ARABES ISRAÉLIENS

Les Arabes d' Israël sont les Palestiniens qui n'ont pas fait partie de l'exode forcé de 1948-1949 : 160 000 alors, et 900 000 en 1994. Ils sont pour l'essentiel regroupés dans trois régions : la Galilée, le " grand triangle " autour de Oum al Fahm, le " petit triangle " autour de Taybé. En 1949, Israël a annexé ces zones que le plan de partage attribuait à l'État arabe, et ses habitants sont devenus des citoyens israéliens, mais de seconde zone, dans un État qui se voulait avant tout juif. Jusqu'en 1966, les Arabes d'Israël sont soumis à un gouvernement militaire qui les astreint à des permis de déplacement, au couvre-feu, aux assignations à résidence... et qui favorise la colonisation juive à travers la confiscation des terres arabes.

La structure sociale de la population a été bouleversée en trente ans. Rurale à plus de 75 % en 1960, elle devient majoritairement urbaine à la fin des années 80. La force de travail palestinienne sert, à plus de 50 %, dans l'industrie et la construction. Plus de 15 % des Arabes d'Israël sont chrétiens et environ 10 % sont druzes. Ces derniers bénéficient d'un traitement à part puisque, seuls parmi les Palestiniens, ils sont contraints de faire leur service militaire. L'utilisation des divisions religieuses par les gouvernements d'Israël a été permanente. Elle n'a pas été suffisante pour arrêter le développement du sentiment national palestinien. Il s'est renforcé après 1967 et s'est affirmé avec éclat lors de la journée pour la défense de la terre, le 30 mars 1976, durant laquelle manifestèrent des dizaines de milliers de Palestiniens. Une répression sanglante s'ensuivit, faisant 6 morts et des dizaines de blessés.

Dans les années 70, le PC israélien devient, progressivement, le porte-parole de cette minorité nationale qui se bat pour la reconnaissance de ses droits : 40 % de la population arabe vote pour ses candidats aux diverses élections, et il dirige la plupart des grandes villes arabes, dont Nazareth. Le PC symbolise aussi la renaissance culturelle des Palestiniens à travers sa presse en arabe (Al Itihad, Al Jadid) ou ses intellectuels (Émile Habibi, Émile Touma, Tawfik Zayad...). Une autre force, moins importante, exprime ce nationalisme : la Liste progressiste pour la paix de Mohamed Miari et Matityahou Peled. Les années 80 voient la montée en puissance du mouvement islamiste. Aux élections municipales de 1989, ce dernier remporte de grands succès, s'emparant notamment de la seconde ville arabe, Oum al Fahm.

Pourtant, dans les années 90, beaucoup d'observateurs mettent en avant l'" israélisation " des Arabes, marquée par une volonté d'intégration et une revendication d'égalité avec les citoyens juifs. L'affaiblissement des discriminations dont ils faisaient l'objet - le gouvernement travailliste a pris des mesures significatives pour aider les villes arabes toutefois encore défavorisées - encourage ce mouvement.

Néanmoins, cette évolution ne contredit pas l'affirmation nationale palestinienne dont témoignent les résultats des élections de mai 1996. Plus de 60 % des voix des Arabes d'Israël se portent sur les deux listes nationales : celle formée par les communistes et leurs alliés - notamment l'Alliance nationale démocratique de Azmi Bishara, qui prône l'autonomie des Arabes israéliens - et celle constituée par le Parti démocratique arabe uni aux islamistes. Elles obtiennent ainsi 9 sièges (sur 120), un chiffre record depuis l'indépendance d'Israël.

Les 100 Portes du Proche-Orient
Alain Gresh - Dominique Vidal
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