre avec l’hôtel de Pierre de Savoie, archevêque de Lyon, qui se trouvait devant le couvent des Frères Mineurs.
Les notaires se transportèrent à la maison de l’évêque de Beauvais, située entre Sainte-Geneviève et le couvent des Frères Prêcheurs, où se trouvaient vingt et un Templiers.
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Ces Frères déclarèrent qu’ils ne voulaient pas constituer de mandataires, et que chacun se défendrait comme il l’entendrait.

L’église et l’abbaye de Sainte-Geneviève touchaient l’église Saint-Étienne du Mont, les bâtiments de l’abbaye sont aujourd’hui occupés par le collège Henri IV, la bibliothèque Sainte-Geneviève et une partie du Panthéon; la rue Clovis passe sur l’emplacement de l’ancienne église. Les Frères Prêcheurs (Jacobins) avaient leur couvent près la porte Saint-Jacques. La maison de l’évêque de Beauvais était placée entre le couvent des Frères Prêcheurs.
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Le mercredi 1er avril 1309.
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Le Frère de Clichiaco fut amené, il déclara qu’il entendait soutenir la défense. Le choix de Pierre de Bononia comme défenseur était dangereux; car si l’on se reporte au procès-verbal de Guillaume de Paris, du 7 novembre 1307, il avait passé des aveux. Le choix de Reginald de Pruino n’était pas moins malheureux; car il avait avoué devant l’inquisiteur le même jour, 7 novembre 1307, qu’en entrant dans l’Ordre on faisait renier Jésus-Christ au profès.
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Le mercredi 1er avril 1309.
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Les notaires se transportèrent à l’abbaye de Sainte-Geneviève, où se trouvaient vingt Templiers.
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Ils déclarèrent constituer pour mandataires, à l’effet, non pas de défendre au ,fond, mais seulement de se concerter avec les autres Frères, Godefroy de Conaville, Guillaume de Chambonnet, de Blandesio, chevaliers précepteurs, et les Frères G. de Bléri, de Chantallone, Pierre Maliane, de Bruxeria, Raspit, Hélias Aymeric et Pierre de Longni;
Ils firent entendre leurs protestations. A ce moment, le Frère Hélias Aymeric remit au notaire, en son nom et pour ses adhérents, la cédule suivante. Nous en donnons la traduction en partie; on pourra juger de l’orthodoxie, de la piété naïve et sincère des Templiers qui la dictèrent.
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Les termes de cette cédule sont de nature à donner à réfléchir aux consciences les plus prévenues contre les Frères :
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Que la grâce du Saint Esprit nous assiste. Marie, étoile de la mer, conduisez-nous au port du salut. Ainsi soit-il. Seigneur Jésus, Christ saint, Père éternel, Dieu tout-puissant, sage Créateur, bienfaisant et cher dispensateur, très saint Seigneur Dieu, je vous supplie humblement de m’éclairer, de me rendre à la liberté, de me sauver, ainsi que tous les Frères du Temple, votre peuple chrétien qui est dans le trouble et l’angoisse. Secourez-nous, Seigneur, vous qui avez et d’où viennent toutes les vertus, la grâce et les dons du Saint-Esprit, afin que nous ayons les notions de la vérité et de la justice, afin que nous connaissions l’infirmité de notre chair, que nous acceptions l’humilité, afin que nous puissions mépriser la corruption du siècle, les vains plaisirs, l’orgueil et tous les maux qui en dérivent, ce qui nous donnera la force de remplir nos devoirs et d’exécuter vos ordres en toute humilité. Très- saint Seigneur, soyez notre soutien, protégez-nous contre le diable rugissant, contre tous nos ennemis, contre leurs embûches. Vous nous avez déjà sauvés par votre miséricorde, en mourant pour nous sur la croix. Défendez-nous, afin que nous puissions échapper à leurs intrigues; protégez votre Église sainte, éclairez les prélats, les docteurs, les recteurs et votre peuple chrétien, de manière que tous fassent votre volonté, le coeur pur, humblement, dévotement, et que nous suivions vos exemples, ceux des saints Apôtres et de vos élus, dans le but de parvenir à la vie éternelle et aux jours du Paradis. Éclairez, ramenez ceux qui n’ont point été régénérés par l’Esprit-Saint. Donnez à votre peuple la volonté, le pouvoir de recouvrer la Terre Sainte où vous êtes né, où se sont accomplis votre mission rédemptrice et vos miracles. Assistez vos fidèles, délivrez-nous pour nous mettre à même de faire votre volonté et de vous rendre nos services. Très miséricordieux Seigneur, votre religion (qui est toujours le Temple du Christ) qui a été fondée au concile général (de Troyes), en honneur de la bienheureuse et glorieuse Vierge Marie, votre Mère, par le bienheureux saint Bernard, votre confesseur; choisi pour cette affaire par la sainte Église romaine, qui organisa cette religion avec les autres membres du concile, avec le conseil de la Vierge Marie et en son honneur; votre religion est en ce moment prisonnière du roi de France, et sans aucun motif. A la prière de votre très glorieuse Mère, délivrez les Frères, sauvegardez leurs biens, vous qui êtes la vérité, Seigneur, et qui savez que nous sommes innocents. On nous a arraché des paroles iniques et fausses, à force d’oppressions et de tribulations (ayez pitié de nos prières, miserere), par la crainte de la mort, par la menace de la prison perpétuelle qui nous a été faite et transmise au nom du Pape; à cause de la faiblesse de la chair, nous avons passé des déclarations mensongères, de bouche seulement, avec une grande douleur, contre nos consciences... Éclairez, Seigneur, éclairez Philippe, notre roi, petit-fils de saint Louis, votre confesseur, auquel vous avez donné, à cause de ses mérites, un règne heureux. Éclairez tous les rois, princes, barons, chevaliers, tous ceux dont les fonctions consistent à rendre la justice; que, suivant vos préceptes, ils la rendent à tous, ainsi que la paix au peuple chrétien, et qu’ils nous aident à reconquérir la Terre Sainte. Accordez à nos parents, à nos bienfaiteurs, à nos Frères défunts ou vivants, le repos, la vie éternelle, Dieu qui vivez et régnez depuis les siècles des Siècles. Ainsi soit-il.
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Hélas,
Hélias Aymeric n’avait pas été entendu par Guillaume de Paris. Il ne fut pas entendu par la grande commission. Il est probable que, comme les principaux défenseurs de l’Ordre, il fut condamné par le concile de Sens. Son crime impardonnable consistait surtout en ce qu’il portait avec rigueur les cordelettes.

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1er avril 1309.
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Le même jour, 1er avril, les notaires se rendirent à la maison de Sainte-Geneviève, où étaient détenus à part sept Templiers.
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Ils déclarèrent qu'il leur était impossible de constituer mandataires sans la permission du grand maître, auquel ils devaient obéissance.
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Ledit jour, les notaires se transportent à la maison du prieur de Cornay, où étaient détenus vint et un Templiers;
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ils déclarèrent qu'ils ne pouvaient constituer mandataires sans le consentement du grand maître et de leurs supérieurs. Ils protestèrent que si le grand maître ne voulait pas défendre l'Ordre, ils le défendraient de leurs personnes autant qu'ils le pourraient.
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De là les notaires vont à la maison d'Étienne le Bergonho de Serène, sise rue de la Harpe (vicus Cithare), où étaient détenus douze Templiers qui leur font la même réponse. Le même jour, on amena devant la commission les Frères de Pruino, de Bononia, de Chambonnet, de Sartiges et Robert Yigerii. Il leur fut demandé sils étaient parvenus à obtenir des Frères de constituer mandataires, et sils avaient à dire quelque chose. Le Frère de Pruino présenta et lut aux commissaires la cédule suivante:
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En votre présence, mes Révérends Pères et Seigneurs, moi Frère Réginald de Pruino, précepteur de la maison du Temple d'Orléans, en mon nom, et au nom de mes adhérents, je déclare que nous voulons défendre l'Ordre, me réservant de faire valoir, en temps et lieu, tous moyens, toutes exceptions de fait et de droit, et d'agir en conséquence, dans l'intérêt de la défense. Je déclare que si je touche au procès, j'entends qu'il n'en soit rien tiré qui puisse préjudicier à moi et à mes adhérents. Je n'ai pas l'intention de plaider au fond, de contester, car je suis dépouillé et sans conseil. Je déclare que je n'ai pas l'intention de dire ou de faire une proposition contre notre Saint Père le Souverain Pontife, contre le Saint-Siège, ni contre la personne de l'excellent roi de France et ses fils. Quant à constituer des mandataires, je vous réponds, Révérends Seigneurs, que sans nos supérieurs, que sans notre couvent, nous ne pouvons constituer mandataires. C'est pourquoi nous vous supplions que notre grand maître, les maîtres de France, d'Aquitaine, de Chypre, de Normandie, et tous les Frères qui sont sous la garde du Roi, soient remis entre les mains de l'Église, de manière que les gens du Roi et ses ministres. ne puissent se mêler de cette garde, parce que nous savons que nos Frères n'osent pas consentir à défendre l'Ordre à cause de la terreur qu'ils leur inspirent, à cause des séductions et fallacieuses promesses auxquelles nos Frères sont en butte; parce que tant que durera cette cause, toutes les déclarations seront fausses, et cessant la cause (cessante causa), nos Frères adhéreront à moi et à la défense, consentiront à choisir des fondés de pouvoirs, et s'ils n'adhèrent pas, je demanderai le consentement du grand maître, pour suppléer à leur refus et à leur négligence. Je demande qu'on nous donne les sommes nécessaires pour payer les dépenses des mandataires et les honoraires des avocats; qu'on nous fournisse ce qui est indispensable pour procéder et soutenir le procès. Je demande sécurité, sauvegarde, pour les mandataires, les avocats, pour moi, et mes adhérents. Je demande que les Frères qui ont jeté l'habit de l'Ordre et qui tiennent chaque jour des propos scandaleux, soient placés sous la main de l'Église et sous bonne garde, jusqu'à ce que l'on sache si leur témoignage a été vrai ou faux, parce que je sais qu'ils ont été corrompus par prières et à prix d'argent. Je demande qu'on interroge ceux qui ont assisté aux derniers moments de nos Frères, et surtout les prêtres qui ont entendu leur dernière confession, afin de savoir s'ils sont décédés après avoir déclaré quelque chose pour ou contre l'Ordre. Je dis, Révérends Pères, que vous ne pouvez procéder juridiquement contre l'Ordre que dans trois cas seulement, savoir:
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1° Par voie d'accusation. Alors je demande que vous fassiez venir devant vous l'accusateur, et qu'il soit obligé par la loi du talion (et seobliget ad poenam talionis), qu'il prenne garde aux suites de ce procès et aux conséquences des dépens.
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2° Je dis que si vous entendez procéder par la voie de la dénonciation, le dénonciateur ne doit pas être entendu, parce qu'avant de dénoncer ses frères, il devait les avertir de se corriger, ce qu'il na pas fait.
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3° Si vous voulez procéder d'office, je ferai valoir, pour moi et mes adhérents, tous moyens et toutes défenses, et j'entends faire toutes réserves sur ce point.
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On remit ensuite aux commissaires une autre cédule adressée par les Templiers détenus à Saint-Martin des Champs. En voici la teneur:
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Véchi les noms des Frères deu Temple qui sunt à Saite Martin des champs, en la garde de Guillaume Latengni : c'est à savoir Frère tenant Delanères chevalier, Mesier Guillaume de Routengni prêtre, Mesier Robert de Comber prestre, Mesier Robert de Glorenflore, Philippe de Mauri, Frère Guillaume de la Plache, Frère Henrici de Compigne, Frère Johan de Bolencourt, Légris, Frère Jahan de Saint-Just, Frère Michel Monbet dAmiens, liquels ont respondu à clercs qui nous furent envoié de pars nous segnors les prélats, que il ne feront procureur fors que chascun pour li en sa personne, et accomfortant nos requestes et nos défenses que le dit clerec ont, vers eu (eux); nos requerins à avoir le conseil de messire Renaut de Pruvins (Pruino), de messire Pierre de Bonogna, prestres, de Frère Guilleme Chambonnet chevalier, et de plusieurs autres, si comme il fut accorté de nos ségnurs les prélas à veiir par les prisons; (quar nous sommes gens laïecs, simples illettrés par opposition aux clercs), si vous prions pour Dieu que se il ia temps, ou pourveu que il ne nous puie torner en nul préjudice, et par Deu que nous aiens lÉglise comme bonne gent, et pour Dieu, que nos gages nos soient creu quar il sont trop petit.
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J'ai laissé volontairement les fautes d'orthographe, les templiers, les notaires, les clercs faisaient eux aussi des fautes.
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On laissait ces hommes manquer du nécessaire; nous entendrons d'autres plaintes. La faim, la misère venaient en aide à la torture.
Après cette lecture, les commissaires s'ajournèrent au vendredi 3 avril, et invitèrent les notaires à continuer leur transport auprès des divers Templiers qui s'étaient offerts à la défense, détenus, et ce afin de leur demander sils avaient fait choix de fondés de pouvoirs.
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Le mercredi 1er avril 1309.
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En conséquence, le même jour mercredi 1er avril 1309, après dîner, les notaires se rendirent à la maison de l'abbé de Latignac, près la porte du Temple, où étaient détenus onze Templiers.
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Ils déclarèrent qu'ils ne pouvaient constituer mandataires, sans consulter leurs supérieurs, qu'ils étaient prêts, que chacun était prêt en particulier à défendre pour soi. Ils ajoutèrent que ni la torture, ni les promesses, n'ont fait avouer à aucun deux les erreurs reprochées à l'Ordre. Ils choisirent quatre d'entre eux pour parler et répondre devant la commission, sans vouloir toutefois leur donner qualité ou mandat de défendre l'Ordre au fond, avant de s'être concertés avec les autres Frères. Ils demandèrent de l'encre et du parchemin pour écrire leurs moyens de défense.

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(La porte du Temple était située près de l'hôpital Sainte-Avoye, entre la rue Geoffroy-Langevin et la rue de Braque .)
Le même jour 1 avril, 1309, les notaires se transportent à la maison de Leurage dite Rabiosse ou de la Ragera, maison de Jean de Calino de Paris; ils y trouvent onze Templiers.
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Les Frères renouvelèrent leurs protestations d'innocence et de dévouement à l'Ordre; ils déclarèrent qu'ils ne voulaient pas constituer mandataires avant de s'être concertés avec les autres Frères.
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Delà les notaires accèdent à la maison de Richard de Spoliis, rue du Temple, où se trouvaient quarante-sept Templiers.
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Ils déclarent qu'ils ne peuvent constituer de fondés de pouvoirs sans la permission du grand maître, et sans avoir au préalable consulté. les demandent que ceux d'entre eux qui décéderont soient enterrés en terre sainte, comme de fidèles chrétiens.
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Le jeudi 2 avril 1309.
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Le 2 avril 1309, les notaires se rendent à l'abbaye de Sainte-Magloire de Paris, où se trouvaient douze Templiers;
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Ils déclarèrent ne pas vouloir constituer mandataires. Chacun pour soi, corps et âme, défendra l'Ordre, tel qu'il a été fondé et confirmé par l'autorité apostolique.
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De là les notaires vont à la maison de Nicolas Hondrée, sise rue des Frères Prêcheurs de Paris, où étaient détenus dix Templiers.
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Ils refusèrent de constituer mandataires sans l'autorisation du grand maître, sous l'obéissance duquel ils étaient placés. Ils entendent pratiquer la religion de l'Ordre jusqu'à la mort. Celui-là n'est pas vrai chrétien, vrai Templier, qui dit que l'Ordre est mauvais. Ils déclarent être prêts à s'expurgier. Nous expliquerons plus loin ce que l'on entendait alors par ce moyen de procédure "s'expurgier".
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Les notaires se présentent ensuite à la maison de Jean le Grant, sise près la pointe Saint-Eustache; là ils trouvent trente Templiers.
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Les Frères déclarent qu'ils ne peuvent rien faire sans la permission du grand maître. Chacun défendra pour son compte.
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De là les notaires accèdent à la maison de Ocréa, près la croix du Tirol, rue Saint-Christophe, où étaient détenus treize Templier.
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Ils déclarent qu'ils n'ont point à constituer mandataires, parce qu'ils n'ont pu communiquer avec leurs supérieurs. Chacun défendra personnellement chacun pour soi.
Quand on nous appliquait à la torture, à la gêne, on ne nous demandait pas si nous voulions constituer des représentants.
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Ensuite, les notaires se rendent à la maison de Robert Anudei, sise rue de la place aux Porcs. Sept Templiers étaient détenus dans cette maison.
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Ils déclarèrent ne pouvoir constituer mandataires sans s'être concertés avec les autres Frères. Ils veulent s'entretenir et délibérer avec R. de Pruino.
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Les notaires vont à la maison de Blavot, près la porte Saint-Antoine, où se trouvaient treize Templiers.
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Qui font la même réponse, ajoutant qu'ils ne voyaient comme parties adverses que le Pape et le Roi avec lesquels ils ne voulaient pas plaider. Ils demandèrent les sacrements de l'Église.
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A la maison de Guillaume de Marcillhiac, près la porte Saint-Antoine, les notaires interpellent neuf Templiers détenus.
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Ils font la même réponse, et ils ajoutent : Nous combattrons contre quiconque jusqu'à la fin pour la défense de l'Ordre, manu tenebunt usque ad finem.
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Puis les notaires se rendent à la maison de Jean de Chaminis, rue de la Porte Baudoyer (Bauderii), où se trouvaient sept Templiers.
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Ils refusent de constituer mandataires sans l'autorisation du grand maître. Ils déclarent qu'ils n'ont rien à écrire à la commission, ils n'ont rien vu ni su que de bien dans l'Ordre.
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Le même jour, les notaires vont à la maison de l'abbé de Tiron, rue de la Porte Baudoyer, où étaient détenus huit Templiers.
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Ils déclarent qu'ils sont laïques et simples; ils ne peuvent constituer mandataires, ils feront comme les autres Frères de l'Ordre.
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Les notaires vont à la maison de l'abbé de Prulhaco, rue de la Monteclarie (Mortellerie), où se trouvaient vingt-sept Templiers.
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Ils déclarent que d'après ce qui avait été entendu et dit le 28 mars dernier dans le jardin de l'évêque, les Frères R. de Pruino et de Bononia devaient venir vers eux aux fins de délibérer. Ils ne les ont pas vus. Ils demandent les conseils des dits Frères. Ils demandent un chapelain qui sera payé sur les biens du Temple, quoique jusqu'à ce jour ils laient payé sur leurs gages. Quelques-uns d'entre nous, disent-ils, ont été dépouillés de leurs vêtements; nous demandons qu'on les leur restitue.
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Le 2 avril 1309.
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Ledit même jour 2 avril 1309, les notaires se transportent à la maison de Jean Rosselli, l'hostel Jehan Rossiau, près de l'église Saint-Jean en Grève, où se trouvaient détenus vingt-huit Templiers.
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Ils déclarent qu'ils n'ont pas reçu la visite de R. de Pruino et de P. Bononia. Ils veulent se concerter avec eux et avec leurs supérieurs. lis feront après cela ce qu'ils jugeront bon. II sont, ici, séparés en deux catégories, ils demandent la faculté de se réunir afin de délibérer et de se concerter pour la défense. Le Frère Aymo de Pratini, l'un d'entre eux, demanda à sortir de l'Ordre et à entrer dans une autre religion, parce qu'il ne se plaisait plus dans celle du Temple. Il veut être conduit devant la commission, au moins devant l'évêque de Limoges.

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Procès  -  Acte 3