ASSAD (Hafez Al)

Né le 6 octobre 1930 à Kardaha, dans le nord de la Syrie, Hafez Al Assad appartient à la minorité des alaouites - secte d'origine chiite, souvent considérée par les musulmans sunnites comme hétérodoxe, et dont on ne trouve des représentants qu'au Liban et surtout en Syrie, où ils constituent un peu plus de 10 % de la population.

Assad a grandi dans une famille de paysans aisés. Il poursuit ses études secondaires au lycée de Lattaquieh. À cette période, il adhère au parti Baas et participe aux luttes étudiantes contre l'occupation française. Il entre en 1952 à l'école militaire de Homs où il fait la connaissance de Moustapha Tlass, l'actuel ministre de la Défense. Pilote de chasse, il effectue plusieurs stages de formation en URSS avant d'être envoyé en Égypte durant l'éphémère République arabe unie (1958-1961). Là, avec plusieurs officiers syriens, dont Salah Jdid, il forme le Comité militaire baasiste, acteur décisif dans la prise du pouvoir du Baas à Damas en 1963.

Nommé commandant en chef des forces aériennes en 1965, il aide l'année suivante Salah Jdid à éliminer l'équipe au pouvoir, jugée trop à droite. Mais, chef de l'aviation et ministre de la Défense, il s'oppose rapidement à la " radicalisation " qu'impose Salah Jdid ainsi qu'à son " aventurisme ". Ainsi, durant les événements de septembre 1970 (voir Septembre noir) en Jordanie, il refuse de fournir la couverture aérienne aux blindés syriens qui tentent de porter secours à l'OLP. La lutte interne s'avive et, le 16 novembre 1970, un coup d'État porte Assad à la présidence du Conseil. Il sera élu, dans les mois qui suivent, secrétaire général du parti Baas, puis président de la République.

En quelques années, Assad consolide un pouvoir devenu autoritaire et s'appuie sur l'armée et les " brigades de défense " - une garde prétorienne dirigée par son frère Rifaat. Il est à l'origine de toutes les grandes décisions prises depuis 1970 : participation à la guerre d'octobre 1973, négociations avec Henry Kissinger en 1974-1975, intervention au Liban en 1976, refus des accords de Camp David en 1978, négociations bilatérales avec Israël sur la lancée de la conférence de Madrid... Adversaire redoutable, doté d'une volonté de fer, il sait aussi faire preuve de souplesse quand cela s'avère nécessaire ; les péripéties des relations avec ses voisins, ou avec la Maison Blanche, le prouvent abondamment. À l'intérieur, il a impitoyablement éliminé toute contestation, y compris dans le parti Baas ou dans l'armée.

En novembre 1983, après une alerte cardiaque sérieuse qui le tient à l'écart des affaires, une guerre de succession oppose son frère Rifaat à des généraux de l'armée, dont Chafik Fayyad. Après une période de troubles et d'affrontements armés, le retour d'Assad - qui exile provisoirement les protagonistes - met un terme aux discordes. Le président en profite pour réorganiser le pouvoir, saper la puissance de son frère - qui, après avoir été nommé vice-président aux côtés d'Abdel Halim Khaddam, ministre des Affaires étrangères responsable du dossier libanais, est à nouveau exilé. Il confirme sa prééminence au huitième congrès du parti, en janvier 1985. Dès la fin des années 80, Assad commence à pousser sur le devant de la scène son fils aîné, Bassel Al Assad, mais la mort de ce dernier, le 21 janvier 1994, à l'âge de trente-deux ans, repose avec force la question de la succession. L'autre fils, Bachar, prend en tout cas à partir de cette date une place plus importante dans le pouvoir : il sera nommé commandant dans la Garde présidentielle en 1995, à vingt-neuf ans, et assurera différentes missions, notamment au Liban.

La participation de la Syrie à la coalition anti-irakienne en 1990-1991 a permis à Assad de sortir son pays de l'isolement, de confirmer son hégémonie au Liban et d'apparaître comme un interlocuteur central au Proche-Orient. Depuis, et surtout après la signature des accords d'Oslo puis de la paix israélo-jordanienne, le grand objectif que s'assignent le pouvoir et le président Assad est de faire reconnaître la place de la Syrie dans le Proche-Orient de demain. Lors de sa rencontre avec le président William Clinton, à Genève, le 16 janvier 1994, il affirmait : " Nous sommes prêts à signer la paix, maintenant. " Mais cette paix, il faut qu'Israël et les Etats-Unis en paient le prix fort : le retrait du Golan, la reconnaissance du rôle de la Syrie au Liban, une aide économique accrue. La victoire de la droite aux élections israéliennes de mai 1996 et les déclarations de Benyamin Netanyahou hostiles au retrait du Golan risquent de bloquer toute avancée vers la paix. Et donc de reporter le défi sans précédent que représenterait, pour Hafez Al Assad et son régime, un retour à la paix que la Syrie n'a pas connue depuis 1967.

Le président Assad mène une vie austère, qui tranche avec la corruption qui s'est largement installée dans les allées du pouvoir, malgré des campagnes régulières pour la moralisation.

Les 100 Portes du Proche-Orient
Alain Gresh - Dominique Vidal
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