COLONISATION

La colonisation israélienne de la Cisjordanie, de Gaza, de Jérusalem et des autres territoires arabes occupés a commencé dès le lendemain de la guerre de juin 1967. En juillet, la première colonie de peuplement est établie sur le Golan ; en septembre, c'est le tour de la Cisjordanie avec Kfar Etzion, dans la région de Hébron. Dans le même temps, le gouvernement, à direction travailliste, de Levy Eshkol entreprend la " judaïsation " de Jérusalem annexée. L'élément central de cette stratégie a été la dépossession des Palestiniens et la confiscation de leurs terres. Utilisant, suivant les cas, des raisons de sécurité, des lois datant du mandat britannique ou même de l'Empire ottoman, les Israéliens se sont approprié plus de 65 % des terres disponibles en Cisjordanie et plus de 40 % à Gaza. En plus d'un rôle militaire (face à la Syrie ou dans la vallée du Jourdain), le maillage très dense de la Cisjordanie ou de Gaza a une fonction de contrôle et de surveillance de la population palestinienne. Les colons armés, parfois membres des groupes d'extrême droite, n'hésitent pas à prêter main forte aux troupes d'occupation ou à faire eux-mêmes la police.

On peut distinguer deux phases dans la politique de colonisation après 1967. La première s'est déployée suivant les lignes du plan Allon - du nom du vice-Premier ministre travailliste israélien - présenté dès le mois de juillet. Il soulignait l'importance vitale du Jourdain dans la défense de l'État juif : c'est là que furent installées les premières colonies. Israël ne visait pas prioritairement les zones arabes fortement peuplées, même si, déjà, des mouvements religieux débordaient largement - avec l'aval du gouvernement - le cadre de la politique officielle. En 1977, le nombre des colons est réduit : 5 000 pour toute la Cisjordanie. Un sort à part fut réservé à Jérusalem, dont la partie arabe, largement étendue puis annexée, se vit encerclée de quartiers juifs dont la population atteignit 50 000 personnes en 1977.

En 1974 se crée le Gouch Emounim (Bloc de la foi), un mouvement revendiquant le droit des Juifs à s'installer partout en Eretz Israël. Il multiplie les coups de main et les occupations " illégales " dans des zones de fort peuplement arabe. À la veille de la victoire de Menahem Begin, en 1977, cinq colonies s'étaient ainsi constituées, et leur existence avait été entérinée par le gouvernement d'Itzhak Rabin et Shimon Peres. L'accession de la droite au pouvoir accéléra considérablement le mouvement. Les implantations sont créées dans les zones à fort peuplement arabe, et le nombre de colons grimpe à 44 000 en 1984. Alors que, entre 1967 et 1977, 750 millions de dollars ont été investis dans la colonisation, cette somme passe à 1,67 milliard pour la décennie suivante.

Mais l'esprit pionnier des années 30 et 40 s'est bien essoufflé, en dehors d'une poignée de fanatiques. Dès le début des années 80, on utilisera à fond, pour " remplir " les colonies, le ressort de la crise du logement. Les jeunes couples, ne pouvant trouver d'habitation abordable dans les grandes villes israéliennes, se voient proposer de s'installer dans des colonies urbaines en Cisjordanie. Certaines sont situées à moins de 30 kilomètres de Tel Aviv, et les prix y sont deux à trois fois inférieurs. La formation du gouvernement d'union nationale, en 1984, a abouti à la limitation de la construction de nouvelles colonies. Mais la croissance du nombre de colons continue : les implantations peuvent accueillir un million de personnes.

Avec la victoire des travaillistes aux élections législatives de juin 1992, on s'attend à un tournant de la politique israélienne dans ce domaine. Devenu Premier ministre, Itzhak Rabin annonce le gel de la colonisation. Il n'en sera rien. Fin 1995, la Cisjordanie compte 130 colonies avec 150 000 habitants (contre 112 000 en 1992), Gaza 16 colonies abritant 6 000 âmes, le Golan 33 colonies regroupant 16 000 personnes, sans oublier les quelque 170 000 habitants juifs des neuf colonies de Jérusalem-Est : " Les prochaines années, déclarera même Rabin, seront marquées par l'extension de la construction du Grand Jérusalem. "

Les accords d'Oslo n'ont pas changé le statut des colonies qui ne doit être discuté que durant les négociations finales. Pour préparer l'annexion de nombre d'entre elles, le gouvernement travailliste israélien a décidé la construction de 26 nouvelles routes " de contournement " pour les relier directement à Israël. Il a également laissé les implantations existantes poursuivre l'annexion de terres et la construction de nouveaux logements - sauf dans le cas des 53 hectares de Jabal Abou Gheneim, Beit Hanina et Beit Safafal qu'il doit geler le 22 mai 1995, les députés des partis arabes menaçant de joindre leurs voix à celles du Likoud pour faire passer une motion de défiance au parlement. Même le massacre de vingt-neuf Palestiniens de Hébron par Baruch Goldstein, le 25 février 1994, n'a pas suffi à convaincre le Premier ministre de sévir contre les colons, faiblesse qu'il paiera de sa vie, le 4 novembre 1995.

L'assassin n'a pas agi en vain : le 29 mai 1996, la droite et l'extrême-droite reviennent au pouvoir. Avec elles, la colonisation est à nouveau à l'ordre du jour. Le programme du gouvernement formé par Benyamin Netanyahou prévoit " le renforcement, l'élargissement et le développement " de la colonisation juive " sur les hauteurs du Golan, la vallée du Jourdain, la Judée, la Samarie et Gaza ". Et de préciser qu'il " allouera, dans ces régions, les ressources nécessaires à cette entreprise ". Et c'est Ariel Sharon, placé à la tête d'un " super-ministère ", qui est chargé de cette relance...

Les 100 Portes du Proche-Orient
Alain Gresh - Dominique Vidal
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