Le livre de Jérémie : 

La rupture entre Dieu et le peuple

On ne peut comprendre les propos des prophètes sans rappeler le contexte qui a vu naître leurs discours enflammés.

Lorsque les règnes de David et de Salomon se terminent, le pays est rapidement divisé par les frères ennemis. Au Nord, Israël, au sud, Juda. Dès cette déchirure, la Bible relate l'histoire de chacun de ces deux royaumes, avec un accent sérieux sur les déboires de chacune des royautés. Lorsque l'Assyrie décide d'étendre ses frontières, elle avale sans peine plusieurs petits royaumes dont Israël (en 722 avant Jésus-Christ). Reste Juda, avec Jérusalem comme capitale, bastion de la dynastie de David. Ce royaume de Juda résiste tant bien que mal aux envahisseurs, mais sa situation politique et religieuse interne n'est pas brillante.

La baisse de pression qu'exerçait l'Assyrie n'est qu'un court repos parce que c'est Babylone qui devient puissante et qui s'étend dans toute la région. À son tour, Jérusalem est conquise par le roi babylonien au nom facile à retenir : Nabuchodonosor !

Juda devient vassal de Babylone et Nabuchodonosor place sur le trône de Jérusalem un roi fantoche à sa solde, Sédécias.

Sédécias tente pourtant de se révolter en faisant appel à l'Égypte. Ce qui ne plaît pas du tout au roi de Babylone qui revient immédiatement faire le ménage en détruisant le Temple, en faisant mourir les fils de Sédécias sous ses yeux avant de les lui crever. On ne badine pas avec Babylone !

De plus, le peuple juif connaît un deuxième exil.

C'est dans ce contexte historique douloureux que Jérémie se fait entendre en qualité de prophète.

Le prophète Jérémie a connu une vie très difficile à cause du message qu'il avait à délivrer. Il a été plusieurs fois mis en prison et a séjourné pendant des jours et des jours au fond d'un puits sans eau. Manifestement, il dérangeait et on voulait le faire taire. Comme il ne pouvait plus se présenter devant le roi, il écrivit ses menaces et ses conseils de la part de Dieu et demanda à son secrétaire de les lire devant le roi. Le roi fut furieux à l'écoute des prophéties de Jérémie et déchira le rouleau. Découragé, Jérémie se lamenta sur son sort. Mais Dieu l'encouragea et lui demanda de réécrire ses textes !

L'auteur

Jérémie est un des prophètes les mieux connus de l'Ancien Testament parce qu'il donne lui-même des détails datés le concernant et concernant son temps. Ainsi, il situe sa famille, son lieu de vie et même la date du commencement de sa mission. Natif d'un village à six kilomètres de Jérusalem, il grandit dans une famille de prêtres. Il signale que sa vocation est intervenue la treizième année du règne de Josias. On peut donc la situer approximativement à l'an 614 avant Jésus-Christ.

Son ministère de prophète s'est étendu sur un demi-siècle et Jérémie a connu plusieurs rois : Josias, Éloaqim (connu aussi sous le nom de Joïaquim), puis Joïaqin, Sédécias (aussi nommé Mattania). À la mort de Sédécias, le pays est confié à un haut fonctionnaire du nom de Guedalia, protecteur de Jérémie. Mais ce Guedalia sera assassiné et une partie du peuple s'enfuira en Égypte, entraînant avec elle Jérémie.

Il faut s'accrocher pour lire Jérémie. D'une part, c'est un personnage à la fois fort et sensible, déterminé et dépressif. Ses humeurs et ses découragements sont nombreux. Il confessera même en vouloir personnellement à Dieu de lui avoir confié une si difficile mission. Autre point qui rend la lecture difficile : l'ordre chronologique des événements n'est pas vraiment respecté. Et comme les rois de l'époque ne sont pas toujours cités sous le même nom, on y perd son hébreu !

Contenu

Jérémie peut sembler défaitiste, mais il est un acharné défenseur de l'honneur de Dieu et de l'identité juive. Même s'il conseille au roi Sédécias de ne pas se coaliser avec l'Égypte sous peine de réaction violente de Babylone. Mieux vaut rester vassal de Nabuchodonosor que de tout perdre !  Et il avait raison puisque la riposte du roi babylonien est sans pitié.

Tout au long de sa vie, Jérémie a rappelé que Dieu est le créateur de l'univers et de chaque être dont il connaît le cœur. Or, ce cœur est mauvais et doit retrouver le chemin de son créateur. Ses rappels constants à la conversion et ses menaces quant à l'idolâtrie païenne remplissent des pages et des pages. Il insiste aussi sur le fait que les lois morales sont plus importantes que les rites cultuels.

Comme un bon prophète de malheur, Jérémie annonce des catastrophes qui doivent être comprises comme autant d'actions punitives de Dieu. Ainsi la sécheresse, la famine, l'invasion des ennemis sont des châtiments liés à la désobéissance du peuple.

Jérémie propose aussi quelques pages succulentes contre le clergé de l'époque, contre les fonctionnaires du Temple, contre les faux prophètes et les prêtres qui profitent de leurs situations pour s'enrichir, tout en endormant le peuple ou en le muselant.

« Ainsi parle le Seigneur

N'écoutez pas les paroles des prophètes

Qui parlent en prophètes pour vous !

Ils vous abusent par des discours futiles ;

Ils ne racontent pas ce qui vient de la bouche du Seigneur ;

Mais des visions de leur propre cœur.

Ils osent dire à ceux qui me méprisent :

Le Seigneur a dit : Tout ira bien pour vous !

Et ils disent à quiconque suit l'obstination de son cœur :

Il ne t'arrivera aucun malheur !

Qui donc a assisté au conseil secret du Seigneur

Pour voir, pour entendre sa parole ?

Qui a prêté attention à sa parole, qui l'a entendue ?

Je n'ai pas envoyé ces prophètes, et ils ont couru ;

Je ne leur ai pas parlé, et ils ont parlé en prophètes.

S'ils avaient assisté à mon conseil secret,

Ils auraient dû faire entendre mes paroles à mon peuple

Et les ramener de leur voie mauvaise,

De leurs agissements mauvais ! »

Jérémie 23. 16-22