non nobis domine sed nomini tuo da gloriam Non nobis domine sed nomini
tuo da gloriam
retour

Les Templiers

Le Procès

templiers.net Apporte la gloire, Seigneur,
non à nous, mais à ton nom
non nobis domine sed nomini tuo da gloriam

Le Pape en Avignon, les biens du Temple

Le Pape est fatigué | L'arrestation des Templiers du Midi | Les biens de l'Ordre
Le mémoire de Dubois | Les commissions d'inquisition.

Clément V est fatigué,

Le Pape, fatigué des obsessions de Philippe le Bel, voulut s'en affranchir. Ne pouvant rentrer à Rome, il résolut d'entamer des négociations avec le comte de Provence, son vassal, pour obtenir la cession de la ville d'Avignon, dans laquelle il avait l'intention de transférer le Saint-Siège. Là peut-être serait-il à l'abri de toute violence. Nous voyons que le 20 août 1308 Clément V se trouvait à trois lieues de Poitiers, à Lusignan. C'est de Lusignan qu'il écrit au Roi, pour lui apprendre que les Templiers de l'île de Chypre sont arrêtés. Le 5 octobre 1308, Clément était dans son pays, à la grande forêt.
Les grandes chaleurs de l'été étant passées le Pape et les cardinaux avaient quitté Poitiers. Clément en garda quelques-uns près de lui et se retira dans son pays natal.
Nous avons vu que Clément, après avoir rendu en juillet 1308 leurs pouvoirs aux ordinaires et aux inquisiteurs, avait ordonné aux souverains d'arrêter tous les Templiers. Il en écrivit donc "en bonne et noire encre" à Charles II son vassal, roi de Naples, de Sicile, et comte de Provence, qui se trouvait alors à Marseille, lequel en adressa lettres closes et scellées à tous les juges, viguiers (magistrats dans certaines provinces du Midi) et officiers de Provence. Ces lettres portent la date du mois de janvier 1308:

Nous vous envoyons nos autres lettres closes, sous notre Petit scellé, à ces présentes, d'une importante affaire secrète. Par leur teneur, nous vous commandons et enjoignons sous le serment que vous nous devez, et sur la peine de la confiscation de vos corps et de vos biens, que les ayant reçues en vos propres mains, sans les mentionner, et en tenir propos à personne vivante, vous les gardiez et teniez très secrètement sans les ouvrir. Les gardant et les tenant closes en la même façon qu'elles vous seront rendues jusqu'au 24 du présent mois de janvier, à ce jour et en pleine nuit, Vous les ouvrirez et après la lecture faite, mettiez exactement leur contenu en exécution le même jour, sans aucune faute. Et gardez-vous bien surtout qu'il n'y ait aucune négligence faite ou connivence de votre part, surtout que vous craignez de perdre vos corps et vos biens. Nous certifiant par écrit, de la main de l'un de vous, de ce que vous en aurez fait.

Donné à Marseille le 13 janvier 1308.
Signé: Charles.

Les missions particulières confiées aux divers officiers de Provence contenaient sous pli ce bref discours et cet étroit commandement; mais les patentes closes et secrètes parlaient a ainsi :

Charles, par la grâce de Dieu roi de Naples et de Sicile, comte de Provence, Forcalquier et terres adjacentes, à tous nos officiers, salut.
Suivant l'exprès mandement de Notre Saint Père le Pape à nous secrètement envoyé, nous vous mandons et commandons par ces présentes.

Il appartient à chacun d'entre vous, après avoir reçu ce pli sous peine de confiscation de corps et de biens, que tous agissent, secrètement, vous ordonnerez et ferez arrêter, le 24 de ce mois de janvier tous les Templiers de notre comté de Provence, et vous les conduirez sous bonne garde à leurs dépens en prison les plus sûres que vous connaissez. Et néanmoins leurs biens meubles et immeubles, dettes, noms, actions et droits quelconques, après en avoir fait l'inventaire, vous les remettrez entre les mains de bons et louables commissaires pour qu'ils soient gérés, jusqu'à nouvel ordre du Sa Sainteté ou par nous mêmes et que tout le contenu de la présente soit exécuté sans dissimulation aucune.

Donné à Marseille, le 13 janvier, l'an de grâce 1308.

Top 

L'arrestation des Templiers du Midi

Les juges, viguiers et autres officiers procédèrent à la saisie des personnes, biens meubles et immeubles des Frères du Temple dans toute la Provence lesquels sans délai furent condamnés à mort par diverses sortes de Supplices, et brûles. Tous les biens meubles furent confisqués par Charles II, qui en fit part à Sa Sainteté.
L'indignation fut grande en Provence, à la suite de ces exécutions. Charles II craignit une rébellion, un tumulte. Ce comte, auteur et pourvoyeur de cet échafaud et de ce sanglant et funeste jeu, tomba malade peu après dans son château neuf de Naples, et mourut après Pâques 1309. Son fils Robert lui succéda, et c'est avec lui que Clément V négocia pour obtenir la cession de la ville d'Avignon.

Clément s'installa à Avignon en 1309. Il bataillait depuis plusieurs semaines avec Philippe, qui lui demandait avec persistance l'archevêché de Sens pour son conseiller Philippe de Marigny, évêque de Cambrai, frère d'Enguerrand, son bras droit en matière de finances. Le Pape, après avoir essayé de résister, parce qu'il s'était expressément réservé ce siège, finit par céder.

La cause de la persistance du Roi était grave; en effet, il voulait faire présider par un homme sûr le concile de Sens qui devait se réunir dans un délai assez proche. Le nouvel archevêque de Sens s'acquitta de sa besogne au gré des désirs du Roi.
Philippe ne se cachait pas de l'importance qu'il attachait aux résultats qu'il attendait des décisions du concile de Sens. Il écrivait an Pape :
Le concile de Sens dont j'attends l'heureux dénouement, et tant d'autres bons résultats...
En effet, les décisions de ce concile dépasseront toutes les espérances; le Roi pourra en éprouver une grande satisfaction.

Top 

La question des biens de l'Ordre du Temple.

La principale préoccupation de Clément, en 1309, était la question des biens du Temple, qui intéressait vivement l'Église et tout le monde. On voit dès ce moment se dessiner enfin l'idée du Pape, tendant à concilier tous les intérêts. Dans le but d'éviter une confiscation, conséquence forcée d'un jugement de condamnation contre l'Ordre pour cause de crime d'hérésie, Clément proposa d'attribuer les biens aux chevaliers. de l'Hôpital. Cette combinaison pouvait tirer tout le monde d'embarras; elle aurait eu pour conséquence de conserver à l'Eglise un patrimoine considérable, par suite de sa remise entre les mains de réguliers exempts, dévoués au Saint-Siège.
Le 6 juin, le Pape écrivait d'Avignon à Philippe le Bel en faveur des Hospitaliers. Le 27 octobre de la même année 1309, le Pape adressait une seconde lettre au Roi en faveur de l'Ordre de l'Hôpital, auquel il avait pour les besoins de la Terre Sainte donné cinq cent mille florins d'or, malgré la détresse de sa cassette. Ces deux lettres dans leur ensemble donnent à croire que Clément V avait alors l'intention d'adjuger les biens du Temple aux Hospitaliers. Cette proposition ne devait pas être du goût du Roi, qui voulait les biens pour l'agrandissement de sa maison; Philippe eut recours, dans ces circonstances, aux talents de son conseiller Dubois, qui rédigea un nouveau mémoire, dans lequel il proposait de faire nommer un des fils du Roi, roi d'Accon, de Babylone, d'Egypte et d'Assyrie, de donner à ce prince tous les biens du Temple pour l'aider à soutenir son royaume et à reconquérir la Terre Sainte. Par ce moyen les biens de l'Ordre du Temple, ces biens d'Église, entraient dans la Maison de France.

Top 

Le mémoire de Dubois fut écrit en 1309:
 

Le roi de France eut l'idée de faire proclamer un de ses fils roi de Jérusalem, et de lui faire attribuer tous les revenus des biens des Templiers. Nous donnons quelques extraits de ce mémoire de Dubois, mémoire remarquable, comme tous ceux que cet avocat du Roi écrivit :

Il serait possible au Roi de faire couronner en secret son second fils par le Pape, comme roi d'Accon, de Babylone, d'Egypte et d'Assyrie, à moins que le Soudan ne consentit à rendre, de bonne volonté, la Terre Sainte à l'Église...
Le Roi pourrait provoquer, demander la réunion d'une assemblée générale de tous les princes du monde catholique, afin d'aviser à la récupération de la Terre Sainte...
On emploierait dès à présent les revenus des biens qui firent partie de ceux de l'Ordre qu'on appelle l'Ordre du Temple, aux dépenses de cette expédition. Cette assemblée déciderait de tous les moyens à mettre en oeuvre pour arriver à la démolition de cet Ordre, a qu'il est de toute justice de supprimer.
On a fait aux Templiers des a donations dont les conditions n'ont pas été par eux remplies; ces donations devront être révoquées. Pour le bien général, il faut réunir en un seul tous les Ordres militaires de la chrétienté, à l'exception de celui des Templiers, dont les possessions seront données à ceux qui rempliront mieux ces conditions, et comme le Pape se propose de faire traîner l'affaire en longueur, il faut que le Roi ait au plus tôt avec lui une entrevue, dans laquelle cette question devra être traitée publiquement.

Un pareil projet était inexécutable; la fusion de tous les Ordres était chose devenue impossible; les princes et les peuples d'Occident ne voulaient plus entendre parler de croisades. Les Ordres militaires d'Espagne et de Portugal trouvaient à utiliser leur dévouement contre les Maures. En Allemagne, l'Ordre Teutonique portait ses regards vers d'autres horizons. Au concile de Vienne on fera de vaines manifestations en faveur d'une croisade. Philippe, ses fils, ses frères, le roi d'Angleterre, les ducs, barons et autres seigneurs, s'engageront à prendre la croix; mais cet enthousiasme s'évanouira en présence des difficultés, en face des faits accomplis.
Toute cette agitation se borna à la levée sur les populations de lourds décimes qui trouvèrent un autre emploi, dans les coffres des deux souverains. Nous savons par un chroniqueur anonyme ce que cet enthousiasme fictif pour la croisade coûta aux populations trompées. Clément V avait sollicité partout la générosité, la crédulité des catholiques. Partout on fit des quêtes, des collectes, des souscriptions; le Pape alla jusqu'à promettre d'accorder un an de pardon à quiconque donnerait un denier. Cette presse sur les fidèles avait duré cinq ans. Quand les bonnes gens furent prêts par aller outre-mer... la chose fut abandonnée.
Mais le Pape, garda une partie de l'argent et son neveu Arnaud de Farges, marquis d'Ancône garda l'autre partie...
Le Roi resta en France et les Sarrasins sont encore par de là la mer en paix, et ils peuvent dormir tranquille.

Plusieurs personnes ont dit que le concile de Vienne n'avait été organisé que pour extorquer de l'argent.

Au mois de juillet 1309, le Pape reçut solennellement, à Avignon, les ambassadeurs du nouveau roi des Romains. L'ambassade se composait de trois comtes et de deux évêques qui demandèrent la confirmation de l'élection de Henri de Luxembourg. Clément leur déclara qu'il agréait l'élection, et qu'il voulait remettre lui-même la couronne impériale au nouvel empereur. Il lui assigna rendez-vous à Rome, en la basilique du Prince des Apôtres, dans deux ans à partir de la Purification.
L'attitude qui fut prise par Clément V, au cours des cérémonies qui eurent lieu à Avignon, lors de la réception des ambassadeurs de Henri de Luxembourg, et à l'occasion de la confirmation de son élection, dut donner à réfléchir à Philippe le Bel. Ce dernier remit alors en question le procès à la mémoire de Boniface, cette promesse qui pesait tant sur la conscience de Clément V. Le Pape voulut en finir, et cita à comparaître devant lui, en son palais, les parties intéressées, pour la première quinzaine du mois de mars 1309.

Le Pape donna avis au Roi de cette convocation et fit appel à son honneur, afin que cette affaire se terminât d'une manière convenable et digne. A la date fixée pour la comparution, Nogaret renouvela ses accusations contre Boniface, et offrit de prouver tous ses crimes.
Le Roi demandait que le cadavre du pape hérétique, usurpateur, intrus, fût exhumé, que ses ossements fussent livrés au bûcher, et sa cendre jetée au vent.
Nogaret imputa à Boniface les crimes les plus atroces et les plus infâmes débauches.
On lit dans la chronique de Nauclerc les nombreux chefs d'accusation portés par Nogaret, entre autres la simonie, l'hérésie, le parjure, les mœurs contre nature.

Les défenseurs de Boniface protestèrent avec vigueur et attaquèrent la personne de l'accusateur en lui imputant des faits énormes et des plus graves.
Il est probable que l'auteur de l'attentat d'Anagni, l'excommunié, eut de nouveau à subir les dures paroles que Boniface lui avait adressées pendant l'incendie d'Anagni, les épithètes de patarin, sanglante allusion au grand-père de Nogaret qui avait été brûlé comme hérétique à Saint Félix de Caraman, diocèse de Toulouse. Le procès dura plus d'un an et n'aboutit à rien; d'après un chroniqueur anonyme, Nogaret comparut dans cette circonstance à Avignon, pour se purger de l'attentat d'Anagni.
On ne sait pas ce qu'il advint, ajoute le chroniqueur. En définitive, l'affaire fut renvoyée au concile de Vienne, dont l'ouverture avait été fixée par le Pape au 1er octobre 1310.

Dès le 13 mai 1310, avant la réunion du concile, Clément V écrivit à Charles de Valois et le pria d'intervenir auprès du Roi son frère, afin d'obtenir de lui qu'il consentît à ce que la solution de l'affaire de Boniface fût soumise à la médiation de l'Église de Rome et à la décision du concile de Vienne; quelques hauts barons s'intéressèrent à ce différend; Philippe donna son consentement par lettres patentes du mois de février 1311.
On obtint le désistement des accusateurs. Le concile de Vienne décida en conséquence que Boniface VIII avait été un pape de la plus pure orthodoxie, pape indubitable et incontestable, que les procédés et les prétentions de Boniface contre Philippe étaient injustes, que les offenses commises, de quelque manière que ce fût, par le Roi envers Boniface et l'Eglise, ne pourraient jamais préjudicier, soit au Roi lui-même, soit à ses enfants et à ses héritiers.

Dès le milieu de l'année 1308, les commissions d'inquisition contre l'Ordre du Temple s'étaient mises à l'oeuvre; les évêques ne se crurent pas suffisamment renseignés sur l'étendue de leurs pouvoirs.

On lisait dans les bulles du Pape ces mots :

  • Quelles personnes fallait-il citer ?

  • Que fallait-il faire au cas où ceux qui se présenteraient déclareraient vouloir défendre l'Ordre ?

  • Que faire contre ceux qui refuseraient de passer des aveux ?

  • Comment procéder contre ceux qui rétracteraient leurs aveux ?

A la date du 11 août 1309, Clément V écrivit d'Avignon aux évêques qu'ils eussent à agir comme ils l'entendraient, en se conformant aux règles du droit.
Le Pape déclara qu'il n'avait plus rien à ordonner concernant les procédures et les poursuites à diriger contre les Templiers. Pour couper court à toutes difficultés, le Pape, par une bulle en date, à Toulouse, du 30 octobre 1309, ordonna à tout le monde d'arrêter les Templiers à la réquisition des évêques, et de les amener devant eux.

Top 

Les commissions d'inquisition

Les commissions d'inquisition organisées par Clément V contre les personnes du Temple fonctionnèrent dans toutes les provinces de France et à l'étranger. On pratiqua le mode de procéder dont les commissions organisées par Philippe le Bel et Guillaume de Paris, en 1307, avaient usé. Il n'y eut rien de changé que les termes du formulaire contenant les articulations des faits appointés. Les conciles provinciaux dont nous avons connaissance furent en France :

  1. Le concile réuni à Paris par les chefs ecclésiastiques de la province de Sens, sous la présidence de l'archevêque Philippe de Marigny. Ce concile est connu sous le nom de concile de Sens, mais les annotateurs lui donnent celui de concile de Paris. Il importe de savoir que l'Église de Paris n'était qu'un évêché, dépendant de la métropole de Sens, qui comprenait aussi les évêchés de Chartres, de Meaux et d'Orléans.

  2. Le concile de Senlis; Senlis dépendait de la métropole de Reims; ce concile prit donc le nom de concile de Reims; il en est parlé à plusieurs reprises dans l'enquête. Il fut présidé par l'archevêque de Reims, Robert de Courtenai.

  3. Le concile de Rouen, dont l'enquête ne nous fait connaître ni les détails, ni les résultats. Ce concile fut tenu à Pont de l'Arche, sous la présidence de l'archevêque de Rouen, Bernard de Farges, neveu de Clément V. Nous aurons aussi à parler d'un autre concile présidé en 1315, à Narbonne, par ce même Bernard de Farges qui avait été forcé, nous l'avons déjà dit, de quitter le siège de Rouen, où il lui était devenu impossible de vivre.

  4. Il y eut des conciles à Nîmes, en Languedoc. Nous connaissons encore ceux de Bologne, Pise, Florence, Ravenne, ceux de Sicile, Provence.

  5. En Espagne, Aragon et Portugal, on connaît le concile de Salamanque; en Allemagne, le concile de Mayence; en Angleterre, le concile de Londres, dont nous parle Walsingham. Nous ferons connaître les décisions de ces divers conciles en temps et lieu.


Clément avait désigné, nous l'avons vu, comme membres de la commission chargée d'instruire à Paris contre l'Ordre entier :

  1. Gilles Aiscelin, archevêque de Narbonne;

  2. Guillaume de Trie, évêque de Bayeux;

  3. Guillaume Duranti, évêque de Mende;

  4. Raynald de Laporte, évêque de Limoges;

  5. Mathieu de Naples, archidiacre de Rouen;

  6. Jean de Mantoue, notaire apostolique et archidiacre de Trente;

  7. Jean de Montlaur, archidiacre de Maguelonne;

  8. Guillaume Agarni, prévôt de l'Église d'Aix.


Ces choix tombèrent sur des créatures du Pape et du Roi. Par ordonnance en date, à Nîmes, du mois de février 1303, Philippe avait accordé à Gilles Aiscelin, archevêque de Narbonne, qu'il n'y aurait pas de vacances judiciaires dans la province de Narbonne.

  1. L'archevêque de Narbonne, Gilles Aiscelin, avait été l'un des ambassadeurs solennel envoyés par Philippe le Bel à Bertrand de Got, après son élection, avec lequel il avait été traité de choses si secrètes, en octobre 1305 L'archevêque de Narbonne fut le garde des sceaux de Philippe le Bel, jusqu'au 13 octobre 1307; il avait cédé la place à Nogaret, nous avons dit pourquoi. Gilles Aiscelin resta toujours le conseiller intime du Roi, sans cesse occupé des affaires d'état, au point qu'il siégea peu au sein de la grande commission.

  2. Et, par lettres en date du 15 juin 1304, le Roi avait concédé la même faveur à Duranti, évêque de Mende.

  3. L'évêque de Bayeux et l'évêque de Limoges étaient des créatures de Clément et du Roi.

  4. Guillaume de Trie avait été un des clercs favoris de Philippe; il était fort en faveur; au cours de l'année 1310, au mois de février, il fut député avec Enguerrand de Marigny vers le roi des Romains, Henri VII, pour conclure un traité d'alliance. Les Églises de Limoges et de Mende étaient en pariage avec le Roi, sous sa protection. Le Roi était devenu leur coseigneur. Ces Églises étaient associées au Roi quant à leurs revenus et à la juridiction de leurs domaines, administrés par les agents du Roi et par les agents de ces mêmes Églises.

  5. Guillaume Duranti avait été nommé à l'évêché de Mende, le 17 décembre 1296, par Boniface VIII, quoiqu'il n'eût pas encore atteint l'âge compétent, et avant d'avoir été promu dans les Ordres sacrés. Duranti avait su se faire pardonner par Philippe le Bel d'avoir été du nombre des évêques qui, malgré la défense royale, s'étaient rendus, à l'appel de Boniface, au concile de Rome du 1er novembre 1302;

  6. Mathieu de Naples, archidiacre de Rouen, était le collègue de Bernard de Farges.

  7. Jean de Montlaur, archidiacre de Maguelonne, était du nombre de ceux qui, en 1295, avaient facilité à Philippe l'acquisition du fief de Montpellier, qu'on appelait communément le fief Montpeilleret.


Cette commission, composée d'hommes choisis et dévoués, éclairés autant qu'on pouvait. l'être à cette époque, procéda avec une certaine douceur, avec assez d'impartialité; mais elle manqua d'indépendance dans une circonstance des plus graves; les événements furent au-dessus de sa fermeté. La commission cita l'Ordre du Temple à comparaître, par-devant elle.

Elle se réunit utilement le samedi 22 novembre 1309, dans la salle du palais de l'évêque de Paris, assistée des notaires :
Floriaimonte, Dondei de Nantua, Bernard Filholi, Guillaume Radulphi, Bernard Humbeldi, Nicolaus Constanciensis, Hugo Nicolaï, Jean Louvet et Jean de Félines, et encore en présence de Philippe de Voheto, prévôt de l'Église de Poitiers, et de Jean de Jamvilla, huissier d'armes du Roi, chargés spécialement de la garde des Templiers.

Nous dépouillons l'enquête à laquelle procéda cette commission; elle fut terminée le 26 mai 1311, clôturée en réalité le 5 juin: le texte latin de cette enquête se trouve dans la collection des Documents inédits sur histoire de France, Procès des Templiers, publié par Michelet en 1841: c'est l'original (in formam publicam redactum) d'un des manuscrits qui furent écrits par les notaires rédacteurs. Des copies certifiées furent adressées à Clément V fin juin 1311; l'original fut déposé au trésor de Notre-Dame de Paris, avec condition qu'il ne serait montré à personne sans l'autorisation spéciale du Pape, et sur le vu de lettres spéciales émanées de Sa Béatitude.

Michelet, dans la préface qu'il consacre au premier volume du Procès, nous dit que le manuscrit qui avait été déposé au trésor de Notre-Dame en est sorti depuis longtemps; qu'il était connu par des extraits.
Selon Dupuy, ce document se trouvait au seizième siècle dans la bibliothèque du président Brisson; de là il passa, ajoute Michelet, entre les mains de M. Servin, avocat général; enfin dans celles des Harlay, au milieu du dix-huitième siècle:
M. de Harlay le légua, avec ses manuscrits, aux Bénédictins de Saint-Germain des Prés. Il échappa à l'incendie de leur bibliothèque en 1793, et a été déposé à la Bibliothèque royale, fonds Harlay, no 49.
Des extraits incomplets furent tirés de ce manuscrit, et ont entraîné Dupuy, le Père Hellyot, Maillard de Chambure et autres avant lui, dans quelques erreurs faciles à rectifier.