Le Procès - Préambule
Il est important de lire attentivement ce préambule, car il contient la réalité sur la perte dramatique de l'Ordre du Temple. L'Ordre n'a pas été condamné sur des soi-disant manquements graves à sa règle, il a été cassé. Sur les ordres de Philippe le Bel, uniquement par avarice et pingrerie. Il voulait pour lui et les siens les immenses richesses de cet Ordre.
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Le Pape Boniface VIII et Philippe le Bel, n'étaient pas fait pour s'entendre.
Le
Pape Boniface VIII avait excommunié le roi et certaines personnes de
son entourage à la suite d'une querelle qui dura plusieurs années.
Le Pape Boniface avait une idée fixe : reconquérir la Terre Sainte.
Philippe le Bel en avait une autre : reconstituer l'empire de
Charlemagne, repousser la frontière sur le Rhin. Pour réaliser ce
projet et sans rein demander au Pape donc à l'Eglise, il conclut un
traité entre la France et le roi des Romains Albert d'Autriche en 1299,
le traité de Vaucouleurs.
Boniface détruira ce traité en 1301. Ce traité constituait une menace
pour son pouvoir pontifical.
Dans le principe, le Pape avait promis à Philippe le Bel de faire
transférer l'ancien empire Romain à un prince Français, plus
exactement à Charles de Valois, frère de Philippe le Bel.
L'Ordre fut mêlé à ces conflits de 1296 à 1304, et à la suite de
cette lutte entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel. L'Ordre
sera brisé, le pouvoir temporel (c'est-à-dire le pouvoir royal)
sortira vainqueur.
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1296
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Les guerres engagées par Philippe le bel contre l'Angleterre et la
Flandre l'obligèrent à prélever une nouvelle série d'impôts,
"les décimes royaux" qui touchaient la noblesse, le clergé,
et les ordres religieux. Le clergé adressa secrètement une lettre de
doléances au Pape. Dans cette lettre, les prélats comparent le roi à
"Pharaon" car disaient-ils "il n'a aucune notion de la
loi divine" et ils ajoutèrent "le roi écrase l'Eglise de
charges qui n'incombent qu'à eux seuls".
Le
Pape en représailles publie en 1296 la bulle : "Clericis laicos
infesto oppido tradit antiquita" bulle qui menaçait
d'excommunication tous ceux qui levaient l'impôt sur l'Eglise et les
ecclésiastiques et excommunierait tous ceux qui paieraient cet impôt.
Le Pape menaçait directement Philippe le Bel. Cette bulle fut la cause
première de la haine de Philippe le Bel contre Boniface VIII.
Philippe
en conçut un tel ressentiment que, après la mort de Boniface, il
imposa au Pape Clément V l'obligation de supprimer la bulle Clericis
laicos et de la faire effacer sur les registres du Vatican.
Le
2 juillet, l'empereur Adolphe de Nassau fut vaincu et tué à la
bataille de Gelheim par Albert d'Autriche, qui acheta les électeurs à
prix d'argent et se fit élire empereur. Boniface l'excommunia et déclara
qu'il ne reconnaîtrait jamais ce régicide jusqu'à trois fois, il
refusa de le confirmer comme empereur.
Philippe
connaissait les mauvaises dispositions de Boniface, aussi le Roi
s'empressa-t-il de conclure avec le nouvel empereur le traité de
Vaucouleurs. Boniface sentit le coup qui lui était porté par ces deux
souverains qui tenaient entre leurs mains le pouvoir temporel ; il
essaya de détacher Albert de cette alliance, il se décida à le
reconnaître comme empereur.
"Albert lui promit d'attaquer la France si le Souverain pontife
assurait l'hérédité de l'Empire à la maison d'Autriche".
Boniface était tellement exaspéré contre le Roi que, dans sa haine
implacable, il conclut des alliances avec Albert, roi des Romains.
Au
jubilé centenaire de l'année 1300, Boniface met en scène ces préceptes,
à la face du monde chrétien. Il affecta de se montrer en public en
habits pontificaux, puis revêtu des insignes de l'Empire ; on porta
devant lui l'épée, le globe, le sceptre et les autres attributs impériaux
; il fit proclamer par un héraut ces paroles : "Il y a ici deux
glaives". Pierre, tu vois ton successeur, et toi, Christ, regarde
ton vicaire ! Ces deux glaives représentaient le pouvoir temporel, le
souverain pontificat, l'empire, la royauté réunie dans la main d'un
seul. Devant le Sacré collège, devant la foule assemblée, le cardinal
d'Acquasparta prêcha que Boniface était tout à la fois souverain
temporel et spirituel, en sa qualité de vicaire de Jésus-Christ ; Que
le droit de l'Église était de combattre avec le glaive spirituel ceux
qui résisteraient à cette double autorité. La mise en action suivit
de près la mise en scène.
Philippe le Bel et Boniface perdirent tout sang-froid ; Philippe alla
jusqu'à choisir et nommer les évêques de France, sans se préoccuper
des droits du Saint-Siège en matière d'élection. Le Roi envahit le
comté de Melgueil, appartenant à l'évêque de Maguelonne ; le vicomte
de Narbonne, agent de Philippe le Bel, refusa de rendre hommage à l'évêque
de Narbonne, son seigneur.
Le
Pape s'émut et fit assembler à Béziers un concile provincial qui fut
célébré le 14 des calendes de novembre 1299. Boniface adressa à
Philippe le Bel de vifs reproches ; il lui députa en 1301 l'évêque de
Pamiers, Saisset, pour l'inviter à mettre en liberté le comte de
Flandre (détenu à Compiègne, sous prétexte de félonie) et à
secourir la Terre sainte. Le choix (le Saisset comme négociateur était
malheureux), car l'évêque de Pamiers était l'ennemi de Philippe le
Bel. Saisset s'était permis à plusieurs reprises de manquer de respect
au Roi, et, ce qui était plus grave, l'évêque de Pamiers avait
entrepris contre l'autorité royale dans le Toulousain. Philippe fit arrêter
le négociateur, saisit son temporel. L'enquête établit que Saisset
avait en réalité essayé de soulever contre le Roi plusieurs grands du
royaume, notamment le comte de Foix ; Qu'il avait prétendu hautement
que Pamiers ne faisait pas partie de la France. Quant aux outrages, il résulta
de l'enquête la preuve que l'évêque de Pamiers avait dit à
plusieurs. "Que Philippe le Bel n'était pas de la race de
Charlemagne", qu'il venait de bâtards par sa mère, parce que tous
ceux de la race d'Aragon étaient des bâtards ; que Philippe n'était
ni homme, ni bête, mais un fantôme, au regard fixe comme celui d'une
statue. Le Roi se décida à rendre la liberté à l'évêque de
Pamiers, et le remit entre les mains du légat du Pape, Jacques de
Normans ; il les fit expulser tous les deux du royaume. Saisset se
rendit près du Pape, et siégea au concile de Rome du 11, novembre
1302, dont nous allons parler.
Boniface,
exaspéré de l'arrestation de Saisset, avait retiré à la couronne de
France tous les privilèges qui lui avaient été concédés, soit par
ses prédécesseurs, soit par lui-même. Il convoqua la réunion d'un
concile à Rome, dont il fixa l'ouverture au 1er novembre 1302, jour de
la Toussaint ; les prélats, les docteurs, les abbés, les supérieurs
des communautés religieuses, furent tenus de se rendre à cette assemblée,
les maîtres en théologie appelés alors maîtres en divinité, les maîtres
en décrets et en lois ; mais le Roi défendit à aucun ecclésiastique
de sortir du royaume. Philippe interdit aussi l'exportation de l'or et
de l'arpent, de toutes marchandises, sous peine de confiscation et de
plus fortes peines. "Tout archevêque ou évêque qui sortira du
royaume sera réputé" ennemi de l'État, Puis le Roi envoya à
Rome son conseiller Pierre de Flotte. Cet ambassadeur, par ses discours
audacieux, exaspéra Boniface, qui lui dit :
"J'ai en main les deux pouvoirs".
De Flotte répondit au Pape :
"Oui, tous deux ; mais votre pouvoir est purement verbal, tandis
que le nôtre est réel, effectif".
C'est
bien, répliqua Boniface en fureur :
"Je remuerai contre vous ciel et terre".
Dans ce concile de Rome, il ne devait s'agir de rien moins que de
travailler à la réformation du royaume de France, à la correction du
Roi et au bon gouvernement du royaume. Philippe le Bel fut invité à
comparaître pour fournir ses moyens de défense.
L'agressive,
sentencieuse, se rencontre dans toutes les bulles de Boniface. On peut
exprimer en trois mots les sentiments de ce pape envers la France, sa
fille aînée, la haine, l'orgueil et la domination. Il était clair,
après tout cela, que le pouvoir spirituel s'arrogeait le droit, de
juger les rois et leurs actes, et qu'il pouvait arriver jusqu'à la conséquence
intolérable d'avoir le droit de les condamner et de les déposer comme
de simples vassaux. La constitution "Unam sanctam" dont nous
allons parler, affirme positivement que si le pouvoir temporel séparé,
le pouvoir spirituel a le droit de le juger. La bulle Ausculta, fili
carissime, renfermait une phrase des plus injurieuses : "Nous
sommes fatigué", disait Boniface, de t'avertir de te corriger, et
de mieux gouverner ton royaume ; Comme l'aspic qui n'entend rien. Tu as
fermé les oreilles.
La mesure était comble, Philippe comprit le danger, et la nécessité
d'en appeler à la nation. Le Roi convoqua les états généraux, qui
furent composés des barons, des évêques, des abbés, des prieurs et
doyens des chapitres et des députés des communes. La réunion des états
fut fixée au 8 avril 1302, à Paris, en l'église de Notre-Dame.
L'assemblée ne se tint que le mardi 10 avril. La matière en discussion
aux états était : "Le Pape veut que le roi lui soit subordonné
au temporel". Le Pape a convoqué à Rome tous les prélats du
royaume, les maîtres en théologie, les professeurs de droit ecclésiastique
et civil, afin de traiter la question de la "Réformation du
royaume et de la correction du Roi". Ceci, exposa-t-on aux états,
est "intolérable, comme étant contraire à la liberté du Roi et
du royaume".
Philippe le Bel prononça un discours et (déclara ne tenir la couronne
que de Dieu seul), être prêt à sacrifier tous ses biens, même sa
vie, pour conserver intacte l'indépendance du royaume. Un point de la
dernière importance et qui entraînait des conséquences capitales se dégagea
de cette assemblée : la noblesse et les évêques reconnurent quels
tenaient leurs fiefs du Roi.
L'opinion
générale était que Boniface favorisait la faction gibeline, et qu'après
avoir promis l'Empire d'Allemagne à la France, il avait témérairement
manqué à sa parole. La double attitude du Pape était de nature à
soulever le mécontentement des Français.
Les états généraux approuvèrent Philippe le Bel, qui leur demandait
conseil. La haine du Roi se trouvait doublement justifiée.
Boniface
somma le roi d'Angleterre Edouard de faire la guerre à la France, en
lui promettant de lui fournir de grands subsides ; Le roi Edouard
refusa.
La
noblesse déclara à l'assemblée des états, que les nobles du royaume
étaient disposés à mourir pour la défense de la couronne de France ;
le clergé adressa une lettre au pape ; la noblesse et le tiers-état écrivirent
aux cardinaux ; dans la lettre de la noblesse, on alla jusqu'à éviter
de donner à Boniface le titre de pape. Le pape Boniface s'empressa de
promulguer la constitution connue sous le nom de "Unam sanclam",
dans laquelle on lisait : "Il y a deux glaives ; à l'église
appartiennent les deux pouvoirs : le spirituel et le temporel ; elle a
en main les deux glaives. Le pouvoir temporel, qui est entre les mains
des rois, ne s'exerce que grâce à la bonne volonté, et à la pure tolérance
du prêtre. Le pouvoir temporel est entièrement subordonné au pouvoir
spirituel. C'est le pouvoir spirituel qui institue celui des puissants
de la terre ; il a aussi le droit de le juger s'il n'est pas bon. Si le
pouvoir des rois dévie de la voie droite, il sera jugé par le pouvoir
spirituel. Toute créature humaine est sujette au Pontife romain ; nous
le déclarons, nous le disons, nous le proclamons".
Les
17 et 20 janvier 1302, deux assemblées de prélats et barons se tinrent
à Paris ; les prétentions du pouvoir spirituel furent condamnées définitivement,
et le dimanche 11 du mois de février 1302, Philippe le bel fit brûler
publiquement, solennellement, la bulle ausculta, fili carissime; ce fut
le comte d'Artois qui la jeta lui-même dans le feu. Cette exécution
fut annoncée à son de trompe dans toutes les rues de Paris.