CONFESSIONNALISME
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Désigne le système
politique en vigueur au Après les événements de 1860 et l'intervention française, la question du Liban devient une question européenne. Un " règlement organique " est imposé au Mont-Liban (Petit Liban, 4 500 kilomètres carrés, moins de la moitié du pays actuel) qui relève désormais directement de la Sublime Porte. Un conseil administratif est formé, comprenant des représentants des six principaux groupes religieux : maronites, druzes, sunnites, chiites, Grecs orthodoxes et Grecs catholiques. Le Petit Liban à large majorité maronite, est divisé en sept mudiriya : quatre maronites, une druze, une grecque orthodoxe et une grecque catholique. Le communautarisme ainsi constitué est renforcé par la mission que s'assigne chaque puissance européenne : Paris défend les maronites, Londres les druzes, Saint-Pétersbourg les Grecs orthodoxes... En 1920, la France établit son mandat sur la région et sépare le Grand Liban (dans ses frontières actuelles) de ce qui deviendra la Syrie. Trois facteurs contribuent à enraciner le confessionnalisme. Dans les nouvelles frontières, les chrétiens sont à peine majoritaires ; mais, décidés à conserver leur hégémonie, la peur d'être submergés par l'islam ravive leur cohésion. Au début de 1926, le statut de communauté politique est accordé aux chiites qui, jusque-là, dépendaient de la sphère légale sunnite. Enfin, l'article 95 de la Constitution de 1926 stipule : " À titre transitoire et dans une intention de justice et de concorde, les communautés seront équitablement représentées dans les emplois publics et dans la composition des ministères... " Ce provisoire dure toujours. On a, entre-temps, officialisé dix-sept confessions, qui ont chacune un fonctionnement de type tribal. En matière de statut personnel (mariage, divorce, héritage...), chaque communauté dispose de son autonomie ; le mariage civil n'existe donc pas. Dans le domaine politique, le pacte de 1943 a fixé les règles : président maronite, Premier ministre sunnite, président de la Chambre chiite, etc. Au Parlement, 6 sièges sur 11 reviennent aux chrétiens et 5 aux musulmans avec une répartition interne, pour chacune des deux religions, entre les différents sous-groupes. Ainsi, en 1972 - date de la dernière élection législative avant la guerre civile -, sur 99 députés, 30 sont maronites mais seulement 19 sont chiites. Même répartition pour tous les postes de l'administration et de l'armée. Le caractère présidentiel du régime a accentué la large hégémonie des maronites. C'est l'ensemble du système qui est remis en cause par l'interminable guerre civile qui a, paradoxalement, renforcé les solidarités confessionnelles. Plus grave encore, " l'occupation du territoire par les groupes libanais a subi des transformations radicales dans le sens de l'homogénéisation de chaque région " (Élizabeth Picard). Les chrétiens ont quitté Tripoli et ne seraient plus que 50 000 à Beyrouth-Ouest - contre 500 000 il y a dix ans. La montagne du Jbeil, le Kesrouan et presque tout le Metn sont maintenant exclusivement chrétiens. Le Chouf est devenu druze après la fuite des chrétiens en 1983-1985... Le pays s'est ainsi divisé en cantons presque homogènes, repliés frileusement sur les solidarités communautaires. Les accords de Taëf et le retour à la paix en 1989 n'ont pas vraiment surmonté les divisions, même si, de manière très limitée, on a pu assister au retour de certains réfugiés dans leurs régions d'origine (par exemple, dans le Chouf). En revanche, le rapport de forces entre les communautés a incontestablement évolué : désormais, musulmans et chrétiens se partagent également le Parlement et, surtout, le pouvoir du président maronite a été sensiblement réduit. |
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