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Les Templiers

Le Procès

templiers.net Apporte la gloire, Seigneur,
non à nous, mais à ton nom
non nobis domine sed nomini tuo da gloriam

LE PROCÈS. Acte 8

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De novembre 1311 au 18 mars 1313 ou 1314 suivant la Pâques de cette année là.

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Aux termes de sa bulle, en date du 12 avril 1310, Clément V avait reporté l'ouverture du concile de Vienne au 1er octobre 1311. La première session s'ouvrit le 16 octobre; l'assemblée se composait d'environ trois cents évêques, sans compter les abbés, les prieurs. Clément V prit pour thème de son discours d'ouverture ces mots:
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Les œuvres du Seigneur sont grandes dans l'assemblée des justes.
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Clément V exposa qu'il avait réuni le concile pour trois causes :
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1° à raison des erreurs énormes et de l'hérésie des Templiers;
2° à raison des secours à porter à la Terre Sainte;
3° pour la réformation des mœurs et de l'état ecclésiastique,
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L'Ordre du Temple n'avait pas été cité ! La grande majorité des Pères voulait qu'on accordât aux Templiers la faculté de se défendre devant le concile, qu'on suivit les règles de la procédure et de la justice. Le concile ne voulait pas condamner sans avoir entendu l'accusateur et l'accusé.
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Un évêque italien, les archevêques de Reims, de Sens, de Rouen, le Pape et les cardinaux se déclarèrent seuls de l'avis qu'il fallait abolir promptement un Ordre dont plus de deux mille témoins avaient constaté la corruption; que la légitimité de cette mesure de rigueur se justifiait d'une manière suffisante par l'évidence des preuves. Cette opinion des archevêques de Reims, de Sens et de Rouen n'a rien qui puisse surprendre. Ils avaient eu leurs conciles provinciaux. Le Pape et les cardinaux étaient de l'avis des quatre prélats dont nous venons de parler.
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La majorité des Pères persista à soutenir que l'Ordre n'avait pas été cité; qu'en droit il était impossible de le condamner. La difficulté de citer l'Ordre tout entier était grande, mais c'était l'affaire des demandeurs et de l'accusation.
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Les adversaires d'une procédure régulière dirent que devant la grande commission d'enquête, les Templiers n'avaient pas voulu constituer mandataires, qu'on ne pouvait citer l'Ordre tout entier; car beaucoup de Frères; de l'Ordre lui-même, avaient été reconnus innocents dans plusieurs pays.
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La grande commission avait accepté les Frères de Pruino, de Bononia, de Chambonnet et de Sartiges, pour assister aux dépositions des témoins, avec droit de produire toutes observations et défenses; il n'était pas exact d'en conclure que les Templiers avaient refusé de constituer mandataires pour défendre devant le concile général, c'était tout le contraire.
Les Templiers avaient offert de défendre personnellement devant le concile, ils avaient supplié humblement les membres de la commission d'enquête de leur permettre de se rendre librement au concile général. Ils s'étaient réservé de choisir, d'envoyer des mandataires pour défendre devant lui; mais deux des quatre Frères défenseurs mis en avant par les Templiers, de Pruino et de Bononia, avaient été condamnés, dégradés par le concile de Sens.
Quant aux deux autres, de Chambonnet et de Sartiges, on les avait mis dans l'impossibilité d'agir.
Voilà la vérité.
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D'ailleurs, dans une session du mois de novembre 1311, sept chevaliers du Temple se présentèrent spontanément devant le concile; à une autre session comparurent deux autres chevaliers qui se joignirent aux précédents.
Ils s'offrirent à la défense de l'Ordre, et déclarèrent que 1,500 à 2,000 autres Frères qui se trouvaient à Lyon et aux environs faisaient cause commune avec eux.

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Clément V s'alarma, fit arrêter et jeter en prison ces neuf chevaliers; puis il s'empressa d'écrire à Philippe le Bel pour l'avertir de cet incident, en l'invitant à veiller à la garde de sa personne, ajoutant qu'il avait cru devoir employer des précautions pour sa sûreté personnelle. La violence supprima une fois encore la défense, et pour jamais.
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Le concile traînait en longueur; Philippe le Bel eut recours au moyen qui lui avait toujours réussi, les états généraux !
Par lettres en date, à Poissy, du 30 décembre 1311, le Roi convoqua les états généraux à Lyon pour le 10 février 1311 suivant, jour de l'octave de la Purification. Il est certain que Philippe tint une assemblée des notables du royaume, pour délibérer au sujet de l'affaire des Templiers, avant de se rendre au concile de Vienne; c'est bien au 10 février 1311 que fut fixée la convocation, et non pas en 1312.
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Nous le répétons, l'année 1312 ne commença qu'au jour de Pâques, qui tomba le 26 mars.
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La mesure prise par Philippe fut pleine d'efficacité :
à défaut de renseignements sur les états généraux de 1311, on peut cependant présumer, d'après les résultats de ceux de 1308, quelle en fut l'issue. On fut mis en demeure, à Vienne, de prendre une résolution.
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L'évêque de Mende, Guillaume Duranti, proposa alors un expédient :
Clément V fut prié de se charger de prononcer une sentence, en vertu de la plénitude de son pouvoir apostolique. Cette solution fut examinée, mûrie; il y eut des hésitations. Enfin, dans un consistoire secret, tenu en présence des cardinaux et d'un certain nombre de prélats, le 11 des calendes d'avril, Clément cassa l'Ordre du Temple.
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La seconde session s'ouvrit le 12 avril 1312, en présence de Philippe, de son frère Charles de Valois, et des trois fils du Roi. Philippe était assis sur un siège plus bas que celui du Pape.
Clément V prononça publiquement une sentence d'abolition. Avec l'approbation du saint concile, "mais Baynaldi a bien soin de dire sans participation du concile", bien que nous ne puissions pas juger en droit, mais par voie de provision, en vertu de notre autorité apostolique, nous supprimons à toujours l'Ordre du Temple; nous réservons au Saint-Siège tous les biens meubles et immeubles, droits, actions, dans toutes les parties du monde.
Nous les attribuons aux Hospitaliers, à l'exception des biens et terres de Castille, d'Aragon, de Portugal, et des iles Majorques, que nous réservons à la disposition du Saint Siège, jusqu'à ce qu'il en soit par nous autrement ordonné.
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Les Hospitaliers s'étaient déclarés les hommes liges, "Qui a rendu à son seigneur un hommage l'engageant à une fidélité absolue" du Roi.
Boutaric cite un passage d'une lettre que le grand maître de cet Ordre, Foulques de Villaret, écrivit à Philippe le Bel, qu'il qualifie de lumière, de flambeau de l'orthodoxie.
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Dans l'intention du Pape, les biens du Temple d'Angleterre étaient compris dans l'adjudication accordée aux Hospitaliers.
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Le pape Jean XXII donna cette interprétation à la sentence de Clément V. Par bulle en date, à Avignon, du 13 mars 1317, Jean XXII ordonna à ceux qui occupaient les biens ayant appartenu au Temple, en Angleterre, de les restituer aux Frères de l'Hôpital.
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En Sicile, en Provence, les valeurs mobilières du Temple avaient été partagées entre Charles II et Clément V. La cour de Rome s'empara de plusieurs fonds appartenant à l'Ordre, tels que ceux des maisons préceptoriales de Roais et de Boisson, de Saint-Romain, de Malegarde, de Villedieu, du Temple de Cavaillon, de Saint-Vincent, près de Saint-Paul-Trois-Châteaux, des biens dépendant des commanderies de Richarenche, des églises de Caïran, de Sainte-Cécile, de Barboton, et de tout ce que l'Ordre possédait dans le comtat Venaissin.
Par bulle en date, à Granselle, du 15 juillet 1313, Clément s'entendit avec Robert de Sicile au sujet des biens du Temple existant encore dans son royaume. Le pape Urbain V, par lettres en date, à Avignon, du 24 septembre 1366, enjoignit à don Pèdre IV, roi d'Aragon, de mettre les Hospitaliers en possession des biens du Temple. Le roi de Castille, Ferdinand IV, mit la main sur les biens de l'Ordre. Par lettres en date, à Avignon, du 19 mai 1387, le pape Clément VII attribua les biens du Temple se trouvant dans les Espagnes aux Ordres de Saint-Jacques et de Calatrava. En Portugal, les biens furent attribués à l'Ordre du Christ.
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II y avait un grand Ordre dans l'Église écrit Albéric de Rosale...
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J'ai entendu dire par un de ceux qui avaient examiné la cause et reçu les dépositions des témoins, que l'Ordre du Temple avait été détruit, contrairement à toute justice. II m'a déclaré que le Pape avait reconnu qu'en droit il ne pouvait abolir l'Ordre; mais qu'usant de son pouvoir apostolique, il l'avait cassé par voie d'expédient, afin de ne pas scandaliser son éminent fils le roi de France.
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Nous ne saurions trop le faire remarquer, et ceci est capital, l'Ordre du Temple n'a pas été CONDAMNÉ en JUGEMENT; ce que Frachetto exprime fort bien en ces termes :
"non per modum deinitivce sententics".
"Sans aucune façon définitive observé"

Les expressions de la chronique de Bernard Guidonis sont encore plus explicites :
"Le Pape cassa l'Ordre par voie de provision, plutôt que par voie de condamnation".
Quel contre-sens ! Le Saint-Siège prêche la croisade, réunit un concile pour aviser aux voies et moyens d'une expédition, et il commence par supprimer ses meilleures troupes !
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Schaell et d'autres historiens nous semblent avoir confondu les effets d'une condamnation en justice avec ceux de la cassation de l'Ordre.
Schoell croit que la suppression suffisait parfaitement pour que Philippe le Bel pût s'emparer des immeubles du Temple; il en conclut que le Roi ne fut pas houssé par la seule avidité. Sans doute Philippe était poussé par plusieurs mobiles; mais nous ne pouvons partager entièrement l'opinion de Schoell.
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La cassation de l'Ordre n'entraîna pas la confiscation des biens, parce que l'Ordre ne fut pas condamné en jugement. Les biens restèrent biens d'Église et, comme tels, inaliénables.
L'attribution à un autre Ordre religieux, une autre religion, conserva à ces biens d'Église leur caractère d'inaliénabilité, car rien n'était changé à leur affectation primitive. Une condamnation de l'Ordre en justice eût produit des effets bien différents. Tout jugement de condamnation pour cause de crime, d'hérésie, de sacrilège, d'apostasie, de lèse-majesté divine, entraînait la confiscation des biens en même temps que la confiscation de la personne.
Le profit de cette confiscation appartenait au pouvoir séculier et temporel les corps confisquait les biens. Ce principe, qui fut écrit plus tard dans l'article 183 de la coutume de Paris, était général.
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L'opinion des légistes du roi d'Angleterre, duc d'Aquitaine, était très-formelle à cet égard :
Toute confiscation des biens du Temple pour cause d'hérésie, de lèse-majesté, de tout crime public, disait le sénéchal d'Aquitaine Jean Hastings, appartient au duc dans son duché. Il en use comme il le veut.
Le Temple n'a pas été condamné pour hérésie, il a été cassé !

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Philippe le Bel voulut frapper l'Église de Rome dans la personne morale de l'Ordre du Temple. Il inventa le procès à la suite duquel cet Ordre devait être détruit. Il le poursuivit sous prétexte de religion, et l'Église donna à ce roi inflexible des armes contre elle-même.
Il dirigea contre les Templiers une véritable croisade de légistes ambitieux, devenus ses nouveaux hommes liges. Philippe trouva en face de lui un pape, sa créature, dans l'impuissance de lui résister. Les expéditions malheureuses de Louis IX, les guerres d'Aragon, de Flandre et d'Angleterre, l'entretien d'armées permanentes avaient épuisé les finances de l'État. Philippe le Bel voulut par tous moyens faire condamner l'Ordre, et obtenir la confiscation des biens au profit de son domaine; mais c'était trop demander à la faiblesse de Clément V, qui, forcé de sacrifier les hommes et l'Ordre, ne voulut pas sacrifier les biens. L'Église s'y refusa.
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Sans doute, Philippe était capable de toutes les audaces, de tous les coups de force; nous avons vu que, dans un de ses mémoires, son conseiller Dubois lui avait indiqué que l'on devait révoquer les donations faites au Temple, devenues sans objet.
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Avec ses états généraux, ses bourgeois et ses communes, avec un arrêt de son parlement, le Roi aurait pu obtenir ces révocations :
mais ce coup de force avait ses périls, Philippe aurait rencontré la résistance du pouvoir spirituel, et, ce qui pouvait devenir plus grave, les revendications des barons, au nombre desquels se trouvait le roi d'Angleterre, duc d'Aquitaine.
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Nous ne voulons point passer sous silence une réflexion de Ferretus Vicentinus :
Le peuple, dans son ignorance condamna la rigueur de la sentence rendue par le Pape au concile de Vienne; mais il n'est pas croyable que Clément V ait cédé, soit à la haine, soit à la prière.
Il céda à la terreur que lui inspirait ce roi redoutable. Clément eut toujours une peur terrible de Philippe le Bel. Le Roi, ayant appris que le Pape favorisait les projets conçus par l'empereur Henri VII d'attaquer le roi de Sicile, Robert, et de s'emparer de ses États, envoya, au mois de juillet 1313, à Avignon ceux de ses affidés auxquels il avait confié autrefois l'exécution de ses desseins contre Boniface VIII à Anagni. Ces affidés acquirent la preuve que Clément avait fait préparer des lettres par lesquelles il recommandait aux fidèles d'appuyer l'expédition préparée par le roi des Romains. Des reproches amers, des menaces auraient été adressés au Pape, de la part de Philippe. Le chef des députés du Roi aurait osé dire à Clément :
Ne vous souvenez-vous plus du cas dans lequel, par son audace, s'était mis Boniface ?
Si cet exemple ne vous a pas servi d'enseignement, prenez garde de n'en pas faire vous-même l'expérience !
L'infortuné Clément V s'était mis dans le cas de tout supporter de la part de Philippe le Bel.

Le pape fut forcé, dans cette circonstance, de casser la décision de Henri VII, qui avait déclaré Robert déclin de son trône et de la couronne de Sicile. Clément, après avoir menacé fleuri de l'excommunication, s'il persistait dans ses desseins, l'excommunia lorsqu'il apprit qu'il se préparait à attaquer le royaume de Naples.
Il ne faut pas oublier que le Pape était seigneur suzerain du roi de Naples, et que ce dernier était justiciable du Saint-Siège, et non de Henri VII.
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La Tour du Temple, dans laquelle en 1306 Philippe avait trouvé un asile contre la fureur du peuple de Paris, servit de prison en 1315 à Enguerrand de Marigny, un des avides persécuteurs des Templiers; il n'en sortit que pour être conduit au gibet.
Le corps de cet ancien premier ministre resta exposé pendant deux ans à la potence, de 1315 à 1317. Cette même la Tour devait un jour devenir la dernière demeure du plus malheureux et du plus faible des hommes de la race des Capétiens.
Après le concile de Sens, Philippe avait fait exhumer et brûler les os du trésorier du Temple, constructeur de la Tour féodale et souveraine.
Cinq siècles plus tard, le peuple de Paris jetait dans un lit de chaux les ossements de Philippe le Bel, qu'il exhumait sous le chœur de la basilique de Saint-Denis.
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Quant aux cendres de Clément V, l'histoire rapporte qu'elles éprouvèrent le même sort en l577.
Le mausolée qui lui avait été élevé à Useste (diocèse de Bazas) fut pillé, renversé par les calvinistes; les cendres du Pontife furent jetées au vent, et le reste de son corps dans le Feu.
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Après le concile de Vienne, dont la troisième et dernière session fut célébrée au cours du mois de mai 1312 les Templiers furent jugés suivant leurs actes personnels.
Les conciles provinciaux eurent pleins pouvoirs. Les Frères qui refusèrent d'avouer, ou qui, après avoir passé des aveux sous l'influence de la torture; s'étaient rétractés, furent impitoyablement condamnés comme impénitents, obstinés et relaps.
Quant à ceux qui avaient avoué et qui avaient persisté, on leur accorda d'honorables subventions sur les biens de l'Ordre.
La cédule présentée le 1er avril 1310 par le défenseur Pierre de Botionia contient donc la vérité :
Elle disait :
D'autres ont été séduits par l'argent et par de grandes promesses; on leur a promis des rentes viagères, la vie, la liberté.
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Le 1er décembre 1318, par bulle datée d'Avignon, le pape Jean XXII ordonna aux Frères Prêcheurs et aux Frères Mineurs de fournir des secours et des aliments aux Templiers qui avaient survécu à la destruction de l'Ordre; mais ce pape prescrivit aux archevêques de veiller à ce que les Templiers entrassent dans des monastères désignés, et de refuser toute espèce de ressources et de solde à ceux d'entre eux qui, s'étant mariés, se refuseraient à renvoyer leurs épouses. II y en eut qui avaient échappé aux inquisiteurs, qui s'étaient soustraits aux recherches par la fuite; ceux qui étaient salis notoriété se livrèrent, pour vivre, aux plus humbles métiers; ceux qui appartenaient à des familles nobles et connues durent changer de nom et de condition.
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Clément V s'était réservé le grand maître Molay et les principaux de l'Ordre.
Le 23 décembre 1313, le Pape donna commission à trois cardinaux français de se transporter à Paris et d'y agir en son nom.
Ces prélats étaient : Arnaud de Farges, neveu de Clément V,
Arnaud Novelli, moine de Cîteaux, pensionnaire de la France,
et
Nicolas de Freauville, Frère Prêcheur, autrefois confesseur et conseiller du Roi, de la Famille des Marigny, qui prit pour adjoint son parent, Philippe de Marigny, archevêque de Sens, avec quelques autres évêques et décrétistes.
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On dut procéder à de nouveaux interrogatoires; car, parait-il, Molay, le commandeur de Poitou et d'Aquitaine, Geoffroy de Gonaville, le commandeur de Normandie, Gaufridus de Charneio et le grand visiteur Payrando, confirmèrent leurs aveux, en présence de l'archevêque de Sens et autres prélats convoqués. Ils furent condamnés à la prison perpétuelle.
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Le lundi 18 mars 1313, la veille de la fête de saint Grépire, les cardinaux firent dresser un échafaud devant le parvis de Notre-Dame, afin de donner lecture publique des aveux et de la sentence.
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Molay et ses Frères parurent sur cet échafaud; un dés cardinaux prit la parole et déclara au peuple que ces Templiers étaient condamnés seulement à la prison perpétuelle, pour avoir confessé leurs fautes, à l'instant, comme ces juges y pensaient le moins,
le grand maître et le maître de Normandie se levèrent, en présence de la foule et des juges, et déclarèrent que tout ce qu'ils avaient dit dans leurs interrogatoires était faux.
Ils soutinrent n'avoir passé d'aveux qu'à la persuasion du Pape et du Roi, par complaisance pour le Pape et pour le Roi, et protestèrent énergiquement contre les cardinaux et contre l'archevêque de Sens.
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Aussitôt les cardinaux les livrèrent au prévôt de l'arts, qui était là présent, pour les représenter le lendemain.
Ils furent tous quatre reconduits en prison. L'Intention des juges était de reprendre l'affaire le lendemain.
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Cette nouvelle si étrange fut portée au Roi, qui aussitôt rassembla son conseil, sans y appeler aucun ecclésiastique. Il fut décidé que sur le soir le grand maître, le précepteur de Normandie, seraient brûlés dans l'île du Palais, entre le jardin du Roi et les Augustins, ce qui fut exécuté.
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Ces pauvres chevaliers qui avaient le monde à leurs pieds en 1306, étaient livrés aux flammes de l'enfer sur des accusations mensongères aux profits de la jalousie, de l'envie de Philippe et d'un Pape fait de toute pièce pour cette sale besogne. Molay et de Charnay endurèrent ce rude supplice, protestèrent jusqu'à leur dernier souffle, disant que tout ce qu'ils avaient déposé était faux, ce qui étonna le peuple qui assista à cette exécution.
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Voici ce que l'on trouve dans les chroniques :
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Ledit jour 18 mars 1313, à l'heure de vêpres, Molay et son compagnon furent brûlés, en la présence du Roi, devant son jardin du Palais, en l'Isle des Juifs, dans une petite île qui se trouvait sur la rive gauche de la Seine, entre les Augustins et le jardin du Roi.
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En 1313, la cité finissait à l'endroit où se trouve la rue du Harlai; à la pointe, en aval, à l'est du jardin du Roi, existaient deux petites îles parallèles; celle de la rive droite s'appelait île de Bucy ou île du passeur aux vaches; l'île de la rive gauche s'appelait île aux treilles, île de Seine ou île aux Juys; cest bien le nom d'isle aux Juys, employé par le chroniqueur. Ces renseignements exacts sont. L'emplacement de ces deux îles est aujourd'hui occupé par la place Dauphine et le pont Neuf.
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J'ai volontairement laissé cette explication sur les dates : je n'entrerai pas dans la polémique !
Mais il est vraisemblable qu'il y ait une erreur d'année !!!

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Maillard de Chambure, affirme qu'on a acquis la certitude que l'exécution de Molay eut lieu le 11 mars 1314. L'année 1314 tomba à Pâques le 7 avril; le Pape et le Roi étant décédés, l'un le 12 des calendes de mai (30 avril 1314), et l'autre le vendredi 29 novembre de la même année, il résulterait de cette affirmation de Maillard que Molay serait mort après Clément V et Philippe le Bel (l'année 1315 commença à Pâques, le 23 mars). Pour nous, la date exacte du supplice de Molay est du lundi 18 Mars 1313. En voici la preuve, que nous trouvons dans le même arrêt du Parlement, cité en note. Après l'exécution de Molay dans file aux Juifs, l'abbé et le couvent de Saint-Germain des Prés, qui avaient toute juridiction sur cette île, se plaignirent de la violation de leurs privilèges, et demandèrent réparation. Philippe le Bel leur accorda, en mars 1313, des lettres de non-préjudice Philippe le Bel assuma sur sa tète une responsabilité terrible; le Roi commit un abus d'autorité énorme, en usurpant les attributions des juges ecclésiastiques : aberration de la part d'un homme d'État de sa valeur !

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c'est à vous d'en juger, le dictionnaire petit robert et l'encyclopédie universalis donnent 18 mars 1314.
Je n'ai pas d'avis, car il serait difficile pour ne pas dire vain de vouloir faire des recherches à l'heure
actuelle, attendons que de nouvelles pièces soient mise à jour par les historiens.

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Philippe viola les principes de la séparation des pouvoirs pour lesquels il luttait depuis longtemps avec la nation, avec l'Église de France elle-même. L'auteur de l'Histoire de la papoté nous dit que l'Eglise n'eut aucune part à l'exécution du grand maître du Temple et de son compagnon. Sans doute, puisque le tribunal ecclésiastique ne fut pas mis à même de prononcer;
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mais les légats ne sont-ils pas responsables des faits qui ont préparé ce dénouement atroce ?
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Il faut se souvenir que les trois cardinaux Bérenger, Étienne et Landulphe avaient, en 1308, absous les cinq grands de l'Ordre. qu'ils les avaient admis il communion, réconciliés avec l'Eglise, qu'ils avaient demandé leur grâce au Roi, et ce, de l'autorisation de Clément V, et voilà que cinq ans après on déchire une sentence d'absolution, une sentence apostolique, voilà que l'on condamne à la prison perpétuelle ces mêmes hommes auxquels l'Élise avait ouvert les bras de miséricorde et les portes du cachot !
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Cependant Molay et ses frères n'étaient ni des obstinés, ni des impénitents, puisqu'ils venaient de confesser à nouveau leur erreur, et de confirmer publiquement des aveux qu'ils n'avaient jamais rétractés.
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Philippe le Bel manqua à la promesse qu'il avait faite à Molay, lors de l'entrevue de Poitiers, de lui accorder sa grâce s'il persistait dans ses aveux. Molay ne se rétracta qu'après avoir entendu prononcer sa condamnation à la prison perpétuelle. Toute réflexion est superflue !
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L'impression générale fut très défavorable à Philippe. Le peuple se rua sur le bûcher, recueillit les cendres des martyrs et les emporta comme une précieuse relique. Chacun se signait, et ne voulait plus rien entendre.
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Il s'éleva dans toute l'Europe un cri d'indignation contre la condamnation des Templiers. Leur mort fut belle, tant admirable et inouïe, qu'elle rendit la cause de Philippe le Bel d'autant plus suspecte. Philippe, atteint d'avarice, les fit cruellement traiter, plus pour l'affection désordonnée de recouvrer leurs grands biens que pour quelque zèle ou crainte de Dieu qui le touchait.
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La précipitation de Philippe le Bel et de sont conseil à condamner au bûcher Molay et le maître de Normandie, à les faire disparaître, fut calculée, et c'est là que l'odieux se manifeste;
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les cardinaux avaient reçu mission du Pape d'appliquer la peine à la prison perpétuelle, et non la mort; en sorte que si Molay et son compagnon avaient été ramenés devant les légats le mardi 19 mars 1314, ces ecclésiastiques avaient le devoir de donner avis au Pape de l'incident et de lui en référer, avant de prendre une nouvelle décision. Le devoir des légats était de protester. Ils n'ont pas osé.
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Ferretus Vicentinus rapporte qu'au cours de l'année, après le supplice de Molay, un Templier fut conduit de Naples devant Clément V, auquel ce Frère aurait adressé des paroles d'imprécation terribles, faisant appel au Dieu vivant et vrai, prédisant au Pape que lui et Philippe le Bel mourraient dans l'an et jour.
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L'historien met deux discours très énergiques dans la bouche de ce Templier. II ne faut pas croire à cette mise en scène; mais il est clair que Ferretus Vicentinus s'est fait ici l'écho de l'indignation générale soulevée contre Clément V et Philippe le Bel.
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La prétendue prédiction de ce Templier se serait réalisée. Le Pape mourut de la dysenterie et de vomissements à Roque-Maure, le 12 des calendes de mai, 20 avril 1314, la neuvième année de son pontificat. Ferretus Vicentinus ajoute à son récit que la prédiction s'est accomplie.
Philippe décéda le vendredi 29 novembre 1314, à Fontainebleau, où il s'était fait transporter dans les premiers jours du même mois.
Le peuple, nous dit Villani, attribua la mort prématurée de Philippe à la colère du ciel, qui vengeait Boniface VIII et les Templiers.
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On avait aussi attribué la mort de Nogaret à cette terrible vengeance.
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Il s'avère que Guillaume de Nogaret mourut parce qu'il dit des abomination de sa langue de traître contre le Pape, dont le Roi fut si émerveillé et plusieurs autres personnes de son entourage avouèrent être contre Boniface VIII.
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Nous ne terminerons pas sans parler du concile qui fut tenu à Narbonne en 1315, après la mort de Philippe le Bel et du pape Clément V.
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On se souvient que Bernard de Farges, neveu de Clément V, avait été forcé de quitter son siége de Rouen, qu'il avait permuté avec Gilles Aiscelin, archevêque de Narbonne, en mai 1311. Bernard de larges, qui avait condamné au feu les chevaliers de la petite commanderie de Pont-de-l'Arche, pensa qu'il devait recommencer les mêmes agissements dans son nouveau diocèse.
Cet archevêque convoqua un concile de la province par lettres en date, à Carpentras, du mois de septembre 1315; il y appela entre autres Guillaume, évêque d'Elne, son suffragant, à qui il écrivit, quelques jours après, pour lui ordonner d'amener au concile tous les Templiers détenus dans les prisons de son diocèse, et d'apporter les procédures qui avaient été suivies contre eux, pour disposer ensuite de leurs personnes. L'évêque d'Elne était alors absent et dans un pays éloigné. Ses grands vicaires, à qui ces ordres furent signifiés, étant prêts à partir au commencement d'octobre, pour se rendre à la convocation de Bernard de Farges, se présentèrent à l'audience du roi de Majorque dans son palais de Perpignan, pour lui en faire part.
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Une commission d'inquisition s'était réunie à Elne, comme nous l'avons déjà marqué, le 11 janvier 1309, sous la présidence de l'évêque Raymond; elle avait interrogé vint-cinq Templiers, qui tous avaient opposé d'énergiques dénégations; le procès-verbal qu'on pourra lire à la page 423 du volume deuxième des Documents inédits était négatif. Nous relevons quelques protestations énergiques.
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Le Frère RAYMOND DE GARDIE; avait déclaré que ceux qui avaient confessé de pareilles erreurs n'étaient pas des hommes, mais des démons infernaux.
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Le Frère RAYMOND DE GARDIE avait dit que si le grand maître avait passé de semblables aveux, il en avait menti par sa tête.
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Le Frère GUILLELEME DE THERADE; avait protesté que si des Frères avaient avoué de pareilles erreurs, ils en avaient menti par la gorge.
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Les inquisiteurs d'Elne n'avaient pas eu recours à la question; mais le moyen pouvait être employé par les Pères du concile de Narbonne, et, sans aucun doute on eu alors obtenu tons les aveux désirables; on serait ainsi parvenu à ce qu'on appelait alors la manifestation de la vérité !
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Le roi de Majorque fit répondre aux grands vicaires, par Guillaume de Canet, son lieutenant, que, le feu pape Clément V l'ayant chargé de la garde de ces Templiers, il ne pouvait les remettre sans un ordre du Pape, son successeur; que si ces prisonniers devaient être punis des crimes dont ils étaient accusés, il était en droit de leur faire subir le supplice dans ses domaines, où ils les avaient commis, et de les faire juger par sa cour;
mais que, de crainte que l'archevêque de Narbonne, l'évêque d'Elne, ou leurs officiaux, n'entreprissent quelque chose contre sa juridiction, ou qu'ils n'usassent d'excommunication ou d'interdit, il en appelait au Saint-Siège, ou au Pape futur. c'est tout ce que l'on sait de ce concile de Narbonne.
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On a écrit que le pouvoir et Philippe le Bel ne s'était pas enrichi des dépouilles du Temple. On a voulu dire sans doute que, Philippe ayant trouvé moyen de dissiper la plus grande partie des valeurs mobilières de l'Ordre sur lesquelles il avait mis la main, le trésor royal resta dénué comme avant sa mort. Selon l'expression du père Mansuet, les coffres du Roi, semblables au tonneau des Danaïdes, se vidaient à mesure qu'on y versait.
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Nous allons pouvoir nous rendre compte des sommes énormes dont Philippe et les siens profitèrent. On ne pourrait faire le calcul, même approximatif, de ces richesses mobilières.
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lire : attribution des biens de l'Ordre