Le livre d'Aggée : Rebâtir le Temple

Enfin un prophète facile à dater grâce aux précisions qu'il donne lui-même dans son court livret. En effet, nous avons dans ce livre quatre déclarations d'Aggée situées entre le mois d'août et le mois de décembre de l'année 520 avant Jésus-Christ. Difficile d'être plus précis.

Aggée date ses discours avec des références historiques appartenant à l'Empire perse. En ce temps-là, cet empire, avec Cyrus le Grand, avait écrasé Babylone. Le nouveau maître de la région avait alors encouragé tous les exilés, déportés par Babylone, à rentrer chez eux. Les Juifs furent du lot et ceux qui rentrèrent en Israël tentèrent de réintroduire le culte de leurs ancêtres. L'opération ne fut pas probante. Quelques temps plus tard, c'est Darius qui succède à Cyrus et sa politique à l'égard des populations soumises est la même que celle de son prédécesseur. Une nouvelle vague d'exilés rentre alors en Israël et en Juda, avec les moyens de reconstruire le Temple de Jérusalem. C'est dans ce contexte qu'Aggée va stimuler son peuple à la reconstruction du symbole même de la religion juive, son lieu de culte et de sacrifices.

Lorsque les premiers exilés de retour à Jérusalem arrivent et commencent à rebâtir le Temple de Salomon en ruine, ils rencontrent plusieurs oppositions. Leur zèle religieux dérange les habitants qui s'étaient laissés aller au syncrétisme. Ils furent donc découragés et plusieurs s'occupèrent alors de rebâtir leur propre maison, voire leur propre fortune. La fracture sociale et religieuse s'accentue. C'est dans ce contexte qu'Aggée et son collègue le prophète Zacharie vont chercher à stimuler la reprise des travaux. Pour mieux saisir cette ambiance, il faut lire le livre d'Esdras qui relate la reconstruction du Temple et de la ville, après le retour d'exil.

Le message

Un message d'encouragement à la reconstruction du Temple, bien sûr, mais aussi à la restauration de la maison de David, c'est-à-dire la nécessité de retrouver la lignée royale et symbolique pour l'établissement d'une royauté renouvelée sur Jérusalem. D'où l'importance d'un personnage, revenu d'exil lui aussi : Zorobabel. Ce Zorobabel, présenté comme gouverneur de Juda, est un personnage de sang royal, petit-fils du roi Joïaquin (exilé par les Babyloniens), lui-même descendant de David. Aggée va ériger Zorobabel comme figure emblématique, voire messianique, pour le peuple et pour appuyer son message selon lequel Dieu règnera finalement, au-delà des tumultes de l'histoire : le Messie, issu de la lignée davidique, viendra installer ce règne tant attendu.

Dans les deux généalogies de Jésus, présentées l'une dans l'Évangile de Matthieu, l'autre dans l'Évangile de Luc, Zorobabel n'a pas été oublié. C'est ainsi que Jésus-Christ est signalé comme Messie de Dieu, descendant de la lignée royale de David.