ARABIE SAOUDITE
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En 1744, un émir local du Najd - une région
située dans la Le premier État wahhabite, qui s'étendra jusqu'à l'Irak, est démantelé par Muhammad Ali, le sultan d'Égypte, en 1818. Le second, plus restreint, sera liquidé en 1884. La troisième tentative fut la bonne. En 1901, Abdel Aziz, qui deviendra célèbre sous le nom d'Ibn Saoud, conquiert l'oasis de Riyad, avant de s'emparer du Najd puis, à l'est, de la province d'al Hasa. Après la Première Guerre mondiale, il s'attaque à son rival, Hussein, le chérif de La Mecque. L'ensemble du Hedjaz, siège des deux villes saintes de La Mecque et de Médine, est conquis entre 1924 et 1926. En 1932, Abdel Aziz prend le titre de roi d'Arabie Saoudite à laquelle il rattache en 1934, après une guerre contre le Yémen, la province du Asir. La découverte du pétrole dans les années 30 et la création de l'Arabian Oil Company (ARAMCO) changent la face du royaume. Elles assurent à l'État - qui flotte sur une véritable mer d'or noir (un quart des réserves mondiales) - des revenus substantiels et renforcent l'alliance avec les États-Unis, dont les compagnies contrôlent l'ARAMCO (qui ne passe sous autorité saoudienne qu'en 1980). L'entrevue Roosevelt-Abdel Aziz, en 1945, consolide l'axe Washington-Riyad, qui est - la guerre du Golfe le confirmera - la pierre de touche de la politique extérieure du royaume. À la mort du souverain, en 1953, l'Arabie Saoudite traverse une zone de turbulences marquée par les grèves de l'industrie pétrolière, l'affrontement avec le nationalisme arabe révolutionnaire et des luttes à l'intérieur de la famille régnante qui ne se calmeront qu'avec l'intronisation de Faysal, le 2 novembre 1964. Le coup d'État qui met fin, en 1962, au régime royaliste au Yémen du Nord et l'intervention des troupes de l'Égypte nassérienne aux côtés des républicains entraîneront l'Arabie Saoudite dans un long conflit, qui ne trouvera de solution qu'après la guerre de juin 1967. Avec l'affaiblissement du nationalisme arabe consécutif à la défaite de Nasser en juin 1967, le rôle du royaume wahhabite dans les affaires régionales va croissant. Il dispose de deux atouts maîtres, le pétrole et l'islam. Après la guerre d'octobre 1973, les recettes de l'or noir ont atteint des sommets permettant au royaume - le troisième producteur mondial après l'Union soviétique et les États-Unis, et le premier exportateur - un plan ambitieux de développement, l'achat de matériel militaire ultra-moderne (plus de 20 % du PIB est consacré à la défense, contre 4 % pour la France) et, surtout, l'investissement de sommes considérables à l'étranger : au sens propre, la famille royale est devenue une partie intégrante du capitalisme occidental. Les ressources servent aussi à " acheter " la sécurité du royaume en finançant aussi bien l'Irak que la Syrie, l'OLP que le Fath. L'islam représente un second atout pour la dynastie. En 1987, en pleine guerre irako-iranienne, le roi Fahd - qui est monté sur le trône le 13 juin 1982 - prend le titre de " Serviteur des deux Lieux saints, La Mecque et Médine " (à partir d'août 1990, la propagande irakienne transformera cette dénomination en " Traître aux deux Lieux saints "). Cette garde de La Mecque et de Médine donne un prestige sans égal à la famille royale. Le pèlerinage - le hajj - est une des cinq obligations fondamentales de l'islam que tout bon musulman doit accomplir au moins une fois dans sa vie. En 1946, 60 000 pèlerins étrangers accomplissaient ce rite ; ils sont plus d'un million en 1996. Djedda est aussi le siège de l'Organisation de la conférence islamique qui regroupe plus de 50 États. Enfin, la Ligue islamique mondiale, fondée en 1965, constitue un forum de diverses communautés musulmanes et couvre le financement d'organisations islamistes. Ce rôle de " puissance islamique " va de pair avec les proclamations sur la défense de la Palestine et notamment de Jérusalem, troisième ville sainte de l'islam. L'occupation de la Grande Mosquée de La Mecque en 1979, puis plusieurs affrontements sanglants et accidents ont cependant porté un coup au prestige de la dynastie. C'est toujours par l'alliance des Al Saoud et de la hiérarchie religieuse - recrutée notamment dans la famille Al Cheikh, celle des descendants du fondateur du wahhabisme - que le roi Fahd entend maintenir la stabilité de son règne. Gardiens du dogme - ils se sont opposés jusqu'en 1960 à l'éducation des filles -, les oulemas veillent à la conformité religieuse des décisions du roi, dont ils servent à légitimer le pouvoir. Ils ont ainsi promulgué une fatwa approuvant la décision d'appeler les Américains à la rescousse en août 1990. Ils dirigent aussi la redoutable moutawa, la police religieuse qui " commande le bien et interdit le mal " : elle oblige les boutiquiers à fermer à l'heure de la prière, pourchasse les buveurs d'alcool ou les femmes qui ne respectent pas la " décence ". Les oulemas font strictement appliquer la charia, la loi religieuse : amputations, châtiments corporels et exécutions publiques sont monnaie courante. Après une légère amélioration de la situation durant la guerre du Golfe, due à la présence massive de la presse et de centaines de milliers de soldats, ces pratiques ont repris de plus belle : le nombre de décapitations en 1995 a atteint le chiffre record de 192 - dont 7 femmes. Grâce à ses ressources pétrolières, le pays a subi d'importantes mutations. En 1970, 26 % de la population vivait dans les villes ; la proportion atteint 73 % en 1990. La mortalité infantile qui était de près de 170 pour mille au début des années 60, serait tombée à 28 pour mille en 1993. Alors qu'en 1960, 2 % seulement des filles entraient à l'école, en 1981 ce taux grimpait à 41 % et dépassait 80 % dix ans plus tard. Elles représentent même la majorité des diplômés, même si le marché du travail leur reste largement fermé. Leur confinement dans le milieu familial reste presque sans équivalent dans le monde musulman. Malgré de nombreux atouts, la faiblesse de la dynastie régnante est apparue à plusieurs reprises, notamment durant la guerre du Golfe où il a fallu plus de 500 000 soldats étrangers pour " sauver le pays ". Depuis, au moins 5 000 soldats américains y stationnent en permanence. En 1996, les relations avec l'Irak restaient tendues, tandis que les rapports avec la Jordanie s'étaient améliorés. Avec le Yémen, malgré une nette embellie marquée par la signature du " document d'entente " le 26 février 1995, les négociations sur la démarcation des frontières étaient dans l'impasse. Le royaume ne compte, sur 2 240 000 kilomètres carrés, que 18 millions d'habitants (dont 3,5 millions d'étrangers). L'armée, avec ses 65 000 hommes, est tenue en suspicion et " doublée " par la Garde blanche ou Garde nationale, issue des tribus les plus fidèles aux Al Saoud. Pour la première fois en juin 1988, l'Arabie Saoudite avait dû lancer un emprunt d'État pour faire face à la baisse des cours du pétrole ; le coût de la guerre du Golfe a aussi largement entamé les réserves du royaume. En 1995, la dette interne représentait près de 80 % du Produit national brut, le budget restait en déficit, comme la balance des paiements. Le royaume a dû procéder à des baisses des subventions accordées à la consommation, ce qui risque d'ébranler le pacte social tissé entre la monarchie et ses sujets. De plus, l'unité des quatre régions qui forment le royaume - le Najd, al Hasa, le Hedjaz et le Asir - reste fragile, et chacune est marquée par sa propre histoire et par des tendances séparatistes. Ainsi al Hasa a connu de nombreuses grèves ouvrières, et la minorité chiite opprimée s'est plusieurs fois révoltée. Malgré un accord signé en 1993 entre le pouvoir et l'opposition chiite, de nouveaux signes de tension apparaissaient en 1996. Le Asir regarde vers le Yémen unifié. Quant au Hedjaz, qui joue un rôle actif dans l'économie et le commerce modernes, il s'accommode mal du caractère rétrograde du pouvoir. Enfin, depuis la guerre du Golfe, l'opposition a connu un essor important. En février 1991, 41 personnalités libérales lancent un appel au souverain pour une réforme. Pour répondre à ces demandes modérées et aux pressions américaines, le roi promulgue, le 1er mars 1992, une Loi fondamentale ainsi que deux lois définissant les attributions du Majliss al Choura (Conseil consultatif) et le fonctionnement des régions. Après avoir rappelé que le Coran et la Sunna (tradition du Prophète et de ses compagnons) sont la seule Constitution du royaume, la Loi confirme les pouvoirs discrétionnaires du roi : il nomme et révoque les ministres, qui sont responsables devant lui, nomme et révoque les soixante membres du Conseil consultatif, dont il peut ignorer les avis, nomme et révoque les émirs à la tête de chaque province. Plus important pour l'avenir, la Loi définit les règles de succession. Traditionnellement, celle-ci se faisait au bénéfice d'un des fils - en principe le plus âgé - d'Ibn Saoud. Désormais le texte dispose que " le roi choisit un héritier qu'il peut révoquer " et cette cooptation s'étend désormais aux petits-fils d'Ibn Saoud. Par décret, le roi Fahd a confirmé le prince Abdallah, chef de la Garde nationale, comme héritier. Ce dernier a déjà assuré la régence, pendant deux mois, au début de l'année 1996, à la suite de la maladie du roi Fahd. Ces réformes de façade ont permis à la monarchie d'intégrer l'opposition libérale d'autant plus facilement que celle-ci était inquiète de la montée des islamistes. En septembre 1992, 107 personnalités adressaient un mémorandum (non public) de quarante-cinq pages au cheikh Abdelaziz ben Baz, le plus haut dignitaire religieux du royaume. Bien que ne s'attaquant pas directement à la personne du roi, les signataires avançaient des revendications révolutionnaires : égalité de tous devant la loi, responsabilité des officiels, élimination de la corruption et de l'usure, redistribution des richesses, renforcement de l'armée et de l'indépendance nationale, restriction des pouvoirs de la police. Ces demandes se mêlaient à d'autres, empreintes d'un grand rigorisme musulman. Encore plus que leur plate-forme, c'est l'origine des signataires qui inquiète les autorités : 72 % des pétitionnaires sont originaires de la région du Najd ; la moitié d'entre eux sont des hommes de religion (autant possèdent un doctorat universitaire). C'est donc au coeur même de la base sociale du pouvoir que se développe une contestation radicalisée par le refus du pouvoir de véritables réformes. La constitution du Comité de défense des droits légitimes (le nom arabe est la " défense des droits de la charia "), dont Mohamed Al Masra'i devient le porte-parole depuis Londres, donne un écho sans précédent à la contestation, amenant Riyad à exiger que le gouvernement britannique expulse le dissident : les conservateurs tentent de le faire en janvier 1996, mais la justice casse leur ordre. Avec l'attentat du 13 novembre 1995, qui visait un centre de communication de la Garde nationale à Riyad et qui a fait cinq morts américains, une partie de l'opposition islamiste est passée à la lutte violente. L'explosion d'un camion piégé, le 25 juin 1996 à El Khobar, près de l'énorme base militaire de Dhahran, qui a coûté la vie à dix-neuf soldats américains, confirme ce choix, sans qu'il soit encore possible d'identifier les commanditaires de ces attaques. Le PNB du royaume wahhabite, largement déterminé par une production de pétrole de 8 millions de barils/jour en 1995, est estimé, en 1994, à 7 240 dollars par habitant. Si d'énormes travaux d'infrastructures, d'industrialisation (à Jubail et Yanbu) se poursuivent malgré les restrictions budgétaires, le rythme en a été considérablement réduit. Par ailleurs, le gouvernement a fortement taillé dans ses subventions à l'agriculture, notamment à la production de céréales. |
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