Clément monnaye sa Tiare contre l'Ordre du Temple.
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L'Élection de B de Got | Des messagers. | l'annulation des bulles |
Les tractations | Les révélations | Le couronnement | Les Colonna | L'annulation Unam Sanctam
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Élection de Bertrand de Got le 5 juin 1305.
Il
y avait alors à Bordeaux un archevêque du nom de Bertrand de Got,
avide d'honneurs, de pouvoir et d'argent, Bertrand de Got était du
nombre des compétiteurs à la tiare; il avait attiré l'attention du
Sacré Collège en sa qualité d'adversaire résolu de l'appel au futur
concile. Bertrand de Got avait été l'ami de jeunesse de Philippe le
Bel.
Philippe le Bel jeta son dévolu sur le personnage, qu'il savait
passionné et ambitieux, avec lequel il lui serait facile de s'entendre.
Le Roi fit savoir à l'archevêque de Bordeaux qu'il userait de toute
son influence pour le faire élire pape. L'affaire fut faite avec
Bertrand de Got.
Depuis une année environ, les cardinaux réunis à Pérouse, enfermés,
conformément aux prescriptions d'une constitution du pape Grégoire X,
ne pouvaient parvenir à se mettre d'accord, à formuler un choix; l'or
de Philippe le Bel, les intrigues de Pierre Colonna, l'intervention du
cardinal de Prato, Nicholaus Pratensis, ancien évêque de Spolète, dévoué
à la France, eurent raison des hésitations. Après une année de délibérations
et de douce captivité, les cardinaux finirent par s'entendre et élurent
Bertrand de Got, le 5 juin 1305, veille de la Pentecôte.
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Des messagers à l'archevêque de Bordeaux.
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Le
Roi envoya des messagers à l'archevêque de Bordeaux; une lettre de ce
prélat devenu pape, en date du 13 octobre 1305, dont nous allons
reproduire le texte, ne laisse aucun doute sur ce point. Il n'y eut pas
de conditions dictées par le Roi en personne ou en son nom; mais
Bertrand de Got fit aux ambassadeurs des promesses, les unes réalisables,
d'autres tellement graves qu'elles étaient difficiles, sinon
impossibles à tenir. Ces promesses imprudentes rivèrent le Pape aux
volontés et aux caprices de Philippe; d'où une série d'actes auxquels
Clément V fut forcé de donner son adhésion et son concours, au mépris
de la dignité et des droits du Saint-Siège.
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Philippe voulait l'annulation des bulles de Boniface.
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Philippe
le Bel voulait la radiation des expressions injurieuses qui abondaient
dans les diverses bulles et constitutions de Boniface VIII; c'était ce
qu'il exigeait par-dessus tout. Le Roi voulait la condamnation, par Clément
V, des doctrines de Boniface consignées dans la constitution Unam
sanctam. Il demandait la condamnation de Boniface VIII lui-même comme hérétique;
il voulait la destruction du Temple, sujet de l'Église, et la
confiscation des biens de l'Ordre à son profit.
Une promesse inouïe aurait été faite par l'archevêque de Bordeaux,
l'abolition entière de la mémoire de Boniface VIII. Les plus anciens
écrivains sont unanimes sur ce point; il reste la prétendue sixième
grâce. S'agit-il, de la destruction de l'Ordre du Temple ? S'agit-il de
la nomination d'un des fils de Philippe le Bel, comme roi de Jérusalem
? Cette idée vint à l'esprit des conseillés de Philippe, lorsqu'on
agita la question de la destination à donner aux biens du Temple, à
leur emploi.
Philippe envoya de nouveaux ambassadeurs, à Bordeaux, pour reprendre
les négociations. Ces négociations avaient un double objet, la
condamnation de la mémoire de Boniface VIII et la suppression de
l'Ordre du Temple avant les fêtes du couronnement vers le 10 août
1305.
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Les tractations entre Philippe et Bertrand de Got.
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Il
est exact de dire que les envoyés, de Philippe le Bel traitèrent à
Bordeaux, avant l'élection de Bertrand de Got. Le nouveau Pape et le
Roi durent échanger une correspondance très intime; car ils se jurèrent
de garder le secret le plus absolu. Cependant Philippe le Bel, dans une
lettre, pria Clément V de l'autoriser à en parler à trois ou quatre
de ses conseillers. Le Pape répondit au Roi qu'il s'en rapportait à sa
discrétion. On n'écrit pas ainsi, lorsqu'on n'a pas pris des
engagements qu'on ne saurait avouer publiquement.
Voici le texte de cette lettre :
Quant à certains points . que nous avons traités avec tes ambassadeurs
officiels, 'L'Archevêque de Narbonne, Gille Aiscelin, et Pierre de
Latiliac' et qui devaient rester secrets pour toi et pour eux, tu nous
as demandé par ta lettre l'autorisation d'en faire part à deux ou
trois personnages; nous t'autorisons à le faire cette communication à
trois ou quatre personnes, nous en rapportant à ta circonspection
royale. Nous savons que tu ne feras ces révélations qu'à ceux que tu
reconnaîtras comme pleins de zèle et d'affection pour notre honneur et
le tien.
Il ne faut donc plus en douter, l'archevêque de Bordeaux et Philippe le
Bel s'étaient réunis dans une même pensée, mais par des motifs différents.
Clément V saisissait l'occasion de châtier des sujets qui avaient osé
adhérer à l'appel au futur concile contre un pape, le maître, le père
de leur religion. Le Roi voulait sacrifier l'Ordre à ses jalousies, à
ses défiances, à ses convoitises, s'emparer de ses biens, les faire
rentrer sous sa main, dans son domaine, et frapper l'Église de Rome.
Harcelé par Philippe le Bel, le Pape se trouva acculé, forcé de
prononcer la dissolution, la cassation de l'Ordre; toutefois le Saint-Siège
sut conserver à l'Église la plus grande partie des possessions considérables
du Temple, en les adjugeant aux Hospitaliers.
Clément V écrivait au Roi, le 18 novembre 1309 :
'Tu as souvenir de ce que nous avions décidé il y a longtemps, pour
terminer cette affaire; nous te donnons avis que le Frère Guillaume, de
l'Ordre des Prêcheurs, docteur en théologie, notre chapelain, porteur
de ma lettre, n'a pas été mis au courant, et que nous ne voulons pas
que tu t'en ouvres en quoi que ce soit avec lui. Clément avait promis
au Roi d'abolir toutes les bulles, tous les actes et décrets de
Boniface. On ne se trompe donc pas en disant que le procès à la mémoire
de Boniface, la question de la suppression de l'Ordre du Temple, furent
choses traitées entre Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux et les
ambassadeurs de Philippe le Bel, avant l'élection, au cours de l'élection,
depuis l'élection, avant le couronnement.
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Les premières révélations sur les Templiers.
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Avant de se rendre à Lyon pour assister aux cérémonies du couronnement, Philippe aurait reçu, s'il faut en croire, d'étranges révélations; il s'agissait de pratiques hérétiques, de mauvaises meurs, d'apostasie qu'un Templier, chassé de l'Ordre et emprisonné à Paris
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Le Couronnement de Clément V.
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Le
nouveau Pape quitta Bordeaux pour se rendre à Lyon, il avait convoqué
tous les cardinaux. Le couronnement s'accomplit en grande pompe, le 14
novembre 1305, en l'église de Saint-Juste.
Philippe le Bel, ses frères Charles et Louis, et le duc de Bretagne,
assistèrent à cette solennité. Après la cérémonie, le Pape fut
reconduit à son palais. Le Roi, voulant donner une preuve d'humilité,
était à pied, tenant la bride du cheval monté par Clément V. Le
Grand maître du Temple Jacques de Molay n'assista pas au couronnement;
il se trouvait à chypre en 1306 et ne vint en France qu'en 1307. Au
moment du passage de la procession, un mur s'écroula sous le poids de
la multitude qu'il portait : le duc de Bretagne fut écrasé, il mourut
le 18 novembre; Charles de Valois fut grièvement blessé, le Pape fut
renversé de cheval, sa mitre fut brisée, le cardinal Mathaeo des
Orsinis, Gaillard de Got, frère du Pape, furent tués, beaucoup de
personnes furent blessées ou tuées. Cette journée de joie, nous dit
Nangis, fut changée en journée de deuil, de larmes et de confusion. Le
lendemain, à la suite d'une querelle entre les gens du Pape et les gens
des cardinaux italiens, le second frère du Pape perdit la vie.
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Les Colonna.
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A
la demande du Roi, Jacques et Pierre Colonna furent réintégrés dans
leurs dignités de cardinaux. Clément accorda pour la guerre de Flandre
les décimes ecclésiastiques pendant trois ans, pourvut de bénéfices
les chapelains du Roi et ceux de son frère et de ses fils, créa
dix-huit cardinaux nouveaux, et en envoya deux à Rome pour conserver,
la dignité sénatoriale. Le Pape fit promettre au Roi que la Monnaie
qui était faible, il la mettrait en un état convenable. La réalisation
de cette promesse sera cause, en 1306, d'une sédition à Paris qui déterminera
le Roi à mettre à exécution ses projets contre le Temple.
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Clément
donna une première satisfaction à Philippe, en déposant l'évêque
d'Arras, Gérard Pigalotti, créature de Boniface VIII. En même temps,
le Pape sacrifiait à un sentiment personnel de haine et de vengeance
Gauthier de Bruges, évêque de Poitiers, qui lui avait contesté le
titre de primat d'Aquitaine, alors qu'il n'était qu'archevêque de
Bordeaux. Le nouveau Pape déposa l'évêque de Poitiers, le renvoya au
cloître des Franciscains.
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L'annulation de la constitution Unam Sanctam.
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Philippe
quitta Lyon après les fêtes de Noël de l'année 1305, et traversa la
France. Le 20 janvier suivant, Clément sortit de Lyon et s'en retourna
dans son pays, c'est-à-dire à Bordeaux. Avant de quitter Lyon, Clément
annula la constitution Unam sanctam, que son prédécesseur Boniface,
avait lancé contre Philippe le Bel et le royaume de France :
'Nous ne voulons pas que la constitution, la déclaration du pape
Boniface VIII notre prédécesseur puisse porter aucun préjudice au Roi
et au royaume. Nous n'entendons pas que le Roi, le royaume et les soient
soumis à l'Église plus qu'ils ne l'étaient avant cette constitution;
tout restera en l'état comme avant. La bulle Clericis laicos fut modifiée
un an plus tard. Le Pape déclara révoquer cette bulle comme
pernicieuse, comme ayant été la cause de grands dangers, de grands
scandales qu'il fallait faire cesser au plus tôt, afin d'en éviter les
redoutables conséquences Clément fit effacer sur les registres du
Vatican les phrases attentatoires aux droits, à l'honneur du royaume et
du Roi, tout ce qui avait rapport à la soumission du temporel.
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Le
Pape en quittant Lyon se dirigea vers Bordeaux, après la fête de la
purification de la Vierge, visita Cluny, Mâcon, Dijon, Nevers, Bourges
et Limoges; il mit à forte contribution les églises et les monastères
qu'il rencontra sur son passage. Ces exactions causeront l'indignation générale,
et soulevèrent contre Clément V des plaintes dont il eut à se défendre
:
Nous sommes hommes, écrivait-il à Philippe le 27 avril 1306 dans le
but de se disculper; nous vivons parmi les hommes, nous ne pouvons tout
voir. Nous n'avons pas le privilège de la divination. Il y avait
cependant une chose qu'il était permis à Clément de savoir, c'est
que, durant son séjour à Lyon, il a été extorqué des sommes énormes
aux abbés et aux évêques de France qui, pour les besoins de leurs
affaires, s'étaient rendus à sa cour.
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