CAMP DAVID (accords de)

Nom de la résidence d'été du président des États-Unis, où Jimmy Carter, le 17 septembre 1978, obtient d'Anouar Al Sadate et de Menahem Begin la signature de deux " accords-cadres ", l'un concernant la " conclusion d'un traité de paix " entre leurs deux pays, l'autre fixant un " cadre de la paix au Proche-Orient " (dont on lira le texte en annexe).

Les accords de Camp David constituent l'aboutissement d'une longue marche vers la paix séparée égypto-israélienne, à l'initiative des États-Unis. Au lendemain de la guerre d'octobre 1973, la conférence de paix de Genève, sous la coprésidence d'Henry Kissinger et d'Andreï Gromyko, échoue. Le Raïs, qui avait déclenché le conflit d'octobre pour forcer l'ouverture d'une négociation internationale, choisit alors les " petits pas " que lui propose le secrétaire d'État américain, offrant à l'Égypte une " issue honorable ", avec la perspective d'alléger enfin le fardeau économique insupportable d'un choc trentenaire. Toutes tendances confondues, les dirigeants israéliens se réjouissent, de leur côté, de l'espoir d'une paix entre leur pays et le plus grand pays arabe, laquelle n'impliquerait pas de concession sur la question palestinienne. " Dear Henry ", méthodiquement, progresse : accord dit du " kilomètre 101 " en novembre 1973, convention de désengagement du canal en janvier 1974, et enfin, le 1er septembre 1975, premier accord global. L'état de guerre entre Israël et l'Égypte est aboli, Jérusalem se retirant à 50 kilomètres du canal de Suez et restituant les puits de pétrole du Sinaï, Le Caire renonçant au blocus maritime et rouvrant le canal de Suez aux navires israéliens. Les troupes des Nations unies s'installent dans une zone démilitarisée.

Après une nouvelle tentative avortée de négociation internationale, dont l'URSS et les États-Unis, par leur déclaration commune du 1er octobre 1977, ont donné le coup d'envoi, Anouar Al Sadate reprenait sa recherche bilatérale. " Il nous fallait trouver - explique-t-il dans son autobiographie - une méthode complètement nouvelle, propre à court-circuiter toutes les formalités. " Le voyage du président égyptien à Jérusalem, le 19 novembre 1977, est en effet spectaculaire et novateur. Pas assez, cependant, pour vaincre l'obstination du Premier ministre israélien. Porté au pouvoir le 17 mai 1977 par une vague réactionnaire, la première depuis 1948 à avoir battu le Parti travailliste, Menahem Begin entend incarner le nationalisme ombrageux de ses supporters. L'accélération de l'implantation des colonies juives en Cisjordanie est au centre du dispositif destiné, à long terme, à reconstituer le " Grand Israël ". Mais Sadate est décidé à forcer la conviction du chef du Likoud, comme il est déterminé à passer outre les harangues du Front de la fermeté, qui dénonce la " trahison " égyptienne : " J'irai jusqu'au bout des négociations de paix, même si les autres États arabes refusent de s'y associer ", assure le président égyptien. L'habileté - et les moyens de pression - de la diplomatie américaine feront le reste...

Le premier des deux accords-cadres préparait le traité de paix entre Israël et l'Égypte. Prévu pour être élaboré dans les trois mois, ce traité devait attendre cependant le 26 mars 1979 pour être signé. Le 25 avril 1982, en application de ses dispositions, et une fois les dernières colonies israéliennes démantelées, le Sinaï est libéré : pour la première fois depuis 1967, l'Égypte a rétabli sa souveraineté sur l'ensemble de son territoire, à l'exception de la zone contestée de Taba. Israël, de son côté, peut se targuer de relations diplomatiques normales, pour la première fois depuis 1948, avec un pays arabe, et non le moindre. Le second texte (voir en annexe) - confiait le sort de la Cisjordanie et de Gaza à des négociations égypto-israélo-jordano-palestiniennes devant déboucher sur une autonomie gérée par une autorité élue, avant d'aboutir à un statut définitif, lui-même négocié à quatre. Jamais ces tractations n'iront au-delà des fastidieux débats d'une commission égypto-israélienne...

Cette contradiction, apparente, entre un accord appliqué et l'autre resté lettre morte n'a rien d'étonnant. Règlement séparé, l'accord n'engageait aucun des autres pays arabes, a fortiori l'OLP : l'élargissement proposé par Tel Aviv et Le Caire se révélait d'emblée impossible. Constitué de deux volets, il ne liait pas l'un à l'autre : contrainte de mettre en oeuvre le premier pour récupérer le Sinaï, l'Égypte n'avait pas de moyen d'imposer à Israël une véritable solution du problème palestinien. Conçu par les États-Unis sans l'Union soviétique, le texte suscitait naturellement l'hostilité de Moscou et de ses alliés dans la région. Mais la solution envisagée pour les Territoires occupés était aussi et surtout impraticable, représentant, pour les protagonistes, trop ou trop peu. Trop pour Begin qui, à peine son paraphe apposé sur un texte évoquant le retrait israélien d'une entité promise à l'autonomie, voire à un statut définitif d'indépendance, martèle à nouveau son refus de toute restitution de la Cisjordanie, de Gaza et de Jérusalem-Est ainsi que de tout État palestinien indépendant ! Et l'implantation des colonies juives s'accélère. Trop peu pour les Palestiniens, qui devraient renoncer à tout avenir étatique, leur représentant, l'OLP, étant déjà écarté de la négociation.

Camp David revêt une grande portée pour le Proche-Orient, dont il bouleverse le paysage. Le plus peuplé, le plus puissant économiquement, le plus fort militairement des pays arabes se retrouve isolé, exclu par ses " pairs ". Israël, en revanche, son flanc sud assuré, se sent les mains libres pour agir au nord et à l'est. Les Palestiniens, du même coup, doivent faire face à un adversaire plus sûr de lui, tandis que leurs alliés sont, eux, plus divisés. Bref, avec le recul, il semble bien que les accords de Camp David aient retardé l'heure d'un règlement global plutôt qu'ils ne l'aient avancée, ainsi qu'on le disait volontiers à l'époque. Ce qui n'empêchera pas les États-Unis et l'URSS, treize ans plus tard, au lendemain de la guerre du Golfe, de relancer la paix sur des rails bien similaires...

Les 100 Portes du Proche-Orient
Alain Gresh - Dominique Vidal
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