AUTONOMIE
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Le concept d'autonomie (self-government en anglais) est au coeur des négociations de paix israélo-palestinien. Affirmé par la déclaration de Washington du 13 septembre 1993 et mis en oeuvre par les accords d'Oslo I et de Taba (Oslo II), c'est le statut transitoire donné à la bande de Gaza et à la Cisjordanie - Jérusalem exclue - jusqu'en 1999. A cette date, devra être défini, à l'issue des négociations finales, un statut définitif pouvant, soit prolonger sous telle ou telle variante l'autonomie en cours, soit, comme le souhaitent les Palestiniens, déboucher sur la création d'un État indépendant. Ce schéma s'inspire directement des accords de Camp David de 1978 qui, dans leur second volet, précisaient que, pendant une période de cinq ans, serait accordée " une pleine autonomie aux populations de Cisjordanie et de Gaza ". De plus, " le gouvernement militaire israélien et l'administration civile israélienne cesseront d'exercer leurs fonctions dès qu'une autorité autonome aura été librement élue par les habitants de ces régions ". L'Égypte, Israël et la Jordanie (qui n'avait pas été consultée) devaient se mettre d'accord sur les " modalités d'établissement d'une autorité autonome élue ". Des Palestiniens des Territoires occupés pourraient s'intégrer à des délégations arabes, à condition d'avoir l'aval d'Israël. Enfin, à l'issue des trois premières années de la période transitoire commenceraient des négociations sur l'avenir de la Cisjordanie et de Gaza, le texte restant muet sur le sort de Jérusalem. Dans une lettre d'éclaircissement à Menahem Begin, jointe au traité, le président Jimmy Carter précisait qu'il avait bien été informé que partout où figurait la mention " Palestinien " ou " peuple palestinien ", le Premier ministre israélien " comprenait Arabes palestiniens " - autrement dit qu'il rejetait la notion de " peuple palestinien ". Ce projet ne verra pas le jour. La Jordanie refuse de participer aux négociations et l'accélération, dès 1979, de la colonisation israélienne des Territoires occupés contredit l'esprit sinon la lettre des accords. Les interminables discussions entre Le Caire et Tel Aviv ne pourront aboutir à une définition des pouvoirs de la future autorité autonome palestinienne : le président Anouar Al Sadate lui-même, peu suspect d'extrémisme, devra renoncer face à l'intransigeance israélienne, dont les raisons sont facilement identifiables. Tout scrutin libre en Cisjordanie et à Gaza ne peut aboutir qu'à une victoire des partisans de l'OLP, les élections municipales de 1976 l'avaient amplement démontré. Dans ces conditions, la vision israélienne des " pouvoirs " de la future autorité élue est plus qu'étroite. Conformément à sa conception selon laquelle l'autonomie concerne les habitants, non les territoires, Menahem Begin, alors Premier ministre, considère que l'État hébreu devrait continuer à contrôler la sécurité intérieure, l'ensemble des terres domaniales et la distribution de l'eau ; les colons et les colonies ne dépendraient que de lui ; il superviserait également les postes et télécommunications, les exportations et les importations, les voyages vers les pays arabes, les transferts de fonds à l'étranger, etc. De plus, à l'issue des cinq années de transition, Israël ferait valoir sa souveraineté sur la Cisjordanie et sur Gaza. À la différence du précédent de Camp David, l'autonomie nouvelle manière a vu le jour le 4 mai 1994, d'abord à Jéricho et à Gaza. Malgré les retards enregistrés dans son calendrier d'application, l'armée israélienne se retire de la plus grande partie de la bande de Gaza, puis de sept grandes villes arabes de Cisjordanie : Jéricho, Ramallah, Naplouse, Kalkilya, Jénine, Tulkarem, Bethléem ; en revanche, à Hébron, le retrait a été plusieurs fois retardé. Une Autorité palestinienne est mise en place, à laquelle Israël transfère l'essentiel des pouvoirs civils : maintien de l'ordre, économie, éducation, santé, etc. Elle sera légitimée, le 20 janvier 1996, par l'élection d'un Conseil et de son président, aux termes de laquelle Yasser Arafat et ses proches au sein du Fatah se voient confirmés dans leur contrôle des nouvelles institutions. Quant à la police palestinienne, forte de quelque 27 000 hommes en 1996, et aux divers services de renseignement, d'ailleurs rivaux, installés par Abou Ammar, ils assurent le maintien de l'ordre, la répression des activités violentes hostiles aux accords de paix, mais aussi l'intimidation de tous ceux qui s'opposent au pouvoir en place. Réduite, l'autonomie version Oslo subit de sérieuses limitations qui - outre son caractère transitoire et l'absence de règlement de questions décisives comme Jérusalem, les colonies, l'eau ou les réfugiés - risquent de faire échouer l'expérience :
Or, les accords économiques dits de Paris, signés le 29 avril 1994 - et légèrement modifiés lors de la signature des accords d'Oslo II - ne donnent pas à l'Autonomie palestinienne les moyens de se dégager de cette emprise : ils ne prévoient ni banque centrale ni monnaie propre ; en dépit de la création entre les deux partenaires d'une zone de libre échange, ils imposent des quotas sur l'exportation vers l'État juif des principaux produits agricoles palestiniens comme sur les importations en Cisjordanie et à Gaza de marchandises en provenance des pays arabes ou d'ailleurs ; la fiscalité palestinienne est identique à l'israélienne, à deux points de TVA près. Le bouclage des territoires palestiniens au lendemain des attentats de Hamas, au printemps 1996, a mis le doigt sur cette terrible dépendance : chaque journée de fermeture totale des frontières israéliennes aux travailleurs et aux produits palestiniens représente, selon les statistiques de la Banque mondiale, une perte de 30 % de son revenu pour Gaza et de 25 % pour la Cisjordanie. Sans parler des conséquences tragiques de la pénurie de farine et de médicaments... C'est dire l'importance de l'aide internationale. La politique du nouveau gouvernement de droite israélien qui, tout en proclamant son attachement à la paix, réduit l'autonomie à sa plus simple expression. Le programme de l'équipe formée le 19 juin 1996 par Benyamin Netanyahou exclut en effet la création d'un quelconque État palestinien ainsi que toute division de Jérusalem, et entend développer la colonisation juive dans les territoires occupés. En septembre 1996, l'armée israélienne pénètrera dans les Territoies autonomes pour réprimer les manifestations. Le concept d'autonomie a également joué un rôle en Irak où, dans les années 60, les Kurdes se battent pour l'autonomie du Kurdistan à l'intérieur d'un État démocratique. Ils obtiennent théoriquement gain de cause en 1970, mais l'interprétation de l'accord que Saddam Hussein imposera finalement dans les années 70 et 80 le dépouille de toute signification. Au lendemain de la guerre du Golfe les peshmerga et Bagdad entameront des négociations sur l'autonomie kurde. Elles se heurteront à la définition exacte du territoire concerné, à la répartition des richesses économiques entre les Kurdes et le centre, et enfin à la définition des pouvoirs réels dont disposerait le conseil régional du Kurdistan. Elles échoueront donc et les Kurdes, sous la protection occidentale, assureront une autonomie de facto sur le nord du pays. Enfin, l'autonomie a été aussi appliquée au Soudan, pour tenter de régler la question sudiste. Proposée par le Parti communiste dans les années 60, mise partiellement en œuvre dans les années 70, elle sera abrogée par Jaafar Al Nemeiry en 1983, ce qui provoquera une reprise de la guerre civile. |
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