BEGIN (Menahem)
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Dirigeant de la droite israélienne, il a mené celle-ci pour la première fois au pouvoir en 1977. Il exerça la charge de Premier ministre jusqu'à sa démission, consécutive à la guerre du Liban. Menahem Begin est né le 13 août 1913 en Russie, à Brest-Litovsk, une ville à majorité juive où le mouvement sioniste est déjà très actif. Il en devient militant dès l'âge de douze ans, d'abord à gauche (à l'Hachomer Hatzaïr), puis à droite, au Betar, l'organisation de jeunesse paramilitaire des révisionnistes - une scission du sionisme à caractère hypernationaliste, autoritaire, voire fascisante, créée dans les années 20 par Zeev Jabotinsky. C'est à seize ans que Begin fait la connaissance de celui que ses adversaires socialistes surnomment " Vladimir Hitler " et qui prêche la " transformation de ce pays (y compris la Transjordanie) en un État indépendant sous la direction d'une majorité juive bien établie " (Zeev Jabotinski, Principes de base du révisionnisme). Enthousiaste, il devient dirigeant du Betar au cours de ses études de droit à Varsovie, puis permanent de l'organisation. Mais c'est l'invasion allemande, et Begin fuit vers l'Est : arrêté par la police secrète soviétique, interné dans un camp de travail du cercle polaire, il devra sa libération à l'accord passé par Staline avec le gouvernement polonais en exil à Londres - Brest-Litovsk était polonais entre les deux guerres. Enrôlé dans l'armée polonaise du général Anders, Begin, au printemps 1942, rejoint sa femme en Palestine, où il est nommé commissaire du Betar et chef de l'armée secrète révisionniste, l'Irgoun. Avec ses troupes, en 1944, il se lance - un an après ses propres scissionnistes du Lehi, dit " groupe Stern " - dans la lutte armée contre l'occupant britannique. Ses attentats lui valent de sérieux affrontements avec les organisations majoritaires, en premier lieu la Haganah dont il dénonce l'" attentisme " : de novembre 1944 à septembre 1945, celle-ci, sous le nom d'" Opération saison ", conduit une véritable chasse aux partisans de Begin. L'union cependant l'emporte lorsque, à son tour, la Haganah décide de s'en prendre violemment aux représentants britanniques et, plus encore, à partir de 1947, dans les affrontements qui les opposent aux Arabes, et qui se généralisent après l'entrée des troupes arabes en Palestine, le 15 mai 1948 (voir Guerre de 1948-1949). Au cours de cette période, c'est à l'Irgoun de Menahem Begin qu'on doit quelques-unes des actions terroristes les plus condamnées par l'opinion, y compris juive : l'attentat du 22 juillet 1946 contre l'hôtel King David de Jérusalem, siège du QG britannique, qui fait 200 morts et blessés dont de nombreux Juifs, le massacre du village palestinien de Deir Yassin le 9 avril 1948 où périssent 250 civils et qui pousse les populations arabes à l'exode, etc. L'affaire de l'Altalena - un bateau affrété par l'Irgoun pour se procurer des armes en grande quantité - sera qualifiée par le Premier ministre Ben Gourion de " tentative pour déborder l'armée et assassiner l'État "... Cette réputation d'aventurisme, de nationalisme hystérique et de tendances factieuses pèse lourd sur l'Irgoun. La guerre terminée, Begin dissout donc son organisation militaire pour se reconvertir dans le combat politique : il fonde le parti Herout (Liberté, en hébreu). Begin s'est installé au printemps 1947 dans un appartement à Tel Aviv, et c'est là que, trente ans plus tard, au soir du 17 mai 1977, il apprend sa victoire. Entre-temps, une " longue marche " patiemment menée sur quatre terrains : la violente polémique - jusqu'à l'émeute devant le Parlement - contre la reprise des relations avec l'Allemagne de l'Ouest, la dénonciation de la mainmise des socialistes sur l'État et de leur faillite souvent scandaleuse, le rassemblement de tous les mécontents, en premier lieu les Juifs orientaux, et bien sûr le discours chauvin sur les droits du peuple juif à toute sa terre de part et d'autre du Jourdain. Mais l'ascension de Menahem Begin tient moins à ses propres efforts qu'aux cadeaux que ne cessent de lui faire les travaillistes. De tous, le plus beau est assurément la logique de guerre et d'occupation dans laquelle les gouvernements socialistes s'installent. " Désormais, écrit Eytan Haber dans sa biographie de Begin, tout ce que prêchait Begin ne paraissait plus de l'extrémisme. L'abîme apparemment infranchissable qui s'ouvrait entre Begin et ses adversaires n'existait plus. (...) Le consensus national s'était considérablement élargi, et Menahem Begin y tenait une place d'honneur. " Traumatisée par le choc de Kippour (voir Guerre de 1973) qui questionne la politique menée depuis vingt-cinq ans, et lasse en outre d'un pouvoir travailliste en place depuis autant, la société israélienne ne voit d'autre issue que de tenter l'expérience. L'homme dont Ben Gourion ne prononçait jamais le nom n'est-il pas, de paria méprisé, devenu respectable et respecté et, qui plus est, considéré comme le meilleur orateur d'Israël ? Le Premier ministre socialiste Levy Eshkol ne lui a-t-il pas, le ler juin 1967, offert un portefeuille de ministre ? Dix ans plus tard, il est Premier ministre, le Likoud ayant rassemblé en 1977 33,4 % des voix, alors que le Herout de 1949 en récoltait à peine 11,5 %... Le quasi-mutisme dans lequel Menahem Begin s'est enfermé de son départ de la scène politique, en 1983, jusqu'à sa mort, le 9 mars 1992, en dit cependant long sur l'échec qu'a constitué son passage au pouvoir. Après le succès de Camp David, il s'est en effet lancé dans une fuite en avant sanctionnée par une double faillite : celle de l'économie israélienne, et celle de la guerre du Liban. En 1938, Begin avait, lors d'un congrès, affronté son maître Jabotinsky, et obtenu une modification du serment du Betar : " Je préparerai mes armes pour la défense de ma nation et je ne les porterai que pour sa défense " était devenu, à la demande du jeune sioniste de Brest-Litovsk : " Je préparerai mes armes pour la défense de ma nation et la conquête de ma patrie. " Plus qu'une nuance... |
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