non nobis domine sed nomini tuo da gloriam Non nobis domine sed nomini
tuo da gloriam
retour

Les Templiers

Le Procès

templiers.net Apporte la gloire, Seigneur,
non à nous, mais à ton nom
non nobis domine sed nomini tuo da gloriam

Le Prétexte du Roi Philippe le BEL

.

.

Une circonstance fortuite décida Philippe le Bel à faire connaître ses intentions contre les Templiers. Le Roi voulut remplir la promesse qu'il avait faite au Pape Clément de rétablir une monnaie forte, comme elle était du temps de Saint-Louis. Vers la fin de juin 1306, Philippe fit publier tout à coup un édit ordonnant qu'à partir du 15 août suivant, tous les payements devraient être effectués en forte monnaie; "Le coût de la vie en fut triplé" cet édit jeta la perturbation dans les affaires. Depuis onze ans, la monnaie était faible. Les propriétaires des maisons exigèrent le payement en forte monnaie des locations dont le prix avait été fixé à l'époque où la monnaie était faible. Les ouvriers, qui avaient reçu pendant onze ans leurs salaires en faible monnaie, se virent tout à coup forcés de payer toutes choses trois fois son prix. Au mois de décembre 1306, le peuple, dont on exigeait les loyers en forte monnaie, ce qui en triplait le montant se porta au Temple où s'était réfugié le Roi. Les Templiers protégèrent le Roi dans l'enceinte de leur domaine, qui était un lieu d'asile. Un grand nombre de séditieux furent arrêtés; les plus coupables furent pendus aux principales portes de Paris.
On a imputé aux Templiers le fait d'avoir excité, entretenu, augmenté la sédition, parce qu'ils avaient beaucoup d'argent, parce que l'édit leur causait un grand préjudice.
Les Templiers furent accusés pour avoir contribué à cette mutinerie.
Les Templiers, nous l'abbé de Choisy, qui faisaient valoir leur argent, comme les Juifs, irrités du changement des monnaies, et perdant des sommes considérables.
Cette accusation est inexacte. Si le fait eût été vrai, Philippe n'eût pas manqué de s'en prendre à l'Ordre. Or, dans ses manifestes, le Roi ne dit pas un seul mot de cette soi-disant complicité.
Philippe quitta la tour du Temple où il était resté enfermé pendant plusieurs jours, irrité, confus, humilié d'avoir été protégé par ceux dont il méditait la perte, par des hommes qui lui avaient refusé l'affiliation honorifique à leur Ordre.
Ce refus n'avait rien de personnel à Philippe. Les Templiers obéissaient en ceci aux prescriptions de l'Eglise : les papes avaient, enjoint aux Frères de se tenir en garde contre l'ingérence des rois et des seigneurs dans leurs élections, et leur avaient fait, défenses expresses de conférer aucune dignité de l'Ordre, ou Commanderie, à la recommandation desdits rois et seigneurs. Le pouvoir spirituel redoutait l'immixtion du pouvoir temporel dans les affaires de l'Église.
;

On prétend que, pendant le tumulte, le prieur de Toulouse, Montfalcon, et Noroît, des Templiers, prononcèrent des discours imprudents contre le Roi. On rapporte qu'ils furent à cette occasion chassés de l'Ordre, puis arrêtés par le prévôt de Paris, et pour éviter le supplice de la corde, ils offrirent de faire certaines révélations, si on leur accordait l'impunité. Elle leur a été promise.
Il convient de préciser les circonstances dans lesquelles se seraient produites ces dénonciations. On ne connaît aucun lieu, aucune commanderie, dans le Toulousain, du nom de Montfaucon ou Montfalcon. Noroît n'était pas Templier.
.

Dans l'histoire du Languedoc, il est écrit :
Un bourgeois de Béziers, Non-templier, nommé "Squine de Florian", détenu dans un château royal du diocèse de Toulouse avec un ou plusieurs Templiers apostats, reçut les confessions de ces prétendu Templiers qui lui révélèrent les soi-disant désordres de la communauté. Squine de Florian, dans le but d'obtenir sa liberté, avertit les agents du Roi, qui l'auraient fait venir à Paris pour l'entendre.
.

C'est le résultat de cette suspecte confidence que Philippe aurait fait parvenir à Clément V.
.

On trouve dans l'enquête quelques renseignements. Squine de Florian fut conduit à Gisors, et confronté avec les Templiers arrêtés en 1307, en vertu des ordres du Roi et des instructions de l'inquisiteur Guillaume Imbert "dit Guillaume de Paris". Ces Templiers avaient été appliqués à la question par les Frères Mineurs conformément à ces instructions. C'est de cette confrontation que le Templier Radulphe de Gisiaco fait allusion, dans son interrogatoire devant la grande commission d'enquête du jeudi 27 novembre 1309 : Ce sont le treytour lequel ont proposé fausseté, et délauté contra este de la ci religion deu Temple, Guillemes, Roberts, moynes qui les mitoyet à geine, Esqitius de Floyrac de Biteris, comprior de Montfaucon, Bernardus Peleti prieur de Maso de Génois, et Géraues de Boysol Cebalier, veneus à Gisors". Ces mots venus à Gisors nous donnent à croire que Squine de Florian avait été transféré dans cette ville, pour être mis en présence des Frères arrêtés, et dénoncés par lui. Squine de Florian, Esquius de Floyrac de Biteris, était aussi connu sous le titre de comprieur de Montfaucon, mais il n'était pas Templiers.
.

Voici en quoi auraient consisté ces prétendues, ces subites révélations :
Les Templiers avaient abjuré la religion du Christ pour pratiquer celle de Mahomet.
Ils avaient fait alliance avec les Sarrasins, et trahissaient les princes chrétiens. Ils avaient trahi saint-Louis. Ils avaient trahi à Accon "Acre".
Ils adoraient une idole couverte d'une peau d'homme, une vieil pel comme embasmée et de tèle polie. Cette idole avait ès fosses des veux escarboucles reluisants.
Tout Templier avait autour de lui une courroie cainte ou liée, laquelle était en leur mahomerie.
Ils commettaient des actes contre nature. Ils reniaient Jésus-Christ, et foulaient aux pieds la croix.
Leur Ordre ne devait aucun enfant baptiser, ne lever de saints fonts.
Ils faisaient boire dans du vin, ou manger à leurs profès, les cendres de leurs morts qu'ils brûlaient, et ainsi plus fermement leur créance et leur idolâtrie tenaient.
Ils cuisaient, rôtissaient au feu les enfants qu'ils avaient procréés aux filles, et toute la graisse ôtée; et de cette graisse, ils sacraient et oignaient leur idole.

.

Cette machination "dans des termes qu'on a peine à croire" reproduisait contre les Templiers les accusations dirigées autrefois contre les manichéens, cathares, albigeois et patarins, qu'on avait accusé de boire et de manger les cendres, d'enfants issus de leurs débauches. Les premiers chrétiens, eux aussi, n'avaient point échappé à des calomnies de ce genre; on les avait accusé de manger des enfants couverts de pâte, et de boire leur sang, de se livrer dans leurs cérémonies secrètes à une honteuse promiscuité, à des amours contre nature.
.

Tertullien nous dit qu'on les traitait publiquement de porcs "sues". Les Templiers étaient accusés de turpitudes inouïes; on ira jusqu'à leur reprocher d'adorer dans leurs chapitres le diable sous la figure d'un chat qui parlait et tenait conversation avec les assistants, qui faisait ensuite apparaître d'autres démons sous la forme de femmes dont chacun abusait à son gré. L'article 15 de l'inculpation "de catu", que nous lirons bientôt, n'avait pas d'autre but que celui de poursuivre cette preuve. Une déclaration arrachée au milieu des tourments à quelques Templiers du Midi devait servir de base à cette absurde incrimination, qu'un témoin de l'enquête qualifiera de dérisoire et de fausse "derisoriuni et falsum".
.

Philippe donna avis de ces prétendues révélations à Clément V qui était à Bordeaux, et lui demanda une entrevue soit à Tours, soit à Poitiers, à son choix. Le Pape fixa cette entrevue à Poitiers pour le courant du mois d'avril 1307. Il écrivait à Philippe : "J'aurais préféré Toulouse; mais j'ai choisi Poitiers pour condescendre à ta volonté". Le Pape arriva à Poitiers le 6 ou le 7 avril 1307. Philippe ne vint au rendez-vous qu'après la Pentecôte; il était escorté de ses frères, de ses fils, des principaux barons. Il insista pour obtenir l'abolition de l'Ordre du Temple, et communiqua au Pape les dénonciations qu'il avait recueillies de la bouche de Squine de Florian. Clément ne voulut pas y croire; il fut convenu que le Roi continuerait ses investigations; le Pape promit de son côté de se livrer à une enquête.
.

Philippe quitta Poitiers, et déclara hautement son intention de suivre le procès à la mémoire de Boniface VIII. A partir de ce moment, on voit l'infortuné Clément V essayer de gagner du temps, de se dégager des étreintes dans lesquelles le Roi inflexible, redoutable, le tenait enlacé.
.

Le Pape a recours à tous les moyens... Il est souffrant ! Il est malade ! Il lui est impossible de s'occuper d'affaires !
Les Templiers, avait été avertis de ce qui se passait, écrivirent au Pape pour lui demander de procéder à une enquête; c'est ce qui résulte d'une lettre que Clément, qui se trouvait alors dans un prieuré près de Poitiers, adressa à Philippe le Bel "Tu nous as écrit" que tu nous enverrais des ambassadeurs aux environs de l'Assomption; nous devons te faire savoir que, d'après les ordonnances des médecins, il nous faut suivre un régime, jusqu'aux premiers jours de septembre; nous devons ensuite prendre médecine. Tu nous enverras tes ambassadeurs vers le mois d'octobre, tu te souviens de ce que tu nous as dit à Lyon et à Poitiers, au sujet des Templiers; cela nous a paru incroyable, impossible; nous avons appris depuis des choses inouïes; mais nous sommes forcés d'hésiter et d'avoir conformément aux conseils de nos frères. Le Grand maître et les précepteurs de "l'Ordre ont protesté, et nous ont supplié de procéder à une enquête". Ils ont demandé à être absous s'ils sont innocents, et à être condamnés s'ils étaient coupables, "ce qu'ils ne croyaient pas". Nous ne saurions, d'après l'avis de nos frères les cardinaux, refuser aux Templiers ce qu'ils demandent. "Et comme l'affaire est grave", nous nous rendrons vendredi à Poitiers afin d'aviser avec nos frères à ce qui sera reconnu nécessaire. Tu nous adresseras les renseignements que tu auras pu recueillir, soit par lettres, soit par tes ambassadeurs.
.

Clément cita à comparaître devant lui, à Poitiers, le Grand maître du Temple et "Julco de fillaret", Grand maître de l'Hôpital : Jacques de Molay se rendit à cette convocation, mais que le grand maître des Hospitaliers, retenu devant Rhodes par les Sarrasins, s'excusa par une ambassade, et qu'il ira à Poitiers après s'être emparé de l'île. L'abbé Christophe nous dit que Molay accourut à Poitiers. Cela nous paraît exact; Molay quitta l'île de Chypre, au cours de l'année 1307, et se rendit à Poitiers pendant l'été; il était accompagné de soixante chevaliers et grands de l'Ordre, notamment de Godefroy de Gonavilla, commandeur d'Aquitaine et de Poitou. Ceci résulte de la déposition faite par ce commandeur, le 15 novembre 1307, devant le Frère inquisiteur Anessiaco :
Je n'ai jamais vu d'idole déclare de Gonavilla, je n'en avais jamais entendu parler jusqu'au jour où le Pape en parla devant moi au grand Maître, à Poitiers. Le passage de Nangis cité plus haut nous porte à croire que Clément avait à ce moment l'intention d'amener les deux Grands maîtres du Temple et de l'Hôpital à consentir à une fusion entre les deux Ordres. C'était en effet la seule manière d'éviter, un scandale dont le Pape prévoyait les conséquences. Le Pape aurait invité Molay à lui adresser un mémoire relativement aux affaires d'outre-mer, et sur un projet de fusion des deux chevaleries en une seule. Le Grand Maître repoussa ce projet par les motifs insérés dans un mémoire dont le Père Mansuet nous fournit le texte. Le dit projet de fusion ayant échoué, il ne restait plus que deux voies à suivre : ou la réformation du Temple ou son abolition.
.

Vers cette époque, Clément V avait reçu de la part d'un chevalier du Temple attaché à sa personne une confidence :
Ce chevalier avait révélé au Pape tout le mal qu'il avait reconnu dans l'Ordre; une mauvaise habitude, une corruption. Ce chevalier de grande noblesse, haut placé, était camérier de Clément, qui le fit cardinal; il se nommait Guillelme de Cantilupo; il avait été élevé au Temple depuis l'âge de onze ans. Il faut avouer que ce Cantilupo, ecclésiastique familier de la cour de Rome, avait attendu bien longtemps pour faire au Pape, au Sacré Collège, une communication aussi extraordinaire. Cantilupo donna, dans cette circonstance, la mesure de son ingratitude. La règle du Temple défendait de recevoir des enfants dans l'Ordre; et c'était par suite d'une faveur exceptionnelle que le chapitre les admettait. Il y en avait deux dans tout l'Ordre en 1307; ils y avaient été reçus à l'âge de onze ans, contrairement à la règle et aux statuts, parce qu'ils étaient de haute noblesse; c'étaient Cantilupo et Guy, Dauphin d'Auvergne, du consentement de leurs pères et mères, et sur leur demande.
.