ALIYA
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" Montée " - traduction littérale
de l'hébreu - des Mais, d'idée religieuse, la renaissance d'Israël est alors devenue un objectif politique. Après les appels de Bonaparte, des saint-simoniens et de lord Byron, le mouvement sioniste en prend le relais. Avant même Theodor Herzl, c'est le Russe Léon Pinsker qui imagine et organise, avec " Les Amants de Sion ", cette nouvelle " colonisation " des " terres bibliques ". Plusieurs aliyot vont la mener à bien. Aux 25 000 Juifs - concentrés à Jérusalem, Hébron, Safed et Tibériade - encore noyés, en 1880, parmi un peu moins d'un demi-million d'Arabes, la première aliya, entre 1882 et 1903, apporte le renfort de 20 à 30 000 autres, quasiment tous venus de l'Empire tsariste. De premières entreprises agricoles voient le jour, qui, jointes aux dix-neuf nouvelles colonies que créera le baron Edmond de Rothschild, abritent plus de 5 000 pionniers. Dans le même temps, des bourgeois juifs investissent en Palestine, notamment dans la production d'agrumes. La seconde aliya, essentiellement russe mais d'origine socialiste, draine, de 1903 à 1914, 35 à 40 000 nouveaux immigrants. Des dizaines de colonies supplémentaires voient le jour. Tel Aviv surgit de terre, tandis que Jérusalem et Haïfa grandissent. L'hébreu, de langue littéraire et liturgique, devient langage usuel. À ces Juifs issus d'Europe orientale se mêlent les premiers Yéménites qui remplacent, dans les entreprises agricoles, les fellahs arabes. Car les kibboutzim, dont le premier est fondé à Degania en 1911, ne doivent employer que de la main-d'oeuvre juive. Ainsi, à la veille de la Première Guerre mondiale, compte-t-on environ 80 000 Juifs en Palestine - 2 à 3 millions, à la même époque, ont quitté la Russie et la Pologne pour l'Europe occidentale ou les Amériques... Des communautés juives anciennes et des deux premières aliyot, il ne subsiste, en 1918, que 60 000 membres en Palestine, soit moins de 10 % de la population totale. La " légalisation " de l'immigration par la déclaration Balfour va permettre de tripler, en vingt ans, cette proportion. Le rythme est d'abord lent. La troisième aliya, de 1919 à 1923, entraîne 35 000 Juifs originaires d'URSS, de Pologne et des pays Baltes, en grand nombre militants socialistes, travailleurs et pionniers. S'y adjoignent, avec la quatrième aliya, entre 1924 et 1931, qui rassemble 82 000 participants, des Juifs des Balkans et du Moyen-Orient, et, plus généralement, des membres des classes moyennes. Fin 1931, 175 000 Juifs, soit 17,7 % de la population totale, sont présents en Terre sainte. C'est la victoire du nazisme en Allemagne qui va stimuler l'immigration juive vers le Yichouv, et en bouleverser les caractéristiques. De 1932 à 1939, la cinquième aliya apportera le renfort de 247 000 Juifs, soit 30 000 par an, quatre fois plus que depuis la fin du premier conflit mondial. Procédant moins d'un " choix sioniste " que d'une fuite face aux menaces nazies, cette nouvelle " colonisation " est en majorité allemande et bourgeoise - l'Organisation sioniste a, il est vrai, conclu avec Berlin, en 1933, une convention autorisant l'exportation des capitaux juifs d'Allemagne. En 1939, les Juifs sont, en Palestine, exactement 429 605, ce qui constitue 28 % de la population totale. Malgré le blocus britannique, 118 338 autres - c'est la sixième aliya - les rejoindront d'ici à l'indépendance, le 14 mai 1948, parmi lesquels maints rescapés du génocide, venus souvent clandestinement pour éviter le drame de l'Exodus. Ainsi, lorsque l'État d'Israël voit le jour, il comporte 650 000 citoyens juifs, un tiers des habitants de la Palestine. Ce nombre va quintupler dans les vingt-cinq années suivantes, grâce à l'apport de nombreuses et massives aliyot. Leurs caractéristiques seront cependant bien différentes des précédentes, en premier lieu par l'origine de ces nouveaux Israéliens : jusqu'aux années 70, il s'agira dans leur immense majorité de Juifs venus d'Afrique et d'Asie. La détente américano-soviétique favorisera également l'afflux en Israël de Juifs venus d'URSS. Après un apogée en 1979, cette immigration se tarira pour reprendre avec l'arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev, puis la disparition de l'Union soviétique. De 1987 à 1996, elle apportera à l'État juif plus de 700 000 nouveaux citoyens - l'équivalent de l'arrivée, en France, en dix ans, de dix millions d'hommes, de femmes et d'enfants ! Quantitativement important, leur rôle l'est également qualitativement : le haut niveau d'éducation ainsi que la forte proportion de professeurs, de chercheurs et d'ingénieurs qui caractérisent cette immigration en feront un atout majeur d'Israël dans le développement des nouvelles technologies, coeur de son développement économique. Malgré le ralentissement de cette aliya, la Russie et les autres Républiques qui composaient l'URSS demeurent - en l'absence d'une large immigration en provenance d'Occident - le principal " réservoir " démographique d'Israël. |
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