CISJORDANIE
|
Territoire situé sur la rive ouest du Jourdain, la
Cisjordanie fait partie de la Palestine sous mandat britannique.
Occupée par les armées du roi Abdallah de Transjordanie durant
la guerre de 1948-1949, elle est officiellement annexée le 24 avril
1950. D'une superficie de 5 800 kilomètres carrés, la rive
ouest (West Bank) comprend la partie orientale de Occupée par l'armée israélienne lors de la guerre des Six Jours en 1967, la Cisjordanie n'est pas annexée (contrairement à la partie arabe de Jérusalem). Mais ses 660 000 habitants (recensement de 1967, y compris Jérusalem) - en 1987, leur nombre est estimé par le West Bank Data Project du Dr Meron Benvenisti à 1,2 million - vont vivre une occupation qui bouleversera leur mode de vie et leur conscience politique. Quant aux 250 000 personnes qui ont fui vers la Jordanie, en juin 1967, seules quelques milliers d'entre elles seront autorisées à rentrer. Tout en pratiquant une politique dite des " ponts ouverts ", qui autorise certains contacts et le commerce entre la Cisjordanie et la Jordanie, Israël accélère l'intégration économique des Territoires occupés. La Cisjordanie se mue en un marché décisif pour les exportations de l'État juif. Dans l'autre sens, chaque jour, des dizaines de milliers de Palestiniens se rendent en Israël pour vendre à bas prix leur force de travail. De 5 000 en 1968, leur nombre passe à 25 000 en 1971, puis à 40 000 en 1979, et se stabilise autour de 45 000 dans les années 80 et au début des années 90. Les conséquences sociales sont fortes : le prolétariat industriel constitue 40 % de la population active, alors que les personnes employées dans l'agriculture n'en représentent plus que 25 %. Cette inversion a stimulé l'effritement de la société traditionnelle, paysanne et rurale. Les valeurs morales et le mode de vie se transforment. Les relations fondées sur le clientélisme - qui était le mode de domination des élites projordaniennes avant 1967 - se fissurent. Le rajeunissement de la population et un taux de scolarisation important accentuent ces évolutions. En quelques années, une nouvelle élite intellectuelle, plus nationaliste, s'affirme, remplace ses aînés plus modérés et confirme son soutien à l'OLP. D'autant que la politique israélienne ne laisse pas beaucoup de place à la " collaboration ". L'implantation des colonies de peuplement, l'affirmation des droits historiques juifs sur " la Judée et la Samarie ", l'annexion de Jérusalem (ville sainte aussi pour les musulmans et les chrétiens - n'oublions pas qu'une minorité non négligeable de Palestiniens sont chrétiens) dressent autant d'obstacles. La répression, menée aussi bien contre des éléments projordaniens, les nationalistes favorables aux fedayin et les communistes, achève d'isoler ceux que la population considère comme les " occupants ". De 1967 à 1970, toutes les tendances politiques réclament le retour au statu quo d'avant juin 1967 ; mais, avec Septembre noir et le développement de la conscience nationale palestinienne, les éléments projordaniens sont isolés. En août 1973 se constitue le Front national palestinien (FNP), qui regroupe nationalistes et communistes et reconnaît l'OLP comme " seul représentant légitime des Palestiniens ". Le FNP affirme son hégémonie, au printemps 1976, lors des élections municipales : il obtient 80 % des sièges et la plupart des postes de maire. Le FNP, durant cette période, permet à la fois d'affirmer l'identité nationale (contre Israël, mais aussi contre la Jordanie) et de peser pour que l'OLP adopte des positions réalistes, c'est-à-dire favorables à une solution politique et à l'édification d'un État palestinien en Cisjordanie et à Gaza. Ce sont les Palestiniens " de l'intérieur " qui s'opposent le plus vigoureusement aux accords de Camp David de 1978 et à l'" autonomie ". C'est qu'ils vivent concrètement la politique de colonisation et d'expropriation des terres, accélérée depuis la victoire de Menahem Begin. La répression politique s'intensifie avec la destitution, en 1982, de la plupart des maires élus et leur remplacement par des administrateurs israéliens. Elle accompagne les mesures " ordinaires " prises contre les Palestiniens : assignations à résidence, expulsions vers la Jordanie, internements administratifs... Il y a, à la veille de l'intifada, 4 000 prisonniers politiques venant de la Cisjordanie et de Gaza. Seul espace, relatif, de liberté : la presse. Paraissant à Jérusalem-Est, elle bénéficie des lois israéliennes, mais subit toutefois une censure rigoureuse. Le déclenchement, en décembre 1987, du soulèvement de la Cisjordanie et de Gaza marque l'aboutissement d'une prise de conscience, reflète une forte identité nationale et confirme le rôle central de l'" intérieur " dans la lutte palestinienne. Le roi Hussein en a pris acte en rompant, le 31 juillet 1988, tous les liens " légaux et administratifs " avec la Cisjordanie. La Cisjordanie est au coeur des accords d'Oslo et de la mise en place de l'autonomie palestinienne. Signé le 28 septembre 1995 à Washington, l'accord de Taba (dit aussi accord d'Oslo II) définit la période transitoire qui doit durer jusqu'en mai 1999. La Cisjordanie est divisée en trois zones : <195> la zone A comporte les grandes villes palestiniennes (Jéricho, Jénine, Naplouse, Tulkarem, Kalkiliya, Ramallah et Beethléem) qui sont désormais sous autorité palestinienne ; elle couvre 3 % du territoire. Hébron, avec ses 120 000 habitants palestiniens et ses 400 colons restait, fin septembre 1996, sous occupation israélienne ; <195> la zone B couvre 27 % de la Cisjordanie et la quasi-totalité des 465 villages palestiniens ; l'Autorité palestinienne y dispose de pouvoirs municipaux, mais l'armée israélienne y est responsable de la sécurité et peut y pénétrer à tout moment ; <195> la zone C, qui s'étend sur 70 % de la Cisjordanie - dont l'ensemble des colonies israéliennes - reste sous contrôle israélien. A la fin de l'année 1995, les troupes israéliennes se sont retirées des grandes villes palestiniennes (à l'exception de Hébron) où s'installe l'Autorité palestinienne. Si les élections du 20 janvier 1996 confirment la grande mobilisation des Palestiniens, les attentats du printemps 1996 mettent en lumière la fragilité de l'autonomie : le bouclage systématique des territoires autonomes empêche les Palestiniens d'aller travailler en Israël ; la circulation des marchandises et des hommes entre les différentes villes est devenue plus difficile, rendant impossible la constitution d'une entité économique viable ; les raids israéliens, notamment dans les villages, se multiplient durant le premier semestre 1996, aboutissant de facto à la réoccupation des villages situés en zone B. La population de la Cisjordanie (Jérusalem-Est inclus) est de 1,6 million - dont 500 000 réfugiés - et le PNB par habitant de 2 040 dollars. |
|
|
|