Le livre de Jonas : Le salut s'universalise
Sans doute l'un des prophètes qui a le plus fait parler de lui et qui a suscité le plus grand nombre de questions. Car l'incroyable, l'irréel, le miraculeux et l'impossible se trouvent dans chacun des quatre chapitres de cet étonnant livre. Le plus étonnant est sans doute dans le fait que Jonas est le seul prophète auquel s'est identifié Jésus, cautionnant ainsi l'incroyable.
Car comment accepter le surprenant itinéraire du prophète rebelle qui, refusant d'aller à Ninive, décide de fuir loin de Dieu (unique dans le comportement d'un prophète) pour se retrouver trois jours dans le ventre d'un poisson, et y composer une prière faite de citations de plusieurs psaumes, avant d'être vomi sur la plage, bien vivant. Est-ce cette histoire qui a inspiré les aventures de Pinocchio, lequel se retrouva dans une situation semblable ? Mais tout le monde sait que Pinocchio est une fiction ! Et si le livre de Jonas semble parfois très allégorique, il a un sens précis, et même un sens révolutionnaire pour le croyant.
Jonas doit se rendre à Ninive, la grande ville. Aux temps bibliques, l'expression « grande ville » pour parler de Ninive représente plus que la ville proprement dite. En fait, quatre agglomérations la composent. Ce qui permet de comprendre que pour traverser Ninive seule, un jour suffisait (c'est ce que fait Jonas), et pour traverser l'ensemble de la communauté urbaine du « grand Ninive », il lui fallait plutôt trois jours.
Le message
Jonas est chargé par Dieu d'aller dans la grande ville de Ninive (symbole parfait de l'ennemi païen pour un Israélite) et y annoncer le jugement de Dieu. Mais Jonas n'aime pas ce plan et s'enfuit par le premier bateau en partance pour Tarsis (sans doute une ville proche du détroit de Gibraltar). C'est alors que la tempête survient et Jonas comprend qu'il en est responsable. Les. marins le jettent par-dessus bord et il est aussitôt englouti par un gros poisson. Dans le ventre du poisson, Jonas réfléchit à son sort, demande pardon à Dieu et promet que, s'il s'en tire, il accomplira sa mission. Et le poisson rejette Jonas sur la rive. Le prophète va donc à Ninive pour y annoncer le jugement de Dieu. Contre toute attente, la ville se convertit et le roi même demande pardon pour ses actions mauvaises. Dès lors, Dieu sursoit à ses menaces. Ce qui rend Jonas furieux.
Pour calmer l'irritation de Jonas, Dieu fait croître un ricin qui lui donne de l'ombre. Jonas est apaisé mais, le lendemain, le ricin est mort, piqué par un ver que Dieu avait envoyé. Jonas est hors de lui. Dieu lui dit alors qu'il a tort de prendre tant à cœur la vie d'un ricin qui ne lui a rien coûté et de ne pas avoir pitié des habitants de Ninive à qui il a accordé son pardon.
Tel est le résumé du livre le plus rocambolesque de l'Ancien Testament. Mais au delà du personnage emblématique et de ses péripéties, le message du livre est le suivant : le Dieu de la Bible, que l'on croyait être seulement le Dieu des Israélites, est finalement aussi celui qui peut sauver d'autres peuples, et même les pires. C'est sans doute parce qu'il avait trop bien compris ce message que Jonas était si rebelle à sa mission. En effet, le privilège d'être le « peuple élu » s'efface, dès lors que les largesses de Dieu atteignent aussi les autres !
Lorsque la Bible parle du signe de Jonas, elle fait référence aux propos de Jésus, rapportés dans l'Évangile de Matthieu, au chapitre 12 :
« Quelques maîtres de la loi et quelques Pharisiens dirent à Jésus : Maître, nous voudrions que tu nous fasses voir un signe miraculeux.
Jésus leur répondit en ces termes : Les gens d'aujourd'hui, qui sont mauvais et infidèles à Dieu, réclament un signe miraculeux, mais aucun signe ne leur sera accordé si ce n'est celui du prophète Jonas. En effet, de même que Jonas a passé trois jours et trois nuits dans le ventre du grand poisson, ainsi le Fils de l'homme passera trois jours et trois nuits dans la terre. Au jour du Jugement, les habitants de Ninive se lèveront en face des gens d'aujourd'hui et les accuseront, car les Ninivites ont changé de comportement quand ils ont entendu prêcher Jonas. Et il y a ici plus que Jonas ! »