Philippe le Bel détient tous les pouvoirs.
Le
marché sur le dos de l'Ordre | La chronique
de Nangis |
Le premier document | Le
formulaire du Saint-Siège. | Ma conclusion
Le marché entre Philippe et Clément sur le dos de l'Ordre
Philippe
le Bel avait accepté à la proposition que Clément lui avait faite,
repousser l'affaire de Boniface VIll jusqu'au prochain concile général
Le Roi indiqua Vienne comme lieu pour cette réunion; ce qui fut accepté
par le Pape.
Les Templiers sont, à partir de ce moment, destinés au sacrifice pour
sauver la mémoire du pape Boniface VIII, eux qui avaient adhéré à
l'appel au futur concile porté contre lui par Philippe le Bel en 1303 !
Pour faire lâcher prise aux adversaires du pouvoir des papes, le Saint-Siège
leur abandonne les Templiers et l'Ordre et Temple.
Le
Roi quitta Poitiers à la fin du mois de juin 1308, et confia à Guillaume
de Plasian, chevalier rusé et discret, le soin de surveiller la réalisation
des conventions arrêtées entre le Pape et le Roi, au cours de l'entrevue
de Poitiers.
Voici en quoi ces accords avaient consisté :
1)
Les Templiers seront remis entre les mains de l'Eglise.
2) On rendra aux inquisiteurs et aux prélats leurs pouvoirs.
3) Les biens du Temple seront placés sous la main de l'Église, employés
uniquement pour la conservation de la Terre Sainte, et à rien d'autre.
La
condescendance du Pape alla plus loin. Le cardinal de Préneste, Pierre de
la Chapelle, son nonce, investi des pleins pouvoirs, fit des concessions
qui rendirent Philippe maître absolu de la situation. Le cardinal de Préneste
recevra de Philippe le Bel en 1311 la récompense de ces services, des
rentes affectées aux besoins d'une église et d'un cloître fondés dans
le diocèse de Limoges par le dit Pierre de la Chapelle, originaire du
Limousin:
considérant
les grands services rendus par le cardinal de Préneste à nous et à
notre royaume, voulant le récompenser de notre faveur et de notre grâce
spéciale
Il
fut également dit que, le Pape et l'Église ne pouvant garder les
Templiers, ces derniers resteraient sous la garde du Roi, que les biens du
Temple demeureraient aussi sous sa garde, que ces biens seraient administrés
par des curateurs assermentés en nombre égal, choisis par le Pape, et
secrètement par le Roi.
Ainsi
la comédie est complète, les Templiers, les biens restent pour tout le
monde sous la main du Pape, sous sa sauvegarde; mais secrètement les
biens restent avec les personnes sous la main du Roi.
Il fut convenu qu'il serait tenu un relevé des revenus de l'argent et
valeurs mobilières; que les curateurs rendraient un compte annuel; que
ces biens, sous aucun prétexte, ne pourraient servir qu'aux besoins de la
Terre Sainte. La bulle du Pape, en date, à Poitiers, du 1 er, juillet
1309, prouve le compromis passé entre Clément et Philippe le Bel.
Mais pas une Livre, pas un denier ne furent employés aux besoins de la
Terre Sainte !
Les
Templiers restèrent donc, en fait, dans les prisons du Roi. Clément réserva
les droits de l'Église; Philippe réserva ceux des tiers, les siens
d'abord, puis ceux des prélats, ducs, comtes, barons et autres, à raison
des hommages, fiefs et autres droits féodaux qui pouvaient être dus. Clément
rendit aux ordinaires, dans leurs diocèses, leur juridiction. Il restitua
aux inquisiteurs de la foi tous leurs pouvoirs, le droit de procéder avec
les ordinaires :
Cette
concession coûta beaucoup au Pape; il la considéra comme contraire à
son honneur, cette concession étant difficilement acceptable.
Clément
V sentait son Honneur engagé lorsqu'il abdiquait de cette façon son
autorité, en associant des inquisiteurs Frères Prêcheurs et mineurs aux
prélats. Le Pape abdiquait son autorité, car lui seul avait juridiction
sur les Frères du Temple; ces derniers se plaignirent amèrement, mais en
vain, de cette abdication.
Les commissions d'inquisiteurs furent organisées; Clément leur transmet
un formulaire de questions qui devaient être posées aux Templiers soumis
à l'examen. Le Pape se réserva d'une manière absolue le droit
d'examiner et de juger les chefs, les grands de l'Ordre. Ces commissions
furent composées d'un l'évêque, de deux chanoines, de deux Dominicains
et de deux Frères Mineurs.
Clément
V prescrivit à tous les souverains d'arrêter les Templiers. En résumé,
la situation resta la même qu'au 13 novembre 1307 - Philippe le Bel était
maître de la position sur toute la ligne.
On trouve dans le volume XX, des Notices et extraits des manuscrits, N°
XXXIII, le détail des négociations suivies avec Clément V à Poitiers,
au courant des mois de juin et juillet 1308.
Ce
sont les bulles et autres écrits que moi, Guillaume de Plasian, j'ai
apportés de Poitiers au mois d'août 1308, et que j'ai remis au Roi notre
maître à Neufmarché-sur-Epte, le 5 septembre de la même année.
-
La première bulle du Pape est adressée à tous les prélats du royaume de France, aux inquisiteurs.
-
La deuxième bulle est adressée au Frère Guillaume, inquisiteur de France. A la prière du Roi, le Pape pardonne particulièrement audit inquisiteur l'indignation qu'il avait conçue contre lui, à l'occasion de la procédure qu'il avait engagée de sa propre initiative contre les Templiers.
-
La troisième bulle est adressée à tous les prélats de France , le Pape désigne les personnes qu'ils doivent s'adjoindre dans les procès à diriger contre les Templiers.
-
La quatrième bulle est adressée au Roi; le Pape lui notifie que dans le cas où l'Ordre serait supprimé, dissous, aboli, il entend que tous les biens présents et futurs soient employés aux besoins de la Terre Sainte, et non autrement; qu'il s'interdit à lui et à ses successeurs, toute autre destination.
-
La cinquième bulle est adressée au Roi; le Pape lui rappelle les prescriptions contenues en la bulle précédente, et il ajoute que les biens seront administrés par des curateurs généraux et spéciaux qui seront établis dans chaque diocèse, que les revenus et produits en argent seront mis en sûreté, hors du royaume, en certains lieux, et placés sous la sauvegarde du Roi.
-
La sixième bulle est adressée au Roi; le Pape lui concède le droit de nommer, de son côté, des curateurs et des administrateurs qui se concerteront avec ceux qui seront choisis par le Pape et les prélats. Le Pape veut que les curateurs et administrateurs prêtent serment de rendre un compte fidèle chaque année.
-
La septième bulle est adressée aux prélats du royaume; le Pape leur permet de nommer des administrateurs choisis dans chaque ville et dans leurs diocèses.
-
La huitième bulle est adressée au Roi, le Pape entend que ce qui a été fait par lui et le Roi, touchant les personnes et les biens des Templiers, ne puisse porter aucun préjudice au Roi, aux prélats, aux ducs, comtes, barons et autres, pour les hommages, fiefs et autres droits qui leur étaient dus lors de l'arrestation des Templiers.
-
La neuvième bulle est adressée à Pierre de la Chapelle, évêque de Préneste. Le Pape lui donne pouvoir de recevoir les Templiers des mains du Roi, et d'aviser à ce qu'ils soient gardés en dehors du royaume, au nom du Pape et des prélats.
-
La dixième bulle est adressée au Roi; le Pape lui signifie la commission dont il a investi l'évêque de Préneste.
-
La onzième lettre émane de l'évêque de Préneste, qui fait savoir à tous que le Pape lui a donné pouvoir de faire garder les Templiers hors du royaume.
-
La douzième lettre émane du Roi; elle est adressée au Pape. Il lui rend compte de la remise qu'il a faite des personnes des Templiers. (Le Pape a une lettre semblable émanée du Roi.
-
La treizième lettre émane du Roi, qui fait savoir au Pape qu'il a fait la remise des biens du Temple.
-
La quatorzième lettre émane du Roi. Il déclare au Pape qu'il veut que les biens de l'Ordre soient employés aux besoins de la Terre Sainte, et non autrement.
-
La quinzième lettre est écrite par le Roi au Pape; le Roi veut et consent que les décrets du Pape sur le fait des Templiers ne puissent tourner au préjudice du Pape et des libertés de l'Église romaine.
-
La seizième pièce est un rouleau en papier, sur lequel sont transcrits tous les noms des commissaires choisis par le Pape pour enquêter contre les personnes et l'Ordre du Temple, dans tous les pays de la chrétienté.
-
La dix-septième pièce est un rouleau en papier, sur lequel sont transcrits les noms de tous les prélats du monde que le Pape cite au concile général de Vienne.
-
La dix-huitième pièce est un rouleau en papier qui contient les divers chefs articulés en preuve contre l'Ordre du Temple.
-
La dix-neuvième pièce consiste en un rouleau en parchemin qui renferme les chefs d'inculpation dirigés contre les personnes de l'Ordre.
-
La vingtième pièce est un rouleau en parchemin qui renferme les instructions données contre les particuliers qui auraient caché les Templiers, leurs adhérents, fauteurs, et contre ceux qui ne les auraient pas arrêtés.
La Chronique de Nangis
La
chronique de Nangis est donc d'une exactitude parfaite, lorsqu'elle dit :
Les
biens furent confiés à la fidélité du Roi; il doit les conserver
jusqu'au prochain concile général, à sa charge de pourvoir aux frais de
nourriture et d'entretien des Templiers.
Philippe le Bel s'acquitta de ce devoir avec une parcimonie révoltante,
indigne d'un roi. Nous entendrons les plaintes de Molay et celles des Frères;
c'est navrant !
Le
Pape s'étant réservé d'examiner en personne le grand maître de l'Ordre
et les précepteurs de France, de Chypre, de Normandie, d'Aquitaine et de
Poitou, ordonna qu'ils fussent conduits devant lui à Poitiers, dans les
premiers jours d'août 1308; mais soit que les uns ou les autres fussent
malades, ou dans l'impossibilité de supporter la fatigue du cheval, on ne
put les transférer tous.
Dans cet état de choses, Clément chargea les cardinaux Bérenger, Étienne
et Landulphe de Saint-Angeli de se rendre à Chinon, pour les entendre,
sur la vu des procès-verbaux émanés de l'inquisiteur Guillaume de
Paris. Molay avait été transféré d'abord de Paris;
Les cardinaux avaient mission de donner l'absolution, s'il y avait lieu,
dans le cas où le grand maître et les Frères la demanderaient.
Arrivés à Chinon, et le samedi après l'Assomption, les cardinaux dirent
aux prisonniers qu'ils pouvaient parler en toute liberté et sans crainte,
parce qu'ils étaient entre les mains du Pape.
"Non
! Molay et les Frères n'étaient plus entre les mains du Pape !"
Ils
avaient été remis entre les mains de Philippe le Bel; le Pape et l'Eglise
avaient déclaré qu'ils ne pouvaient les garder; tous se trouvaient dans
les prisons du Roi et devaient y rester'.
Le grand maître Molay et ses Frères, confiants dans les paroles si
positives des cardinaux, se laissèrent aller à confirmer leurs premiers
aveux. Nous trouvons la preuve que les cardinaux déclarèrent à Molay et
aux autres Frères qu'ils pouvaient parler librement et sans crainte, dans
la bulle de Clément V du mois d'août 1308. On comprendra le mouvement
d'indignation exprimé par Molay contre les trois cardinaux, lors de sa
comparution du 26 novembre 1309 devant la grande commission d'enquête:
"Plût
à Dieu, s'écria Molay, que, dans le cas présent, les usages employés
par les Sarrasins et les Tartares fussent observés contre de tels pervers
! Les Sarrasins et les Tartares tranchent la tête aux pervers et les
coupent en deux".
Une
lettre adressée au Roi par les cardinaux Bérenger, Étienne et Landulphe,
en date, à Chinon, du mardi après l'Assomption 1308, nous explique ce
qui se passa, lors et à la suite de leur enquête:
Au
Roi.
Nous nous sommes rendus à Chinon, suite à l'ordre du Souverain
Pontife, pour entendre le grand maître du Temple, le maître de Chypre,
le visiteur de France, le précepteur de Poitou et d'Aquitaine et le précepteur
de Normandie, au sujet du crime d'hérésie dont eux et l'Ordre du Temple
sont inculpés.
Le samedi après l'Assomption, nous avons appelé devant nous le précepteur
de Chypre, nous lui avons fait connaître les divers chefs d'inculpation.
Après lui avoir fait prêter serment, en fils obéissant, il reconnut son
crime, avoua la coutume de renier Jésus-Christ et de cracher vers la
croix.
Le même jour, le précepteur de Normandie Godefroy de Charnay se présenta
devant nous, et après avoir prêté serment, il avoua avoir renié Jésus-Christ.
Le même jour, après vêpres, fut conduit devant nous le précepteur de
Poitou et d'Aquitaine Geoffroy de Gonavilla; il demanda à réfléchir
jusqu'au lendemain dimanche.
Ce jour-là, ce précepteur avoua avoir promis à celui qui l'avait reçu
dans l'Ordre, que si jamais les Frères lui demandaient s'il avait renié
Notre-Seigneur, il eût à répondre qu'il l'avait renié.
Le dimanche au matin, nous avons fait comparaître le Frère Hugo de
Payrando; puis, le même jour, après vêpres, le grand maître de
l'Ordre.
Ils demandèrent à réfléchir jusqu'au lendemain lundi, ce que nous leur
avons accordé.
Le lundi, le Frère Hugo de Payrando, après avoir prêté serment,
persista dans les aveux passés à Paris. Il déclara spécialement avoir
renié Jésus-Christ, vu la tête de l'idole; il avoua en outre d'autres
choses illicites, ainsi qu'il est consigné dans sa confession passée
devant l'inquisiteur de Paris.
Le mardi suivant, comparu devant nous le grand maître, qui, après avoir
prêté serment et pris connaissance des chefs d'inculpation, avoua la
coutume de renier Jésus-Christ et nous supplia d'entendre un Frère
servant, son familier, qui l'avait accompagné à Chinon, et qui voulait
passer des aveux.
Voyant le grand maître si repentant, si suppliant pour ce Frère servant,
bien que le Saint-Père ne nous eût pas donné mandat d'examiner d'autres
personnes que les cinq Frères ci-dessus nommés, nous avons cependant
consenti à entendre ce Frère servant.
Ce Frère comparut devant nous, et après avoir prêté serment, il avoua
avoir renié Jésus-Christ. Le tout a été consigné aux actes publics
qui ont été revêtus de nos cachets. Après les avoir ainsi entendus,
tous, abjurant toute hérésie, demandèrent l'absolution de leurs fautes;
nous la leur avons accordée, nous leur avons rendu la communion et nous
les avons admis aux sacrements.
Or, illustre prince, a comme on ne doit pas refuser miséricorde à celui
qui l'implore, que lesdits Frères demandent grâce, surtout le grand maître,
Hugo de Payrando et le précepteur de Chypre, à qui en raison de leurs
aveux spontanés et de leur humble attitude, méritent sincèrement pardon
devant Dieu et devant les hommes, nous supplions affectueusement votre
Royale Majesté de recevoir favorablement leur prière, parce qu'ils se
sont ainsi rendus dignes de votre miséricorde.
Écrit
au château de Chinon, le mardi après l'Assomption, l'année 1308.
Les
cardinaux remirent aux mains du Pape leur procès verbal à la date du 12
août 1308, Clément avait adressé une bulle générale à tous les chefs
des diocèses, en les invitant à réunir des conciles provinciaux pour
juger les personnes seulement des Templiers, sur le vu des procès-verbaux
d'enquête. Dans cette bulle, Clément V donne à comprendre que l'affaire
des Templiers ne peut en rester là, parce que les aveux passés en général
par les Frères, les aveux du grand maître prouvaient que tous avaient
gravement péché et contrevenu.
On trouve deux documents qui fournissent des renseignements précis sur la
manière dont furent composées les commissions d'enquête, sous la présidence
des prélats, et sur la manière de procéder.
Le premier document.
Clément V à la grande commission :
Nous vous mandons de procéder à une enquête dans toutes les villes,
dans tous les lieux de votre diocèse, contre les personnes des Templiers.
Cette enquête portera sur les questions que nous vous transmettons en
notre bulle, et sur tous autres points que nous abandonnons à vos lumières.
Nous voulons qu'après avoir fait votre enquête, vous réunissiez un
concile provincial pour juger les personnes que vous aurez examinées, et
que vous rendiez contre elles une sentence d'absolution ou de
condamnation, suivant les exigences du droit. Vous admettrez à ce concile
les inquisiteurs de la foi, envoyés dans votre province par le Saint-Siège,
avec voix délibérative, s'ils le demandent. Vous vous abstiendrez
d'informer et de prononcer jugement contre les maîtres et précepteurs de
l'Ordre, en Angleterre, qui seront examinés par certaines personnes,
auxquelles nous avons donné mandat spécial à cet effet.
Ce
dernier document nous apprend que les commissions d'inquisiteurs se
composaient d'un l'évêque, de deux chanoines, de deux Dominicains et de
deux Frères Mineurs. Furent membres de cette commission: pour instruire
contre les personnes (singulares personas Ordinis militioe Templi).
Nous
savons donc que les conciles provinciaux, sous la présidence de l'évêque,
devaient juger, condamner ou absoudre les personnes, suivant les cas, mais
qu'il s'agissait uniquement des personnes, et non de l'Ordre; que les
grands de l'Ordre avaient été réservés à Clément V; nous savons donc
que les commissions reçurent un formulaire de questions à poser aux Frères
qui comparaissaient devant elles.
Voyons
maintenant comment on procéda contre l'Ordre entier. La procédure fut
confiée à une grande commission spéciale; ces magistrats ecclésiastiques
entendirent les témoins pour et contre l'Ordre qui devait être jugé par
le concile de Vienne. Les témoins entendus furent, en général, des
Templiers qui refusèrent de défendre ou qui, après s'être offerts à
la défense, se rétractèrent. Cette grande commission entendit aussi
quelques témoins, mais en fort petit nombre, étrangers à l'Ordre.
La
bulle de Clément V, du 12 août 1308, fut adressée à l'archevêque de
Narbonne, aux évêques de Bayeux, Mende, Limoges, aux vénérables
Mathieu de Neapoli, notaire apostolique de la grande cathédrale de Rouen,
Jean de Mantoue, archidiacre de Trente, Jean de Montlaur, archidiacre de
l'église de Maguelonne, et Guillaume Aragon, prévôt de l'église d'Aix,
qui furent choisis par le Pape pour composer cette grande commission,
chargée d'instruire à Paris contre l'Ordre entier, et non plus contre
les personnes seulement.
Vous
vous réunirez à Paris écrit Clément V; par un édit, vous appellerez
devant vous les personnes qu'il y aura lieu de citer. Vous procéderez à
une enquête sur les chefs d'articulations que nous joignons à notre
bulle, et sur tous autres points réservés à votre sagesse. Cette enquête
devra être dirigée en notre nom contre l'Ordre, et vous nous enverrez
votre procès-verbal, dressé par officiers publics, revêtu de vos
sceaux. Si les témoins par vous requis et cités refusaient de donner
leurs témoignages, de déposer, soit par crainte, haine, affection, amitié,
ou pour toute autre cause; s'ils refusaient de comparaître, s'ils mettent
des entraves à l'exécution de votre mandat, VOUS les puniriez de la
censure ecclésiastique, et s'il était nécessaire, vous déféreriez ces
personnes au bras séculier. Clément V, dans cette bulle, exalte la générosité
de Philippe le Bel, sa délicatesse. Ce n'est ni par avarice, ni par
cupidité, que le Roi nous a dénoncé le crime des Templiers, non
seulement il ne prétend rien sur leurs biens; mieux encore, il les a
remis entre nos mains et aux mains de l'Église, pour qu'ils soient
administrés par nous, gouvernés, conservés fidèlement dans son
royaume. Le Roi s'est dessaisi entièrement, avec un désintéressement,
une piété qui le rendent digne de ses aïeux. Le Pape, en glorifiant
Philippe, cherchait une excuse à sa faiblesse ! Nous avons vu ce qu'il
faut penser de la générosité, du désintéressement, de la délicatesse
de Philippe le Bel, dans cette affaire du Temple et des biens de l'Ordre;
les mémoires de son conseiller Dubois nous ont aussi permis d'apprécier
la charité chrétienne du Roi, son dévouement au Saint-Père et à l'Église
romaine. Ceci n'empêchait pas Philippe d'être un catholique très
fervent. On lit dans la chronique de Guillaume Scott que le Roi était
d'une grande dévotion; il jeûnait rigoureusement, il humiliait sa chair
sous le cilice, et, pour la vaincre, se laissait administrer plusieurs
fois la discipline au moyen d'une petite chaîne par les mains de son
confesseur. Il était, je crois, ajoute Guillaume Scott, l'ami du roi Jésus-Christ.
Liste du formulaire
-
Bien qu'ils déclarassent que l'Ordre avait été institué et approuvé par le Saint-Siège, cependant lors de la réception des Frères, quelquefois après, ils faisaient ce qui suit : Chaque Frère, soit avant, soit après réception, soit lorsqu'il le pouvait, sous l'impulsion ou sous le commandement de celui qui le recevait dans l'Ordre, reniait le Christ, soit le crucifié, soit Jésus, tantôt la Vierge Marie, tantôt les saints et les saintes de Dieu.
-
Ils faisaient cela en général.
-
Le plus grand nombre d'entre eux.
-
Quelquefois après réception.
-
Ceux qui recevaient disaient à ceux qui étaient reçus que le Christ n'était pas vrai Dieu, soit Jésus, soit le crucifié.
-
Qu'il avait été un faux prophète.
-
Qu'il n'avait ni souffert, ni été crucifié pour la rédemption du genre humain, mais à cause de ses crimes.
-
Ceux qui recevaient, et ceux qui étaient reçus, n'avaient pas l'espérance d'être sauvés par Jésus; ceux qui recevaient disaient quelque chose d'équivalent ou de semblable.
-
On leur prescrivait de cracher sur la croix.
-
On leur faisait fouler aux pieds la croix.
-
Ce qui arrivait quelquefois.
-
Ils répandaient ou faisaient répandre de l'urine sur la croix, et cela avait lieu quelquefois le vendredi saint.
-
Quelques-uns, ce jour-là et pendant la semaine sainte, avaient l'habitude de se réunir pour répandre leur urine sur la croix et pour la fouler aux pieds.
-
Ils adoraient un certain chat qui apparaissait quelquefois dans le chapitre.
-
Ils faisaient ces choses en mépris du Christ et de la foi catholique.
-
Ils ne croyaient pas au sacrement de l'autel.
-
Quelques-uns.
-
La plus grande partie d'entre eux.
-
Ni aux autres sacrements de l'Église.
-
Les prêtres de l'Ordre ne prononçaient pas, dans le canon de la
-
Messe, les paroles par lesquelles se fait le corps de Jésus-Christ.
-
Quelques-uns.
-
La plus grande partie d'entre eux.
-
Ceux qui recevaient agissaient ainsi.
-
Ils croyaient, on leur disait, que le grand maître pouvait donner l'absolution des péchés.
-
De même le visiteur.
-
Les précepteurs, qui étaient laïques pour le plus grand nombre.
-
Ils la donnaient de fait, ou quelques-uns d'entre eux.
-
Le grand maître en a fait l'aveu en présence des plus hauts personnages, même avant son arrestation.
-
Lors de la réception des Frères, ou peu après, le recevant et le reçu s'embrassaient, quelquefois sur la bouche, sur le nombril, soit sur le ventre nu, sur l'anus, sur l'épine dorsale.
-
Quelquefois sur le nombril.
-
Sur la partie du corps ou finit l'épine dorsale.
-
Quelquefois sur les parties sexuelles.
-
Lors de la réception, ils faisaient jurer à ceux qu'ils recevaient qu'ils ne sortiraient jamais de l'Ordre.
-
Les reçus étaient aussitôt reconnus (profès). Comment est il possible d'admettre que l'Eglise ignorait que le grand maître reçu 'profès' sans l'autorisation du Saint-Siège alors que la règle art 677, proclame que le grand maître tenait ce pouvoir de l'apostolat ? Les chevaliers excommuniés, seul étaient reçus 'profès' après absolution épiscopale.
-
Les réceptions étaient faites clandestinement.
-
Hors la présence de qui que ce fût, hormis les Frères de l'Ordre.
-
A cause de cela, il s'éleva, depuis les temps anciens, un grand soupçon contre l'Ordre.
-
C'est ce qui se passait habituellement.
-
On disait aux Frères qui étaient reçus qu'ils pouvaient avoir des rapports impurs les uns avec les autres.
-
Que cela était licite entre eux.
-
Qu'ils devaient le faire et le souffrir.
-
Que ce n'était pas un péché.
-
Ils le faisaient, ou plusieurs d'entre eux, ou quelques-uns.
-
Dans diverses provinces, ils avaient des idoles, c'est-à-dire des têtes dont quelques-unes avaient trois faces, d'autres une seule, d'autres la forme d'un crâne humain.
-
Ils adoraient ces idoles, ou cette idole, spécialement dans leurs grands chapitres, et lors de leurs grandes réunions.
-
Ils les vénéraient.
-
Comme Dieu.
-
Comme leur Sauveur.
-
Quelques-uns d'entre eux.
-
La plupart de ceux qui assistaient aux chapitres.
-
Ils disaient que cette tête pouvait les sauver.
-
Les rendre riches.
-
Qu'elle donnait à l'Ordre toutes ses richesses.
-
Qu'elle faisait fleurir les arbres.
-
Qu'elle faisait germer.
-
Ils entouraient cette tête de cordelettes, les lui faisaient toucher; puis ils ceignaient leurs corps de ces cordelettes.
-
Lors de sa réception, on remettait au Frère des cordelettes de toute longueur.
-
Ils agissaient ainsi par vénération pour l'idole.
-
On leur prescrivait l'usage des cordelettes, qu'ils portaient toujours, même la nuit.
-
Ce mode de réception était en usage.
-
Partout.
-
Presque partout.
-
Ceux qui se refusaient à accomplir ces actes, lors de leur réception ou après, étaient mis à mort ou jetés en prison.
-
Quelques-uns.
-
Le plus grand nombre.
-
On leur enjoignait sous la foi du serment de ne pas révéler ces actes.
-
Sous peine de mort ou de prison.
-
De ne pas révéler la manière dont ils avaient été reçus.
-
De ne pas avoir l'audace de parler entre eux de ces actes.
-
S'il leur arrivait d'en parler, ils étaient mis à mort ou en prison.
-
On leur enjoignait de ne se confesser qu'aux Frères de l'Ordre.
-
Les Frères qui avaient connaissance de ces erreurs ont négligé de les corriger.
-
Ils négligèrent de les faire connaître à notre sainte Mère l'Église.
-
Ils continuèrent à les pratiquer, bien qu'il leur fût facile d'y renoncer.
-
Ils observaient ces pratiques outre-mer, dans les lieux où le grand maître et le couvent se trouvaient.
-
Quelquefois le reniement de Jésus-Christ avait lieu en présence du grand maître et du chapelain.
-
Ceci se passait aussi et avait lieu en Chypre.
-
De même qu'en Occident, et dans tous les royaumes, et tous les lieux où se faisaient les réceptions.
-
Ceci était observé dans tout l'Ordre généralement, depuis longtemps. d'usage ancien, comme articles des statuts.
-
Ces coutumes, habitudes, prescriptions, réceptions, étaient observées dans tout l'Ordre, en tous lieux.
-
Ils avaient introduit ces erreurs dans les statuts de l'Ordre, après l'approbation que le Saint-Siége avait donnée à la règle.
-
Les Frères étaient habituellement reçus de cette manière.
-
Le grand maître prescrivait l'observation de ces pratiques. Les visiteurs, les précepteurs et les autres grands de l'Ordre.
-
Ils les observaient eux-mêmes, enseignaient qu'il fallait les observer.
-
Il n'y avait pas d'autre mode de réception dans l'Ordre.
-
Il n'est pas à la connaissance d'un seul membre de l'Ordre que de son temps cet usage ne fût pas observé.
-
Le grand maître, les visiteurs, les précepteurs et les autres grands ayant pouvoir dans l'Ordre, punissaient sévèrement ceux des Frères qui ne suivaient pas ce mode de réception, ou refusaient de l'observer.
-
On ne faisait pas les aumônes, on ne donnait pas l'hospitalité comme on devait le faire.
-
Ce n'était pas un péché pour les Frères de s'emparer du bien d'autrui, envers et contre tous par des moyens bons ou mauvais.
-
Ce n'était pas pécher que d'en agir ainsi.
-
Ils avaient l'habitude de tenir secrètement leurs chapitres.
-
A la première veille de la nuit.
-
Ils chassaient les familles en dehors de leurs maisons, et forçaient les personnes à passer la nuit dehors, dans les lieux où ils tenaient leurs chapitres.
-
Ils se renfermaient pour tenir leurs chapitres, fermaient les portes de la maison ou de l'église où ils les célébraient, au point que personne ne pouvait ni approcher, ni pénétrer, que nul ne pouvait voir ou entendre ce qui s'y passait ou ce qui s'y disait.
-
Ils avaient l'habitude de placer une sentinelle sur le toit de la maison qui servait à leurs réunions au chapitre, pour veiller à ce que personne n'approchât du lieu où ils s'assemblaient.
-
Ils avaient coutume d'observer la même clandestinité, lors de la réception des Frères.
-
Depuis les temps les plus reculés, ils croient que le grand maître a le pouvoir de donner aux Frères l'absolution de leurs péchés.
-
Qu'il pouvait même donner aux Frères l'absolution des péchés non confessés, qu'ils auraient négligé de confesser par crainte d'encourir les peines disciplinaires ou la pénitence.
-
Le grand maître a confessé ces erreurs avant son arrestation, en présence d'ecclésiastiques et de laïques dignes de foi.
-
En présence des principaux de l'Ordre.
-
Ils tiennent ces erreurs, non-seulement du grand maître, mais des précepteurs et des plus hauts dignitaires de l'Ordre.
-
L'Ordre entier devait observer, et observait ce que le grand maître décidait, ou faisait avec le couvent.
-
Parce que d'ancienneté ce pouvoir résidait en sa personne et lui appartenait.
-
Ces erreurs, ces détestables habitudes durent depuis longtemps; le personnel du Temple s'est renouvelé plusieurs fois depuis leur mise en pratique.
-
Tous, ou les deux tiers de l'Ordre, au moins, connaissant ces erreurs, ont négligé de les corriger.
-
Ils ont négligé de les faire connaître à la sainte Église.
-
Ils n'ont pas cessé d'observer, ces erreurs, d'avoir communion avec ceux qui les pratiquaient, quoiqu'ils eussent la possibilité, la faculté de s'en séparer.
-
Beaucoup de Frères sont sortis de l'Ordre, à cause de ces infamies et de ces erreurs; les uns entraient dans une autre religion, les autres revenaient au siècle.
-
A cause de ce qui précède, il s'est élevé de grands scandales parmi les plus hauts personnages, les rois, les princes; parmi les populations.
-
Tout ceci est notoire, manifestement connu de tous les Frères de l'Ordre.
-
C'est la voix publique, l'opinion commune, c'est la rumeur générale, non-seulement parmi les Frères, mais partout.
-
En ce qui concerne la plus grande partie des articulations ci-dessus.
-
Ou quelques-unes.
-
Le grand maître, le visiteur, les grands commandeurs de Chypre, de Normandie, de Poitou, plusieurs autres précepteurs et Frères de l'Ordre ont passé des aveux, tant en justice qu'ailleurs, en présence de personnages officiels en plusieurs lieux, devant des officiers publics.
-
Plusieurs Frères de ]'Ordre, tant chevaliers que prêtres et autres, en présence de notre seigneur le Pape et des cardinaux, ont avoué les erreurs ci-dessus en totalité ou en partie, sous la foi du serment.
-
Ils ont même renouvelé leurs aveux, et reconnu l'existence des moeurs ci-dessus, en plein consistoire.
Ma conclusion
Il
ne faut pas perdre de vue :
1)
Les hommes qui entraient au Temple pour y être chevaliers, étaient pour
la plus grande part issus de la noblesse. Dans les grandes familles, il y
avait toujours un fils destiné aux ordres, un autre à l'état ou héritier
du domaine.
2)
Il est inconcevable qu'un homme issu de la noblesse catholique particulièrement
pratiquante à cette époque, n'ait rien dit des soi-disant mœurs impures
de l'Ordre.
3)
D'autre par, il y avait des commissions ecclésiastiques qui sous les
ordres du Pape passaient de temps à autres voir ce qu'il se faisait dans
l'Ordre. C'est d'autant plus vrai, que lorsque l'Ordre avait des problèmes
financiers important, c'est le Pape qui lançait une collecte spéciale.
L'Eglise ou le Saint- Siège ne donnait rien sans contrôle et sans
contrepartie. Les diocèses provinciaux ainsi que le Roi étaient mis au
courant de ses collectes.
4)
Et comment cacher ses soi-disant mauvaises mœurs sur l'ensemble du
territoire français et outre-mer ?
5)
A la lecture du formulaire, on s'aperçoit des questions répétitives,
des questions qui n'ont l'air de rien, mais, qui sont écrites de telles
sorte qu'elles rendent la personne interrogée coupable quelque soit sa réponse.
6)
Il est évident que Clément V exécutait les désirs de Philippe le Bel.
A la seule fin qu'il n'entame pas un procès en hérésie contre la mémoire
du Pape Boniface VIII.
7)
Le Pape Clément V était redevable de son élection à Philippe le Bel.
Les réunions secrètes d'avant cette élections ont eues pour but la
perte de l'Ordre en échange de l'abandons des poursuites contre la mémoire
de Boniface VIII.
8)
Ce que Philippe le Bel à oublié, est que les biens de l'Ordre
appartenaient en totalité à l'Ordre ou à la suite de sa dissolution à
l'Eglise. C'est pourquoi, Clément V les a donnés aux autres Ordres et en
particulier à celui des Hospitaliers.