ARAFAT (Yasser)

Né le 24 août 1929 au Caire, où il passe la plus grande partie de son enfance, Yasser Arafat n'en est pas moins  palestinien et lié, par son père, à la puissante famille des Al Husseini, qui joue un grand rôle politique à Jérusalem durant la période du mandat britannique. Il abandonne l'université du Caire, en 1948, pour participer aux combats en Palestine. Il sera désarmé par les troupes arabes qui envahissent le pays après la proclamation de l'État d'Israël : un souvenir qu'il n'oubliera jamais. Après la défaite, il se réfugie à Gaza, puis retourne au Caire en 1950 et reprend ses études supérieures, qui feront de lui un ingénieur des travaux publics.

C'est dans la capitale égyptienne qu'il rencontre ceux qui fonderont le Fath avec lui, et deviendront ses adjoints à la direction de l'OLP : Khalil Al Wazir (Abou Jihad) et Salah Khalaf (Abou Iyad). Ensemble, ils militent à l'Union des étudiants palestiniens - que Yasser Arafat préside de 1952 à 1956 - et qui édite un magazine, La Voix de la Palestine. Arafat est arrêté pendant quelques jours, en octobre 1955, lors de la liquidation par le président Gamal Abdel Nasser de l'organisation des Frères musulmans (dont Arafat est proche, mais non membre). En 1956, durant la guerre de Suez, il participe aux combats comme sous-lieutenant dans l'armée égyptienne.

C'est dans la vallée du Nil que se modèlent les premiers fondements de ce que sera la doctrine du Fath : une méfiance certaine à l'égard des dirigeants arabes qui refusent d'armer les Palestiniens et souhaitent les garder sous un strict contrôle ; une grande foi dans la lutte armée, dont la guérilla menée à Gaza en 1956-1957 contre les troupes israéliennes - qu'il a contribué à coordonner avec Abou Jihad - sert de modèle.

Menacé à nouveau d'arrestation, Arafat - dont le nom de guerre sera Abou Ammar - s'installe au Koweït, un des rares pays arabes où, malgré le protectorat de Londres jusqu'en 1961, les Palestiniens disposent d'une certaine marge de manoeuvre. C'est là que, en 1959, il fonde le Fath (mot forgé à partir des initiales arabes de Mouvement de libération nationale) et publie Falistinouna (Notre Palestine). Le point central de la doctrine de cette nouvelle organisation stipule que la libération de la Palestine est avant tout l'affaire des Palestiniens, et ne saurait être confiée aux régimes arabes ou reportée à une problématique unité arabe. Cette doctrine est, à l'époque du panarabisme triomphant, quasiment hérétique. Pourtant l'échec de la République arabe unie et la dissolution de l'union syro-égyptienne en 1961 renforcent les thèmes du Fath.

La victoire de la révolution algérienne, en 1962, confirme, aux yeux d'Arafat, le bien-fondé du principe " compter sur ses propres forces ". La préparation de la lutte armée s'accélère, et le 1er janvier 1965 a lieu la première opération militaire contre Israël. Mais le Fath, qui est un mouvement sans référence idéologique, a du mal à s'affirmer... Il est condamné par la quasi-totalité des capitales arabes. Même le régime baasiste syrien, qui aide ponctuellement l'organisation, n'hésite pas à s'attaquer à ses militants : Arafat sera ainsi emprisonné en mai 1966. Ce n'est qu'après 1967, et la défaite des régimes arabes, que les fedayin vont devenir le centre de la mobilisation palestinienne.

Deux jours après la fin des hostilités se tient à Damas un congrès du Fath. Après de longs débats, il décide, sous l'impulsion de Yasser Arafat, de relancer la lutte armée. Ce dernier se rend à cette fin plusieurs fois en Cisjordanie occupée. Il entame aussi, en novembre 1967, ses premiers contacts avec Nasser dont l'aide lui sera décisive. Le 21 mars 1968 il participe à la bataille de Karameh (Jordanie) où les commandos palestiniens tiennent tête à l'armée israélienne. Cet accrochage, qui a montré la détermination des Palestiniens et sera répercuté dans le monde arabe, donnera au Fath et à Arafat l'autorité nécessaire pour prendre en main la vieille OLP en crise. En février 1969, celle-ci est rénovée, un nouveau comité exécutif est élu. Yasser Arafat en devient le président. À partir de cette date, et jusqu'à la signature des accords d'Oslo, en 1993, sa vie se confond avec celle de l'OLP.

La mise en oeuvre des accords sur l'" autogouvernement " palestinien marque un tournant important dans la vie de Yasser Arafat. Il rentre à Gaza, le 1er juillet 1994. Il est élu président de l'Autorité palestinienne au suffrage universel, le 20 janvier 1996, mais conserve la présidence du comité exécutif de l'OLP. Sa place dans l'histoire dépend désormais du résultat du pari fait en 1993.

Les 100 Portes du Proche-Orient
Alain Gresh - Dominique Vidal
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