BAAS

Le mouvement baasiste (du mot arabe baas, renaissance) a été créé à Damas dans les années 40 par le chrétien orthodoxe Michel Aflak et le sunnite Salah Al Din Bitar.

Le premier congrès du parti se tient en 1947 dans la capitale syrienne. En 1953, il fusionne avec le Parti socialiste arabe d'Akram Hourani et prend le nom de Parti Baas arabe socialiste. Il est le premier à considérer le monde arabe dans son ensemble comme son champ d'action ; des sections " régionales " se créent en Transjordanie (1948), au  Liban (1949-1950) et en Irak (1951). Mais la " région " syrienne reste la plus importante. Le Baas connaît son apogée dans les années 60, et devient l'une des principales expressions - avec le nassérisme - du nationalisme arabe révolutionnaire. Pourtant, même à son apogée, il ne disposera pas de la base populaire d'un Nasser, et son influence se concentre dans l'armée, parmi les intellectuels et dans certaines couches urbaines.

Parti très idéologique, le Baas adopte comme mot d'ordre " Unité, libération, socialisme ". L'unité arabe est au centre de sa doctrine et prime tout autre objectif. Selon son fondateur, Michel Aflak, les peuples arabes forment une seule nation aspirant à constituer un État et à jouer un rôle spécial dans le monde. De sensibilité laïque - il rejette la répartition confessionnelle des sièges au Parlement syrien -, il admet cependant le rôle que l'islam a joué comme élément constitutif de l'arabisme. L'appel au socialisme dans les années 50 reste vague, et le Baas se prononce en faveur d'une démocratie pluraliste et d'élections libres. Enfin, la question palestinienne, si elle le préoccupe, est loin de constituer un point central de son idéologie.

Le Baas se manifeste très tôt à la vie politique de la Syrie, où militaires et civils se succèdent au pouvoir après l'indépendance. Mais le tournant dans l'histoire du parti date de 1958 et de la Constitution de la République arabe unie (RAU) entre l'Égypte et la Syrie. Le Baas, qui partage les analyses de Nasser sur la politique arabe et internationale, accepte de dissoudre sa section syrienne. Ses membres participent au pouvoir mais, de plus en plus marginalisés, se démettent de leurs responsabilités à la fin de l'année 1959. L'autodissolution de l'organisation, puis l'échec de la RAU en septembre 1961 provoquent une longue crise interne. Celle-ci s'accentue alors même que le parti accède au pouvoir en Irak en février 1963 et en Syrie en mars de la même année.

Une mutation se produit dans l'idéologie et l'organisation même du parti à la suite de longues périodes de clandestinité. Il multiplie les attaques contre la démocratie libérale alors que les militaires jouent un rôle accru dans l'appareil. Les revendications de caractère socialiste s'affirment. Et surtout, l'échec de la RAU amène certains cadres à remettre en cause le dogme de l'unité arabe. En Syrie, ceux qu'on appelle les " régionalistes " - le Dr Nouredine Al Atassi, Hafez Al Assad, Salah Jdid - par opposition aux " nationalistes " favorables à un dessein arabe affirment progressivement leur domination à partir de la prise de pouvoir par le Baas en 1963. Puis, par un coup d'État, ils chassent leurs rivaux baasistes du pouvoir en février 1966. Les fondateurs du parti, dont Michel Aflak, sont contraints à l'exil. Deux directions panara- bes - avec chacune ses sections régionales - se mettent en place : l'une à Damas, l'autre à Bagdad (après la prise du pouvoir par le Baas en juillet 1968). Les divergences idéo- logiques initiales s'estompent pour laisser place à un antagonisme politique aigu. Les deux partis se transforment alors en instrument des politiques d'État. Et, lors de la guerre du Golfe, l'armée syrienne se retrouvera aux côtés des troupes américaines contre l'Irak.

Paradoxalement, c'est arrivé au faîte du pouvoir - avec la direction de deux grands États - que le baasisme entame son déclin comme idéologie. La défaite de 1967 a accentué la crise du panarabisme, au profit de l'appui à la Résistance palestinienne d'abord, puis de l'islamisme. Les politiques " régionales " de l'Irak et de la Syrie, dictées par leurs intérêts d'État, ne suscitent aucune adhésion massive dans le monde arabe. Le baasisme imprime pourtant, dans les années 70 et 80, une marque spécifique en politique intérieure - avec l'application de mesures socialistes (ou plutôt l'instauration d'un capitalisme d'État) et un certain laïcisme, mais aussi avec une répression policière d'une violence extrême.

Les 100 Portes du Proche-Orient
Alain Gresh - Dominique Vidal
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