LE PROCÈS. Acte 4
.
Du dimanche 10 mai 1310 au 3 novembre 1310.
.
Le
dimanche 10 mai 1310.
.
L'enquête
prit une allure de gravité émouvante, terrible. On va voir que la
commission d'enquête fut débordée par les politiciens qui étaient à
la dévotion de Philippe le Bel. Les Frères de Bononia, de Pruino, de
Chambonnet et de Sartiges demandèrent à être conduits d'urgence
devant les commissaires.
Arrivés devant eux, Pierre de Bononia prit la parole en ces termes :
.
Nous
avons entendu dire, nous craignons qu'il ne soit vrai que l'archevêque
de Sens et ses collègues doivent se réunir demain en concile
provincial, pour faire le procès à beaucoup de nos Frères qui se sont
offerts à la défense, pour les forcer à s'en désister, pourquoi nous
avons formé un appel que nous voulons lire en présence de la
commission.
.
A
quoi l'archevêque de Narbonne répondit qu'il n'appartenait pas aux
commissaires de connaître de cet appel qui n'était pas dirigé contre
une décision de la commission, mais qu'on était prêt à entendre ce
qu'il plairait aux comparants de dire, pour la défense de l'Ordre.
.
A
ce moment, P. de Bononia présenta la cédule qui suit :
.
Au
nom du Seigneur. Ainsi soit-il.
Nous, P. de Bononia, R. de Pruino, Chambonnet et de Sartiges, en notre
nom et au nom de nos adhérents, présents et à venir. Nous avons de
graves raisons de craindre que l'archevêque de Sens et ses collègues,
archevêques, prélats de France, ne se réunissent pour juger les Frères
qui se sont offerts à la défense; et ce, contrairement aux règles du
droit, pendant que vous-mêmes procédez à votre enquête contre
l'Ordre. Nous avons recours à l'appel, car votre enquête se trouverait
entravée si aucune exécution était pratiquée contre lesdits défenseurs.
Nous en appelons au Pape et au Saint-siège, tant de vive voix que par
écrit. Nous mettons notre droit sous la protection du Saint-siège,
nous en appelons aux Apostoles, nous les demandons avec la plus grande
instance Nous demandons conseil de savants pour corriger la forme de
notre présent appel, s'il est besoin. Nous demandons à être conduits
en toute sûreté devant le Pape, dans le délai nécessaire. Nous
protestons que nous voulons procéder comme de droit. Pourquoi nous vous
supplions, Révérends Pères, de vouloir bien informer l'archevêque de
Sens et ses collègues qu'ils aient à s'abstenir de procéder. Nous
vous supplions d'intervenir, afin que nous puissions nous présenter
devant ledit archevêque dans le but de lui faire connaître notre
appel. Nous vous supplions de nous faire assister de deux notaires qui
signifieront notre acte d'appel. Nous demandons que tous les notaires,
ici présents, en dressent l'acte public. Nous vous supplions de le
faire signifier.
.
L'acte
fut remis aux mains des membres de la commission; puis les quatre Frères
susnommés se retirèrent.
.
Après
avoir entendu lecture de la cédule ci-dessus, l'archevêque de Narbonne
quitta l'assemblée, en disant qu'il allait célébrer ou entendre la
messe !
L'embarras de l'archevêque de Narbonne, le conseiller intime de
Philippe le Bel, était grand; on ne doit pas être surpris de le voir
se dérober. En effet, au mois de septembre 1298, l'archevêque de
Narbonne avait concouru à une ordonnance du Roi qui décidait que les hérétiques
ou leurs fauteurs, condamnés par les évêques ou les inquisiteurs de
la foi, seraient punis sans retard par le bras séculier, et ce
nonobstant appel. Les commissaires décidèrent qu'il en serait délibéré,
dans le courant de la journée, avec ledit archevêque.
.
Après
vêpres, lesdits quatre défenseurs furent ramenés devant tous les
commissaires. On leur dit qu'ils excitaient la compassion; mais il fut,
en définitive, répondu que les opérations auxquelles se livraient
l'archevêque de Sens et les commissaires étaient distinctes, que les
uns et les autres tenaient leurs pouvoirs de l'autorité apostolique,
que la commission n'avait aucune action sur l'archevêque de Sens,
qu'elle n'avait pas qualité pour retarder un procès suivi par le
concile provincial contre les personnes des Templiers, que cependant la
commission délibérerait encore sur ce qu'il y aurait lieu de faire. La
cédule et l'appel furent consignés aux actes, afin que les apostoles
en eussent connaissance.
.
A
partir de ce jour, 10 mai 1310, l'archevêque de Narbonne siégea plus
(il fut empêché !!!). Il ne reparut plus au sein de la commission que
le lundi 18 mai, C'est-à-dire après la mise à exécution des
condamnations prononcées par le concile de Sens.
.
Il
est facile de comprendre que ce concile voulut étouffer la voix de la défense,
répandre la terreur, arracher à tout prix des aveux, en imposer à
l'opinion publique.
.
Le
lundi 11 mai.
.
Fut
conduit devant la commission HUMBERT DE PODIO, Frère servant:
.
Il
déclara qu'il avait été examiné par Jean de Jamville et par un nommé
de Peyto. Ils l'ont fait appliquer par trois fois à la question, parce
qu'il n'avouait pas ce qu'ils voulaient. On l'enferma ensuite dans une
tour à Niort (Nivort); on l'a mis au pain et à l'eau pendant
trente-six semaines. De là, on le conduisit à Poitiers, où il fut
examiné par l'official de cette ville. Le témoin déclara qu'il ne rétracterait
rien des déclarations par lui passées devant l'official. Humbert de
Podio soutint que les faits reprochés à l'Ordre étaient faux, qu'il
n'en avait pas connaissance. Causant un jour avec un Frère nommé
Bartholomée, et par tant des erreurs qu'on reprochait à l'Ordre, ce Frère
lui dit qu'il n'y croyait pas. Le Frère Humbert de Podio ne reparut
plus.
.
Le
mardi 12 mai 1310.
.
Fut
amené JEAN BERTHALDI, Frère servant, précepteur de la Boissière-la-Gatine,
du diocèse de Poitiers.
.
Il
déclare qu'il a été examiné par Jean de Jamville et le sénéchal de
Poitiers, est un peu soumis à la question. Un an plus tard, il fut
examiné par l'official de Poitiers, en présence des Frères Prêcheurs
et Mineurs; il fut réconcilié avec l'Église par le doyen de Poitiers.
Le Frère Mainardi, qui le reçut dans l'Ordre, lui ordonna de renier
Dieu et de cracher sur la croix; il résista. Il lui fut répliqué que
s'il refusait, on le mettrait dans une fosse. Il renia de bouche et non
de coeur; il cracha vers la croix et non dessus. Le Frère Mainardi lui
fit jurer chasteté, pauvreté et obéissance, de veiller à la
conservation des biens de l'Ordre, de ne jamais révéler les secrets.
Le Frère lui donna un baiser sur la bouche et sur la poitrine, par
dessus ses vêtements. Il ne lui fut rien dit de plus. II ne sait rien
au sujet de l'adoration d'un chat. Les chapelains croyaient bien aux
sacrements. Un prêtre seul peut absoudre des péchés. Il serait
volontiers sorti de l'Ordre, s'il l'avait pu. Quant aux relations
impures entre Frères, cela est faux. Il n'a jamais entendu parler
d'idoles, cela est faux, cela n'est pas vrai.
.
Dans
les documents inédits, on voit à cette place un feuillet en blanc, au
procès-verbal. On lit ces mots sur cette page blanche :
"Il ne fut rien écrit sur cette page".
L'audition du témoin Berthaldi fut-elle suspendue à cause des
angoisses dont devaient être agités à ce moment les membres de la
commission ? Cest probable. A la reprise de l'interrogatoire, ce témoin
continue ainsi :
.
On
ne lui a pas défendu de se confesser à d'autres prêtres que ceux de
l'Ordre, il s'est confessé à l'évêque de Poitiers. Il ne croit pas
que le grand maître et les autres laïques donnassent l'absolution des
péchés. La clameur publique n'a accusé les Templiers qu'après leur
arrestation.
.
Le
même jour 12 mai 1310.
.
A
la première heure, la commission se disposait à interroger le Frère
BOCHANDI, avant l'heure de prime, lorsqu'elle apprit que
cinquante-quatre Templiers qui s'étaient offerts à la défense de
l'Ordre allaient être conduits au bûcher. Les commissaires ordonnèrent
à Philippe de Vohet et à l'archidiacre d'Orléans, Anisius, de se
transporter auprès de l'archevêque de Sens et de ses collègues, pour
les prier de vouloir bien réfléchir, pour leur faire observer qu'il était
utile de différer, de surseoir à l'exécution; que beaucoup de Frères,
même à l'article de la mort, avaient juré sur leurs âmes que l'Ordre
était innocent; que si l'exécution avait lieu, la commission se
trouverait dans l'impossibilité de poursuivre son enquête; que tous
les autres Frères étaient tellement effrayés qu'ils en avaient perdu
la raison; qu'il était impossible, dans un pareil état de choses, de
continuer l'instruction. Les commissaires prescrivent en même temps au
préposé de Vohet et à l'archidiacre de signifier au concile présidé
par l'archevêque de Sens que, le dimanche 10 mai, au matin, les Frères
de Bononia, de Pruino, Chambonnet et de Sartiges avaient remis à la
commission un appel au Pape contre les actes dudit concile.
.
Visiblement,
pour l'archevêque de Sens, ( "Philippe de Marigny" ) la
grande commission prenait trop à cœur les défenseurs du Temple. Le
Roi s'impatientait et le frère de Philippe de Marigny, Enguerrand,
aussi !!!
.
Le
mercredi 13 mai 1310.
.
Fut
amené devant la commission le Frère servant de Villars le Duc,
.
la
barbe rasée et ne portant pas l'habit de l'Ordre. Ce témoin, pâle, en
proie à la terreur, jure sur son âme, appelant sur lui la mort, les
supplices de l'enfer, s'il ment, que les imputations dirigées contre.
l'Ordre sont fausses en tout point. En même temps le témoin se
frappait la poitrine à coups de poing, levait les mains vers l'autel,
et se précipitait à genoux. tout est faux, disait il, bien qu'il ait
fait lui-même quelques aveux, à cause de la torture à laquelle
l'avaient appliqué les chevaliers du Roi G. de Marcilhiac et Hugues de
la Celle qui l'avaient examiné. Villars le Duc déclare que hier il a
vu cinquante quatre Frères conduits au bûcher dans des charrettes;
qu'il a entendu dire qu'ils avaient été brûlés, parce qu'ils
n'avaient pas voulu passer d'aveux; et comme il craignait de ne pas
avoir le même courage, s'il était jeté au feu, il était prêt à
avouer par crainte de la mort, même sous la foi du serment, que tous
les faits imputés à l'Ordre étaient vrais, qu'il avouerait même
avoir tué Notre seigneur, si on le voulait. Le témoin prie la
commission et les notaires de ne rien révéler aux gens du Roi de ce
qu'il vient de déclarer, parce qu'il aurait le même sort que les
cinquante-quatre Frères dont il vient de parler.
.
La
commission décela qu'il y avait lieu de surseoir à l'audition des témoins.
.
Le
lundi 18 mai 1310.
.
La
commission, qui s'était réunie le matin à l'hôtel de l'archevêque
de Narbonne, députa Philippe de Vohet et l'archidiacre d'Orléans à
l'archevêque de Sens et à ses collègues, avec mission de leur faire
observer ce qui suit :
.
Les
Frères de Pruino, de Bononia, Chambonnet et de Sartiges se sont présentés
pour défendre l'Ordre du Temple; le Frère Pruino a formulé certains
moyens de défense. On dit que le concile provincial a appelé devant
lui ce même Frère pour le juger. Les commissaires n'entendent pas
faire de défenses à l'archevêque de Sens, apporter des entraves à
son office; mais pour décharger leurs consciences, ils font savoir ces
précédents aux membres du concile afin qu'ils n'en ignorent, et pour
qu'ils aient à décider en hommes compétents et instruits s'ils
entendent persévérer dans l'intention où ils seraient de procéder
contre ledit Frère de Pruino, par le motif qu'il serait justiciable de
leur juridiction.
.
Le
même jour 18 mai 1310.
.
Après
vêpres l'archevêque de Narbonne s'était de nouveau éclipsé, se présentèrent
devant la commission, au nom de l'archevêque de Sens et de ses collègues,
les chanoines Pierre de Mossa, Michel Mauconduit et Jean Coccard.
.
Il
y a deux ans, dirent-ils, que la commission d'inquisition a commencé
ses travaux contre R. de Pruino, et contre les personnes des Templiers,
en vertu d'un mandat apostolique. L'archevêque de Sens n'a pu réunir
le concile aussitôt qu'il l'eût voulu : nous sommes chargés de vous
demander ce que veut dire la signification que vous nous faites parvenir
aujourd'hui. Le concile n'entend entraver en rien les travaux de votre
commission; nous requérons qu'il soit dressé acte de notre démarche
par le notaire qui nous accompagne.
.
Les
commissaires répondirent : Nous avons agi d'après les ordres de
l'archevêque de Narbonne. Cette signification était claire et
n'admettait aucune ambiguïté. En l'absence de l'archevêque de
Narbonne en ce moment éloigné de Paris, aucune autre explication ne
peut être fournie quant à présent; l'archevêque de Sens et ses collègues
sont, grâce à Dieu, assez éclairés pour comprendre l'objet et la
portée de notre signification.
.
Voyez
comme sont les juges de Philippe le Bel.
On voudrait prétendre, on fait courir le bruit que la signification de
l'acte d'appel n'a pas été faite le mardi 12 mai au matin, à la première
heure, aux membres du concile de Sens assemblés, à cause de l'absence
de l'archevêque de Sens. L'appel a été formulé le 10 mai par les Frères
de Pruino, de, Bononia, Chambonnet et de Sartiges; nous ajoutons que
nous sommes certains, et nous affirmons, que l'acte d'appel a été régulièrement
signifié au concile et à l'archevêque de Sens, le mardi 12 niai, à
l'heure de prime, par Philippe de Vohet et l'archidiacre d'Orléans qui
l'attestent.
L'archevêque de Narbonne s'absentait toujours des audiences,
lorsque sa présence était nécessaire au sein de la commission. Ce prélat
était constamment sur la route de Paris à Poissy pour les besoins des
affaires du Roi; à cette date, les sceaux lui avaient été remis par
intérim (par commission) Nogaret, le garde des sceaux titulaire, était
alors à Avignon, se débattant contre la mémoire de Boniface VIII, se
défendant aussi lui-même, pour se justifier de l'attentat d'Agnani. Le
procès dura plus d'un an et n'aboutit à rien; nous l'avons déjà dit.
.
Cet
archevêque de Narbonne mettait, jour par jour, Philippe le Bel au
courant de tous les incidents. Il reçut, en 1311, la récompense de ses
services; il fut élevé à l'archevêché de Rouen en remplacement de
Bernard de Farges, neveu du Pape. Il résulte clairement de cette partie
de l'enquête que l'archevêque de Narbonne cessa de délibérer au sein
de la commission, qu'il disparut quand il s'est agi de montrer de l'énergie,
d'arrêter l'exécution des cinquante-quatre malheureux Templiers défenseurs
de l'Ordre, d'affirmer son influence; que ledit archevêque ne revint
prendre sa place à la commission que lorsque l'exécution devint un
fait accompli. Quant au cardinal de Préneste (de la Chapelle), il
laissa faire. L'appel des Templiers devait être suspensif; car le Pape
avait formellement stipulé dans ses arrangements avec Philippe le Bel
que le Roi ne punirait pas les personnes (corpora) sans avoir au préalable
pris l'avis du Saint-Siège; tout le monde savait cela. De plus, l'exécution
prématurée de ces malheureux rendait impossible l'information à
laquelle se livrait la grande commission d'enquête, on lui enlevait
tous ses éléments d'instruction; et cependant cette commission représentait
le Pape; C'est du moins l'argument que les commissaires avaient fait
valoir le 27 novembre 1309, lors de l'interrogatoire de de Furno dit
Tortavilla, Cest-à-dire lorsqu'il s'agissait d'accuser; mais ils ne
représentèrent plus rien du tout lorsqu'ils avaient à faire énergiquement
respecter les droits de la défense.
.
Le
11 et le 12 mai 1310.
.
Que
s'était-il donc passé les 11 et 12 mai 1310 au concile de Paris, dit
concile de Sens ? On avait traîné devant le concile les Templiers qui
s'étaient offerts à la défense, et après une information sommaire,
le concile, sans tenir aucun compte de l'acte d'appel dont il nia la
signification, avait rendu ses sentences par catégories d'accusés. Le
bras séculier s'était étendu aussitôt. Le concile avait délié les
uns de leurs vœux purement et simplement, d'autres avaient été renvoyés
'libres et indemnes après pénitence'. D'autres avaient été condamnés
à la prison sous garde étroite. Un grand nombre avaient été condamnés
à la prison perpétuelle. Mais certains Templiers convaincus comme
relaps et impénitents en matière d'hérésie (tanquam relapsos in
hteresim) avaient été livrés au bras séculier.
.
On
conduisit cinquante-quatre de ces malheureux dans des chariots à
travers la ville, par la porte Saint-Antoine, en un lieu situé entre le
bois de Vincennes et le moulin à vent de Paris. Là ils furent lancés
sur des brasiers ardents qui avaient été préparés. Le moulin à vent
de Paris s'élevait dans les champs, en dehors de l'enceinte; il était
tout près d'une abbaye destinée à servir d'asile aux filles de débauche
repenties; cette abbaye occupait l'emplacement actuel de l'hôpital
Saint-Antoine. Ces Templiers ne voulurent rien reconnaître, et mirent
le ../script/menu peuple en très grande erreur, nous dit la Chronique
de Saint-Denis. Ceux qui avaient avoué, nous apprend la Chronique de
Saint-Victor, avaient été mis en liberté; ceux qui refusèrent
d'avouer fuirent retenus en prison; ceux qui, après avoir avoué, étaient
et revenus sur leurs aveux furent brûlés comme relaps. Les condamnés
déclarèrent en face du bûcher qu'ils rétractaient leurs aveux;
qu'ils avaient menti, donnant pour motif de leurs déclarations mensongères,
la violence, la torture et la crainte. Ils moururent en soutenant qu'ils
étaient vrais catholiques. Peu de jours après cette exécution, quatre
autres Templiers furent brûlés au même lieu, parmi lesquels était
l'aumônier de Philippe le Bel. Neuf autres Frères furent condamnés
par le concile de Senlis de la province de Reims, et furent exécutés
non à Paris, mais à Senlis, le 17 mai, d'après quelques historiens;
la veille de l'Ascension, suivant d'autres chroniqueurs. L'enquête nous
donne les noms de deux malheureux Templiers qui furent brûlés à
Senlis:
Clemens
Grandi
Villarii
Lucha de Sornoy.
.
Les
chairs et les os de touts ces hommes, furent ramenés en poudre.
.
Après
le concile de Sens, Philippe le Bel fit exhumer les ossements d'un
Templier décédé depuis longtemps, trésorier du temple, qui avait
construit la four de la maison de paris. Ses ossements furent déterrés
comme étant ceux d'un hérétique, ce qui fut découvert depuis. Ses os
furent brûlés. La Chronique donne à ce trésorier qui fit construire
la tour le nom de Jean de Turo.
.
Ce
Jean de Turo n'était pas le trésoriers qui éleva la tour du Temple;
nous avons eu l'occasion de faire remarquer que la tour fut construite
sous Philippe-Auguste, par le trésorier Hubert, décédé en 1222. On
voit, en 1288, un trésorier du nom de Jean de Tour, ou de Turo,
acheter, au nom de l'Ordre, d'un chevalier nommé Guillaume Bataille,
moyennant 1,400 livres parisis, la terre et seigneurie de Balisy qui fut
incorporée à la grande commanderie de Paris. Cette terre relevait
directement de la couronne. Philippe le Bel en avait approuvé et
confirmé la vente, par une charte du mois de juin 1289.
.
Le
but poursuivi fut atteint par le concile de Sens, grâce à Philippe de
Marigny; ce concile dont Philippe le Bel attendait tant de bien, selon
son expression significative : en effet, le 19 mai, la plupart des Frères
qui s'étaient offerts à la défense de l'Ordre devant la grande
commission se désistèrent. L'enquête a conservé leurs noms; dès le
19 mai ils furent au nombre de quarante-quatre. Leur exemple fut suivi;
mais d'autres Frères se montrèrent inébranlables. Les Marigny, gens
de petite noblesse de Normandie, descendaient de Hugues de Marigny, de
Marigneio. Ils étaient originaires de Marigny on peut affirmer que les
deux frères de Marigny furent les artisans très actifs de la ruine du
Temple, dont un de leurs auteurs avait été le bienfaiteur ! Hugues de
Marigny, en 1163, avait concédé aux Templiers la terre d'une charrue
qu'il possédait dans les environs de la Ville-Dieu.
.
Le
18 mai 1310.
.
De
Pruino, Chambonnet et de Sartiges s'étaient présentés devant les
membres de la commission; ils se plaignirent que le Frère de Bononia eût
été séparé de leur compagnie; ils ignoraient pour quelle cause il
avait disparu.
Nous sommes simples, inexpérimentés, terrifiés; nous ne savons plus
que faire pour la défense de l'Ordre; nous vous supplions de donner des
instructions pour qu'on amène le Frère de Bononia, de vous informer de
la cause de sa disparition; nous avons besoin de savoir s'il persiste à
défendre.
.
On
trouve épars dans la volumineuse enquête les noms de quelques uns des
Templiers qui furent excommuniés, dégradés, et condamnés au mur perpétuel
par le concile de Sens.
.
Ce
sont :
Frères de Pruino,
Frères de Bononia,
Frères Jean de Mortfontaine,
Guillelme de Hoymont, prêtres;
Guillelme de Arrebleyo, ex-aumônier du Roi;
Renaud de Luneherüs, chevalier;
Pierre de Clermont,
Bernard de Sornoy, Frères servants.
.
Certaines
dépositions nous font aussi connaître les noms de quatre malheureux
Templiers qui furent brûlés le 12 mai, au moulin à vent de Paris :
.
1°
Auricus de Anglesi, chevalier;
2° de Bullens (ou de Bullex), chevalier, précepteur de Voismer;
3° Jacques de Sanci;
4° Laurentius de Belna.
.
A
la date du 12 avril 1309 précédent, Clément V, par une bulle datée
d'Avignon, avait renvoyé l'ouverture du concile de Vienne au 1er
octobre 1311. Les commissions d'enquête de toutes les parties du monde,
soit contre les personnes, soit contre l'Ordre du Temple (écrivait le
Pape), n'ont pas encore terminé leurs travaux. Nous n'avons pas lieu
d'espérer que les instructions soient achevées dans un bref délai;
d'autre part, certaines affaires qui doivent êtres traitées dans ce
concile général sont loin d'être en état. Nous remettons donc
l'ouverture du concile de Vienne au 1er octobre 1311. En conséquence de
cette bulle de prorogation, la commission décida, en présence de l'évêque
de Bayeux, revenu du concile provincial de Rouen, de renvoyer l'enquête
au 3 novembre 1310.
.