LES JUGES
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La machination de Philippe le Bel et de ses
conseillers.
à l'encontre du Pape Boniface VIII.
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Une
nouvelle assemblée de prélats et barons se réunit au Louvre, le 12
mars 1303, en présence du Roi. Guillaume de Plasian, un de ses
conseillers, donna lecture d'une série d'imputations odieuses dirigées
contre la moralité du Pape:
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Il est hérétique.
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Il ne croit pas à l'immortalité de l'âme, ni à la vie éternelle.
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Il a dit qu'il aimerait mieux être chien que Français.
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Il ne croit pas à la présence réelle dans l'Eucharistie.
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Il prétend que la fornication n'est pas un péché.
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Il a approuvé un livre d'Arnaud de Villeneuve, lequel a été censuré et brûlé.
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Il s'est fait élever des statues dans les églises pour se faire adorer.
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Il a un démon familier qui le conseille;
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Il consulte les devins.
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Il a prêché publiquement que le Pape ne peut commettre de simonie.
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Il fait trafic des bénéfices;
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Il veut mettre la guerre partout.
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Il a dit que les Français sont des patarins.
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Il a commandé des meurtres.
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Il a forcé des prêtres à révéler des confessions.
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Il a nourri une haine cruelle contre le roi de France; on l'a entendu dire, avant d'être pape, que s'il le devenait, il ruinerait la Chrétienté ou il détruirait la fierté française.
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Il a empêché la paix entre la France et l'Angleterre.
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Il a pressé le roi de Sicile de faire mourir tous les Français.
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Il a confirmé le roi d'Allemagne à condition de réduire la superbe des Français qui se vantaient de ne pas reconnaître de supérieur au temporel, en quoi ils mentaient par la gorge. Que si un ange lui disait que la France ne lui est pas soumise, à lui et à l'Empereur, il lui crierait anathème.
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Il a causé la ruine de la Terre sainte, ayant pris tout l'argent qui y était destiné, pour le donner à ses parents, dont il a fait des marquis, des comtes et des barons, et auxquels il a fait bâtir des châteaux.
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Il a expulsé la noblesse de Rome, il a rompu des mariages.
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Il a créé cardinal un de ses neveux qui n'est qu'un ignorant et qui était marié; il a forcé sa femme à prendre le voile dans un couvent.
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Il a fait périr en prison Célestin, son prédécesseur.
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Philippe
le Bel qualifiait d'intrus Boniface VIII ; la plupart des historiens
attestent que Boniface avait forcé son prédécesseur, Célestin
(Pierre de Murrone), à renoncer à la tiare, et qu'il le séquestrera.
La question de savoir si un pape pouvait se démettre du souverain
pontificat était très contestée; Philippe le Bel était d'avis que Célestin
n'avait pu se démettre; Boniface se chargea de la résoudre par une
bulle de 1296, qui permit aux souverains pontifes de renoncer à la
papauté.
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Le
13 août 1303, Boniface lança une nouvelle bulle connue sous le nom de
"Per processus nostros", aux termes de laquelle il déclarait
le Roi excommunié, s'il persistait à ne pas se soumettre : rien de
plus irritant que ces agissements de Boniface, qui a toujours la menace
à la bouche.
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Philippe
le Bel fit arrêter à Troyes et mettre en prison Nicolas Bienfaite,
archidiacre de Coutances, porteur de cette bulle; les agents du Roi la
lui enlevèrent.
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Les
13 et 14 juin 1303, une grande assemblée eut lieu au Louvre; elle ne
comprenait pas les députés des trois ordres; elle se composait de cinq
archevêques, de vingt et un évêques, de onze abbés et de trois
prieurs, dont un de l'0rdre du l'Temple, Hugues de Payrando, grand
visiteur de France, en grand honneur auprès de Sa Majesté, et un autre
de l'Hôpital. Nous ne parlons ni des comtes ni des barons; le Roi était
présent en personne. Philippe fut supplié, en sa qualité de champion
de la foi, de travailler à la convocation d'un concile général; c'était
ce que le Roi demandait.
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Il
importe de constater tout de suite que l'Ordre du Temple donna son adhésion,
nous ne disons Pas qu'il approuva les chefs d'inculpation outrageants,
calomnieux, diffamatoires, dirigés contre les mœurs et l'orthodoxie du
Pape; mais ce qu'il faut retenir, c'est qu'en présence des menaces
adressées à la France et au Roi, l'Ordre du Temple vota l'appel au
futur concile.
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Le
1 juillet 1303, Boniface riposta par la bulle dite, "Juxta verbum
propheticum proeceptum a Domino". Le Pape exalte sa haine contre la
France, contre le Roi; il démembre le royaume. Il ordonnait aux nobles,
aux Eglises, aux Ordres de Cîteaux, de l'Hôpital, du Temple, de
Calatrava, à l'Ordre Teutonique, aux communes des métropoles de Lyon,
de Tarentaise, d'Embrun, de Besançon, d'Aix, d'Arles et de Vienne, de
la Bourgogne, de la Lorraine, du Barrois, du Dauphiné, de la Provence,
du comté de Forcalquier et de la principauté d'Orange, du royaume
d'Arles, qui relevaient de l'Empire, de rompre les liens de vassalité
et d'obéissance qu'ils avaient pu contracté au détriment de
l'Empereur, et les déliait des serments de fidélité quels avaient pu
prêter au Roi. Le traité de Vaucouleurs, en ce qui concernait le
protectorat des villes de la rive gauche du Rhin, était anéanti.
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Ce
qui suit est de la plus haute importance et prouve encore s'il en est
besoin que l'Ordre du Temple n'a jamais démenti le pouvoir du roi.
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Les
adhésions à l'appel au future concile furent données dans les
conciles provinciaux. Elles furent unanimes, y compris celles de l'Ordre
du Temple. Au états de Languedoc, convoqués à Montpellier, le Frère
Bernard de Rocha, commandeur de Vaor, représentant le précepteur de
Provence, adhéra à l'appel et déclara qu'au nom de tous les
Commandeurs Templiers de Provence, il en appelait contre Boniface,
renouvelant ainsi les protestations du grand visiteur Hugues de Payrando.
Le Roi obtint avant la fin du mois de septembre 1303 plus de sept cents
actes d'adhésion, tant de la part des prélats, églises, monastères
et couvents de l'un et de l'autre sexe, que de celle des divers barons
et des peuples du royaume. Les universités de Paris et de Toulouse adhérèrent
à l'appel. Il est curieux de voir des couvents de femmes, des abbesses
donner aussi cette adhésion. Le patriotisme de tous se montra;
toutefois l'Ordre de Cîteaux, l'Ordre des Frères prêcheurs de
Montpellier refusèrent leur adhésion. Les religieux étrangers qui résistèrent
furent expulsés du royaume. Tout le monde, nous dit Frachetio, adhéra,
à l'exception de l'abbé de Cîteaux, Jean de Pontoise. Il fut forcé
de quitter l'Ordre et de se retirer, à cause du dommage que le Roi et
ses agents causèrent aux religieux depuis ce refus. Il fut remplacé
par Henri, abbé de Jouy. Ce fait est relevé en ces termes par
"Walsingham, dans l'Histoire d'Edouard le Roi, irrité de ce que
l'abbé de Cîteaux n'avait pas consenti à l'appel à ce futur concile
contre Boniface, persécuta tous les monastères de l'Ordre".
L'abbé de Cîteaux ne fut pas seul à protester; les abbés de Cluny et
de Prémontré agirent de même : Philippe les fit incarcérer.
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Nous
avons fourni la preuve que l'Ordre du temple ne s'était pas rangé
parmi les ennemis de Philippe le Bel, au cours de ses différends avec
Boniface VIII. Il faudra donc trouver d'autres causes à la haine du Roi
contre l'Ordre. Il nous suffit d'avoir prouvé à présent, que les
Templiers donnèrent adhésion à l'appel au futur concile, et qu'ils se
montrèrent en cette occasion solennelle fidèles défenseurs des droits
du Roi et du royaume.