COMMERCE EXTÉRIEUR

Enjeu stratégique et politique, le Moyen-Orient représente également un objectif économique considérable. Sa population est importante : plus de 250 millions d'hommes et de femmes. Ses besoins de tous ordres, à la mesure de ce peuplement, sont accentués par la dépendance de ses économies : orientées pour la plupart vers l'exportation de matières premières, elles doivent importer l'essentiel des produits manufacturés nécessaires. Et ces importations, la grande majorité des États de la région ont pu longtemps les financer sans difficultés majeures grâce aux ressources de leur sous-sol, en premier lieu le pétrole. Plus même, dans les années 70 et jusqu'au milieu des années 80 se sont dégagés des surplus que, faute de vouloir les investir localement, bien des pays de la région choisissent de placer à l'étranger.

Pour préciser l'ordre de grandeur des caractéristiques ainsi résumées, quelques chiffres s'imposent - ils sont tirés pour l'essentiel de The Middle East and North Africa 1996. L'ensemble des importations des États concernés (Arabie Saoudite, Bahreïn, Égypte, Émirats arabes unis, Irak, Iran, Israël, Jordanie, Koweït, Liban, Libye, Oman, Qatar, Syrie, Turquie et Yémen) dépasse les 167 milliards de dollars, dont environ 75 % de produits manufacturés. Le total de leurs exportations frôle les 160 milliards de dollars, aux deux tiers des hydrocarbures. En plus du pétrole, on trouve également au Moyen-Orient de l'or, des phosphates, du soufre, de l'amiante, du charbon, du lignite, du fer, de la chromite, du cuivre, du manganèse, du plomb, du zinc, de l'antimoine, du nickel, etc.

Absents en Israël, en Jordanie, au Liban et en Turquie, le pétrole et ses dérivés représentent environ 40 % des exportations de l'Égypte et de l'Iran, 58 % pour les Émirats, 60 % pour la Syrie, 69 % pour Qatar, 85 % pour le Koweït, 76 % pour Bahreïn, 79 % pour Oman, le Qatar, 91 % pour l'Arabie Saoudite, 94 % pour la Libye, 95 % pour le Koweït. Jusqu'en 1982 on assiste à une croissance des ressources pétrolières : 2,8 milliards de dollars en 1966, 4,1 en 1970, 13,5 en 1973, 89 en 1977, 177 en 1981, environ 100 en 1984. Quant aux surplus, ils se sont montés, de 1974 à 1984, à près de 450 milliards de dollars, dont 5 % sont revenus aux institutions financières internationales, 15 % aux pays en voie de développement, et 80 % aux pays développés, les États-Unis ayant drainé 65 à 70 % de ces divers placements. Aux dires du président de l'Union des banques arabes et françaises, le montant des dépôts, publics et privés, des banques arabes à l'étranger se montait fin 1989 à plus de 670 milliards de dollars.

Le recul du pétrole et la chute de son prix ont cependant tempéré bien des illusions : les exportations totales des pays du Moyen-Orient, Israël exclu, sont retombées de 159 milliards de dollars (dont 130 de pétrole) en 1982 à 79 milliards (dont 56 de pétrole) en 1986 pour remonter à 135 milliards (dont plus de 100 de pétrole) en 1993...

Les cinq principaux importateurs du Moyen-Orient sont - en 1993 - l'Arabie Saoudite (33,3 milliards de dollars), la Turquie (29,4), Israël (20,5), les Émirats arabes unis (19,8) et l'Iran (18,7). Quant aux cinq plus gros exportateurs, ils se classent dans l'ordre suivant : Arabie Saoudite (44,4), Émirats arabes unis (23,5), Turquie (15,4), Israël (14,8) et Libye (11,8).

Du côté des partenaires, les États-Unis arrivent le plus souvent loin en tête, suivis (dans un ordre différent selon les pays) de l'Allemagne, du Royaume-Uni, de la France et de l'Italie, avec ici ou là l'Arabie Saoudite ou les Émirats arabes unis. Autre percée notable, celle du Japon, qui se ravitaille en pétrole mais vend également nombre de ses produits.

Pour les États-Unis en particulier, les relations commerciales avec le Moyen-Orient sont stratégiquement significatives, mais également économiquement importantes. En 1993, les États-Unis ont exporté vers les pays du Moyen-Orient pour plus de 23 milliards de dollars, soit environ 5 % de leurs exportations totales (contre 13,8 milliards soit 6 %, en 1983). Et ils en ont importé pour 17,2 milliards de dollars, soit 3 % de leurs importations totales (contre 19,2 milliards, soit 7 %, il y a dix ans). Leur bénéfice commercial s'y monte donc à 5,8 milliards, un chiffre presque exactement inverse à celui de 1980 : le commerce américain avec la région était déficitaire de 5,4 milliards, de dollars. Voilà une traduction chiffrée de la victoire que la guerre du Golfe a représentée pour les États-Unis, sur le plan commercial aussi. Le coup porté à Saddam Hussein se doublait pour Washington d'un avantage non négligeable dans la concurrence avec Européens et Japonais. A noter également que les échanges avec Israël ont représenté, en 1993, 16 % des exportations et 30 % des importations moyen-orientales de l'Amérique.

D'après les chiffres du Statistical Abstract of the United States 1995, les plus gros clients de Washington au Moyen-Orient étaient, en 1993, l'Arabie Saoudite (6,7 milliards de dollars), Israël (6,5), la Turquie (3,4), l'Égypte (2,8) et les Émirats arabes unis (1,8). Et ses principaux fournisseurs étaient alors Israël (13,2 milliards de dollars), l'Arabie Saoudite (7,7), le Koweït (1,8) et la Turquie (1,2). Si les échanges américano-arabes sont plutôt en recul, le commerce entre les États-Unis et Israël a crû massivement, suite à l'accord de libre-échange négocié entre les deux pays.

La Russie est loin d'avoir retrouvé l'influence de l'ex-URSS dans la région et l'intensité des rapports commerciaux qu'elle y entretenait. A défaut de statistiques fiables, il semble que Moscou s'efforce prioritairement de récupérer les marchés qui étaient ceux de l'Union soviétique, en particulier en Irak, en Iran, en Syrie, en Égypte et en Libye.

Mais, à la moitié des années 90, c'est l'Union européenne qui arrive en tête des fournisseurs de l'Arabie Saoudite, de l'Égypte, de l'Irak, d'Israël, de la Jordanie, du Koweït, de la Libye, d'Oman, du Qatar, de la Syrie et de la Turquie, et des clients de l'Égypte, de la Libye, de la Turquie et du Yémen. Les États-Unis ne la devancent comme fournisseur que dans le cas d'Israël et comme client dans le cas de l'Arabie Saoudite. Quant au Japon, il est le premier client des Émirats arabes unis, d'Oman, de Qatar et de la Syrie. En tête des fournisseurs des Émirats arabes unis, de la Jordanie et du Yémen arrivent les pays en voie de développement, qui l'emportent également comme clients de Bahreïn, de l'Irak, du Liban et de la Jordanie.

Si l'Union européenne, les États-Unis, le Japon et la Russie figurent parmi les partenaires essentiels des pays de la région, la part du tiers monde dans les échanges du Moyen-Orient n'est pas pour autant négligeable : plus de 30 % de ses importations et près de 50 % de ses exportations.

Les 100 Portes du Proche-Orient
Alain Gresh - Dominique Vidal
Tous droits réservés - Éditions de l'Atelier.