Hassan AL-BANNÂ :
Le credo des « Frères musulmans »
(écrit entre 1928, date de la
fondation en Egypte des « Frères musulmans » et sa mort en 1949 ;
extraits)
1. Je crois que toute chose
revient à Dieu, que notre maître Mohammad, que la bénédiction de Dieu
soit sur lui, est le dernier des prophètes envoyé à tous les hommes, que
le Coran est le livre d'Allâh, que l’Islam est une loi générale de
l'ordre du monde et de l'au-delà; je m'engage à m’appliquer à moi-même
une partie du noble Coran, à m'en tenir à la Sunnah purifiante, et à
étudier la vie du Prophète et l'histoire de ses nobles disciples.
2. Je crois que la rectitude,
la vertu et la science font partie des fondements de l’Islam; je m'engage
à être droit, à accomplir les rites, à m'éloigner des interdits, à être
vertueux, à avoir de bonnes moeurs, à me détacher des moeurs mauvaises, à
suivre les pratiques rituelles islamiques autant que faire se peut, à préférer
l'amour et l'affection à la dispute et aux procès, n'ayant recours à la
justice que contraint, à tirer fierté des rites de l’Islam et de sa
langue, et à répandre les sciences et les connaissances utiles dans les
classes de la ummah.
3. Je crois que le musulman
doit agir et gagner de l'argent, que tout demandeur et toute personne qui
en est privée a un droit sur l'argent qu'il gagne; je m'engage à
travailler pour gagner ma vie et à épargner pour l'avenir, à verser la
zakât, à consacrer une partie de mon revenu à des oeuvres de
bienfaisance, à encourager tout projet économique utile, à préférer les
produits de mon pays et de mes coreligionnaires, à ne pas pratiquer
l'usure dans quelque affaire que ce soit, et à ne pas me perdre dans les
choses dépassant ma capacité.
4. Je crois que le musulman est
responsable de sa famille, qu'il est de son devoir d'on préserver la
santé, les croyances et les moeurs; je m'engage à faire tout mon possible
dans ce sens, à insuffler les enseignements de l’Islam aux membres de ma
famille, à ne pas mettre mes fils dans n'importe quelle école qui
n'enseignerait pas leurs croyances et leur morale à boycotter tous les
journaux, publications, livres, organisations, groupes et clubs qui
s’opposent aux enseignements de l’Islam.
5. Je crois que le musulman a
pour devoir de faire revivre la gloire de l’Islam, en promouvant la
renaissance de ses peuples, en restaurant sa législation. Je crois que le
drapeau de l’Islam doit dominer l'humanité, et que le devoir de tout
musulman consiste à éduquer le monde selon les règles de l’Islam; je
m'engage à lutter tant que je vivrai, pour réaliser cette mission, et à
lui Sacrifier tout ce que je possède.
6. Je crois que tous les
musulmans ne forment qu'une seule nation unie par la foi islamique et que
l’Islam ordonne à ses fils de faire le bien à tous; je m'engage à
déployer mon effort pour renforcer le lien de fraternité entre tous les
musulmans, et pour abolir l'indifférence et les divergences qui existent
entre leurs communautés et leurs confréries.
7. Je crois que le secret du
retard des musulmans réside dans leur éloignement de la religion, que la
base de la réforme consistera à faire retour aux enseignements de l’Islam
et à ses jugements, que ceci est possible, si les musulmans oeuvrent dans
ce sens, et que la doctrine des Frères musulmans réalise cet objectif. Je
m'engage à m'en tenir fermement à ces principes, à rester loyal envers
quiconque travaille pour eux, et à demeurer un soldat à leur service,
voire à mourir pour eux.
* * *
A. La loi des Frères musulmans
s'inspire de la règle même établie par Mohammad (…). Il n'est pas un seul
mot, dans la foi des Frères musulmans, qui ne se fonde sur le Livre
d’Allâh, la Sunnah de son Prophète et l'esprit de l’Islam authentique.
Examinez chacun de ces paragraphes tant que vous voudrez; vous n'y
trouverez que la vérité islamique imposée par l’Islam, proclamée par la
religion, préconisée par le noble Coran et à laquelle nous invite le
Prophète de Dieu (…). Ô fils de notre ummah qui nous est chère et que
nous aimons, nous sommes musulmans, cela suffit; notre voie est celle du
Prophète d’Allah, cela suffit; notre foi est tirée du Livre d’Allâh, de
la Sunnah de son Prophète, cela suffit. Si ce que nous disons ne vous
plaît pas, alors adoptez les doctrines des étrangers, que rien ne
rattache à nous.
Ceux qui doutent des Frères musulmans, après que leur position ait été
ainsi rendue claire et malgré la pureté de leur foi, sont, soit ceux qui
n'ont pas étudié l’Islam d'une manière authentique qui les mette en
mesure d'en assimiler l'esprit, d'en pénétrer les objectifs et les
intentions (…); soit ceux qui possèdent un coeur malade et de mauvaise
foi (…).
B. (…) La religion qui satisfait
l'appétit spirituel de l'humanité et lui prodigue la tranquillité de
conscience et le bonheur dont elle a besoin, c'est l’Islam, le lien le
plus puissant qui unit les sources d'amour dans les âmes de la nation,
renforce l’entente entre les Peuples, et mène le monde d'une manière
assurée vers l'unité générale, aspiration la plus élevée des réformateurs
et des sages, et base du bien de l'humanité; c'est l’Islam qui fonde
l'État sur les Principes de la justice, établit le gouvernement sur des
droits bien définis et donne à chacun des membres des classes de la
nation son droit, sans frustration, méconnaissance, ni injustice [ .. ].
Il y a là une leçon pour les dirigeants orientaux qui ont voulu, ou
voudront, rechercher pour leurs peuples une voie autre que l'Islam afin
de fonder sur elle la renaissance et constituer la religion, la ummah et
l’Etat.
C. Les musulmans ne pourront
réussir, aujourd'hui, qu'en suivant la même voie que notre maître
Mohammad (…). En effet depuis que les nations orientales ont abandonné
les enseignements de l’Islam pour tenter de leur en substituer d'autres
qu'elles ont crus à même de réformer leurs affaires, on les voit se
débattre dans les sentiers de l'incertitude et subir l'amertume des
échecs, payant cher le prix de cette déviation, dans leur dignité, leur
morale, leur fierté et leur administration [... ].
La ressource de l'Orient réside dans sa morale et dans sa foi. Qu'il
vienne à les perdre, et il perdra tout. Qu'il y fasse retour, et tout lui
sera rendu. La force injuste s'est effondrée devant la morale solide, la
croyance et la foi. Que les dirigeants de l'Orient se préoccupent donc de
fortifier son âme, de lui restituer sa morale perdue, car telle est
l'unique voie pour promouvoir une renaissance véritable; et ils ne
réussiront à cela qu'en retournant à l’Islam et en s'attachant à ses
enseignements (…).
D. Quant à l'application de
cette méthode à la situation des musulmans d'aujourd'hui (…), ce sera une
longue affaire. C'est que le fossé que les événements politiques et
sociaux ont creusé entre les musulmans et leur foi est profond, que les
moyens subjectifs employés par les ennemis de l’Islam pour éloigner les
musulmans de I’Islam au cours de l'époque moderne sont efficaces, et que
les musulmans eux-mêmes font la guerre à leur religion, brisant leur épée
de leur propre main, livrant le poignard à celui qui veut les abattre
avec leur consentement, coopérant avec ceux qui démolissent leur
religion, qui est la fondement même de leurs régimes et la base de leur
force.
Tout cela, les Frères musulmans le savent (…). Ils n'ont jamais cru,
quand ils ont décidé d'agir, que leur voie serait facile et aisée mais,
prévoyant les obstacles, ils s'y sont préparés et y ont préparé leurs
biens, leur foi et leur croyance (…).
E. De ce qui précède, il ne
résulte pas qu'il faille renoncer à l'action. Au contraire, les obstacles
ne feront qu'intensifier notre énergie et les difficultés qu'accélérer
notre marche vers la lutte, comme le dit la parole d’Allâh le Très-Haut :
Ô Frères musulmans, la victoire appartient à la patience, le salut à la
fermeté, et la récompense attend les êtres pieux !
(Anouar ABDEL-MALEK : La pensée
politique arabe contemporaine. SEUIL/ Points Politique 39, 3è édition
1975 ; pp. 69-73).