ARABE

On désigne par " Arabe " une ethnie (ou un peuple) composée des individus qui parlent une des variantes de la langue arabe, s'identifient à l'histoire et à la culture qui se sont constituées depuis l'émergence des grands empires omeyade et abbasside au VIIe siècle - dont un des traits caractéristiques est l'adhésion à l' islam - et ont conscience de leur identité arabe. S'il existe un rapport étroit entre les Arabes et l'islam, il n'y a pas identification. Les musulmans ne sont pas arabes dans leur écrasante majorité (mais indiens, pakistanais, indonésiens, etc.) et il existe des Arabes chrétiens en Égypte, en Syrie, en Irak, au Liban, etc.

Le berceau des Arabes est la péninsule Arabique. De là, ils se lancent à la conquête du monde au nom de l'islam. Petit à petit, ils s'assimilent aux populations dominées - qui se convertissent massivement à la nouvelle foi - auxquelles ils empruntent bien des traits de ce que l'on désignera sous le terme de " civilisation arabo-musulmane ". Aujourd'hui la zone de peuplement arabe se confond, grosso modo, avec celle des États membres de la Ligue arabe. Des minorités arabes se perpétuent sur les franges (Turquie, Afrique noire, Israël...), d'autres se sont installées en Europe ou en Amérique à la suite de migrations. À l'intérieur des pays arabes se maintiennent des îlots non arabes : Kurdes, Arméniens, Berbères, etc.

L'émergence d'un nationalisme arabe est récente. Elle a été largement influencée par les idées européennes. Entre le XVe et le XIXe siècle, les Arabes ont accepté d'être sujets de l'Empire ottoman, à dominante turque mais musulman. La décadence de la Sublime Porte et l'agressivité des " puissances chrétiennes " - qui ont conquis des territoires arabes : Algérie, Égypte... - provoquent une crise chez les intellectuels. Abdel Rahman Al Kawakibi, un musulman syrien, appelle à la restauration d'un khalifat arabe au début du siècle. Un chrétien syro-libanais, Neguib Azoury, reprend ces idées, crée une Ligue de la patrie arabe et fonde une revue, L'Indépendance arabe. Son disciple, Edmond Rabath, écrira : " Au vieil et archaïque idéal de la communauté musulmane se substituera peu à peu, sous la pression des faits, la conception grandiose de l'unité et de la grandeur arabes retrouvées. " Déjà apparaît la contradiction entre " solidarité musulmane " et " solidarité arabe ". Elle explique que, à l'origine, de nombreux propagandistes de l'arabisme ont été des chrétiens. Il faudra d'ailleurs attendre la Première Guerre mondiale pour que les élites arabes se rallient largement à cette nouvelle doctrine. La grande révolte arabe déclenchée en 1916 - durant laquelle s'illustre Lawrence d'Arabie - permet d'envisager concrètement la constitution d'un royaume arabe uni. Londres et Paris décideront finalement de diviser le Moyen-Orient en États distincts, mais la perspective panarabe restera présente au coeur de nombreux nationalistes. Il faut toutefois souligner que, à côté de ce nationalisme arabe (Qawmiya) naissant, un patriotisme local (Wataniya), lié à tel ou tel État (Égypte, Tunisie, etc.), reste vivace.

Après la Seconde Guerre mondiale et dans la lutte contre la présence coloniale, le nationalisme arabe s'exprime avec une force nouvelle. Il acquiert, avec le baasisme et le nassérisme, une coloration révolutionnaire. " La Voix des Arabes ", qui émet du Caire, mobilise les peuples, du Golfe à l'Atlantique. Ce mouvement se traduit même par la création d'un État unique entre l'Égypte et la Syrie, la République arabe unie (1958-1961). Mais cette expérience, comme celle de la constitution de diverses fédérations, sera éphémère et sans lendemain : les divisions sont bien difficiles à surmonter. La défaite de juin 1967 marque la fin des grands rêves unitaires. L'idéologie du nationalisme arabe subit un double assaut. Le nationalisme palestinien - un " patriotisme local " ! - et les fedayin mobiliseront les masses arabes pendant plus de dix ans.

La " poussée " islamiste, qui s'affirme surtout à partir de la fin des années 70, rejette toute solidarité qui ne serait pas fondée sur l'islam. Pourtant, bien que les organisations qui s'en réclament soient en profond déclin, le panarabisme reste une référence obligée de tout discours politique au Machrek et au Maghreb. Un signe, parmi d'autres, qu'il garde une grande emprise sur les peuples arabes, confirmée par leur mobilisation durant la guerre du Golfe. Il faut remarquer que même les organisations islamistes - par exemple le Hamas - ont un discours politique qui, sur de nombreux points, reprend le discours nationaliste arabe.

Alors que l'arabisme politique semble en déroute au début des années 90, on assiste au renforcement d'une culture arabe commune qui englobe le Maghreb comme le Machrek, marquée par des échanges humains et culturels plus fréquents, l'émergence d'une langue commune - de presse et de télévision - au-delà des dialectes, et la multiplication d'échanges économiques informels (contrebande).

Les 100 Portes du Proche-Orient
Alain Gresh - Dominique Vidal
Tous droits réservés - Éditions de l'Atelier.